GODZILLA - KING OF THE MONSTERS
Titre: Gojira
Réalisateur: Ishiro Honda & Terry O. Morse
Interprètes: Raymond Burr

 

Takashi Shimura
Momoko Kochi
Akihiko Hirata
Akira Takarada
Fuyuki Murakami
 
Année: 1954 / 1956
Genre: Kaiju Eiga / Science-fiction
Pays: Japon (+ USA)
Editeur  
Critique:

Coup d’envoi du kaiju eiga (« le film de monstres géants »), le premier épisode de la prolifique saga GODZILLA se montre, rétrospectivement, fort différent des suivants bien qu’il ait défini les caractéristiques de ce sous-genre typiquement japonais.

Réalisé en 1954 par Ishiro Honda, GODZILLA fut distribué aux Etats-Unis deux ans plus tard dans une version tronquée retirant, par exemple, toutes les références à Hiroshima et une poignée de scènes jugées trop horrifiques. Cette version, supervisée par Terry O. Morse et connue sous le titre GODZILLA KING OF THE MONSTERS, a également été « agrémentée » d’inserts du comédien Raymond Burr, lequel commente l’action sous l’identité du journaliste Steve Martin. D’une durée de 80 minutes, GODZILLA KING OF THE MONSTERS reste la version la plus connue en Occident mais il existe également un montage français différent long d’une heure et trente minutes, sur lequel se base cette chronique. Enfin, une version colorisée, créditée à Luigi Cozzi (réalisateur de STAR CRASH), est ressortie dans les salles en 1977.

L’origine de GODZILLA réside, bien sûr, dans la réussite du KING KONG de 1933 dont il reprend, dans les grandes lignes, la trame de base. La mise sur pied du projet GODZILLA doit d’ailleurs encore davantage au Singe Géant puisque la ressortie triomphale de KING KONG en 1952 pousse Hollywood a investir dans des projets similaires comme LE MONSTRE DES TEMPS PERDUS, lequel va rapporter plus de cinq millions de dollars, soit 50 fois sa mise initiale !

Ce succès rend envieux non seulement d’autres producteurs américains (qui lancent LE MONSTRE VIENT DE LA MER ou DES MONSTRES ATTAQUENT LA VILLE) mais aussi les studios japonais de la Toho, encourageant leur big boss, Tomoyuki Tanaka, a miser à son tour sur les monstres géants radioactifs et donnant naissance au plus célèbre d’entre eux, Godzilla. Jouant sur la peur du péril nucléaire en cette période de Guerre Froide (et moins de dix ans après les tragédies de Hiroshima et Nagasaki), GODZILLA est confié au cinéaste Ishiro Honda tandis que les effets spéciaux sont orchestrés par Eiji Tsuburaya, un vétéran déjà actif dans ce domaine depuis une quinzaine d’années.

L’intrigue débute par la destruction d’un bateau de pêche japonais, victime d’une force mystérieuse et inconnue. Dans les jours suivants, d’autres navires sont anéantis par cette même puissance destructrice et les derniers messages des opérateurs radio parlent d’une sorte de boule de feu meurtrière. Le journaliste Steve Martin, voyageant en avion à proximité d’un des sites dévastés, se retrouve aux premières loges pour mener l’enquête mais ne trouve d’abord aucune explication à ces effrayants phénomènes. Martin est cependant l’ami d’un jeune savant plein d’avenir, Serizawa, lequel est fiancé à une la belle Emiko, fille du paléontologue de renom Kyoshi Yamane.

Ayant eu vent de diverses rumeurs, ce dernier part, en compagnie de Steve Martin, sur l’île de Oto, dont les natifs redoutent l’existence d’un monstre marin surnommé Godzilla. Peu après, le gigantesque dinosaure prouve son existence, surgissant des flots avant de tout écraser sur son passage !

De retour au Japon, le Dr Yamane révèle au monde incrédule la vérité sur la créature, probablement créé par les retombées radioactives consécutives aux recherches menées par les militaires américains. Très inquiètes mais confiantes dans leur puissance de feu, les autorités suggèrent de traquer la menace nucléaire et de la renvoyer dans les Grands Fonds. Malheureusement, rien ne semble capable de vaincre l’immense Godzilla, lequel apparaît dans la baie de Tokyo pour ravager la capitale nippone de sa fureur bestiale.

Seul le « Destructeur d’Oxygène », la nouvelle et redoutable invention de Serizawa pourrait anéantir le monstre mais le scientifique hésite à dévoiler l’existence d’une arme aussi abominable, laquelle épouvante même sa fiancée. Yamane, pour sa part, désire garder Godzilla vivant, arguant qu’il représente une découverte inestimable pour la science. Toutefois, devant le carnage causé par le lézard géant, Serizawa se résout à utiliser son arme secrète…Pourra t’il anéantir Godzilla ?

Le ton de ce premier GODZILLA se veut sérieux, pour ne pas dire effrayant, contrairement aux volets ultérieurs de la série qui verseront de plus en plus dans l’infantilisme. Godzilla, à l'origine, incarne la peur de l’énergie nucléaire et exprime la culpabilité de l'homme et ses craintes quant à l'avenir de la planète. Construit comme un film catastrophe mâtiné d’épouvante, il se focalise sur une galerie de personnages intéressants réagissant, tous différemment, à la menace que fait peser le monstre atomique.

Les destructions en chaine ne surviennent, elles, que dans la seconde partie du métrage (en dépit de courtes séquences disséminées dès le début du film), et se révèlent impressionnantes. Ici, le monstre n’est pas l’ami des enfants, ce n’est pas non plus un « innocent » animal en vadrouille comme pouvait l’être KING KONG et comme le seront TARANTULA, LA CHOSE SURGIE DES TENEBRES, LE SCORPION NOIR, etc. Non, Godzilla représente le Feu Nucléaire, une puissance de destruction sans limite, impossible à contenir et encore moins à stopper, un véritable cauchemar anéantissant absolument tout sur son passage.

Malgré leur âge, les effets spéciaux demeurent convainquant si on admet leur côté un peu kitsch et Ishiro Honda parvient à filmer adéquatement son figurant costumé piétinant des maquettes. L’obscurité et les éléments naturels (une tempête, l’océan) contribuent eux aussi à masquer les carences des trucages et à rendre l’entreprise crédible. Le scénario, à présent rabâché, n'est pas plus mauvais qu'un autre, loin de là et les clichés usuels restent acceptables. Ainsi, le scientifiques découvre une nouvelle arme, hésite à l'utiliser et choisit finalement de mourir pour éviter qu'elle tombe entre de mauvaises mains. Classique mais bien mené, d’autant qu’Ishiro Honda prend le temps de développer un minimum les relations entre les différents protagonistes.

La photographie en noir et blanc granuleuse confère en outre au métrage une dimension documentaire et réaliste que les séquelles oublieront totalement. En effet, dès le troisième épisode, KING KONG CONTRE GODZILLA, la série optera pour des couleurs éclatantes et une fantaisie complète, loin du climat angoissant de ce premier volet.

GODZILLA s’appuie également sur une partition musicale dynamique soulignant l’action avec une indéniable efficacité. Le thème principal, d’ailleurs repris dans toutes les séquelles ultérieures, deviendra indissociable du Big G au même titre que son fameux rugissement hurlé.

Le principal défaut du métrage, aujourd'hui, est d'avoir été suivi par une trentaine de séquelles plus délirantes (et parfois jouissives, avouons-le) les unes que les autres. Des suites éloignées du ton sérieux et efficace de ce film de science-fiction pessimiste, historiquement important et globalement réussi...Quant à savoir si la version américaine (tronquée mais plus claire et ramassée) est supérieure à l'originale nippon, il s'agit d'une question de point de vue et de goût.

En résumé, GODZILLA reste un classique et un modèle du kaiju eiga, à découvrir ou à revoir.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011