GOING TO PIECES - THE RISE AND FALL OF THE SLASHER FILM
Titre: Going To Pieces
Réalisateur: Mike Bohusz
Interprètes: Malek Akkad

 

John Carpenter
Wes Craven
Sean S. Cunningham
Paul Lynch
Armand Mastroianni
Tom Savini
Année: 2006
Genre: Documentaire / Slasher / Gore
Pays: USA
Editeur  


Critique:

Ce documentaire long métrage se propose de retracer l’histoire du « Slasher », un sous-genre de l’horreur souvent décrié pour ses scénarios balisés, ses acteurs peu concernés et son aspect racoleur. En un peu moins d’une heure trente, le réalisateur tente de nous prouver l’intérêt du Slasher en rappelant la fascination de l’homme pour les mises à mort sanglante via les combats de gladiateurs et le théâtre du Grand Guignol parisien.

Ensuite, place aux grands anciens, fondateurs et précurseurs du genre, à savoir PSYCHOSE et LE VOYEUR, deux chefs d’œuvres longtemps restés sans descendance. Après un détour par le DERNIER MAISON SUR LA GAUCHE de Wes Craven, le cinéaste nous convie à une petite analyse de la pierre angulaire du genre, HALLOWEEN de John Carpenter. A cette époque, la fin des seventies, les jeunes gens commencent à s’inquiéter pour leur avenir et demandent à vivre au cinéma une peur « safe », GOING TO PIECES décortique brièvement les clichés inhérents au slasher, en particulier le rôle de la sexualité plus ou moins refoulée et la nécessité d’une fin ouverte laissant le public dans l’expectative devant un assassin en apparence invulnérable.

Autre classique évoqué, VENDREDI 13, réalisé avec juste l’idée du titre et le souhait de rivaliser avec le métrage de John Carpenter, a droit aussi à sa petite présentation. Le film marque surtout la contamination du genre par un autre sous-genre alors en vogue, le gore, via les maquillages spéciaux de Tom Savini.

GOING TO PIECES revient encore sur le principe d’un final en forme de grand « bouh fait moi peur », pas vraiment logique mais qui marqua indubitablement les spectateurs et fut souvent copié depuis. Le marketing est lui-aussi évoqué, où comment transformer une série B (ou Z) en la franchise la plus rentable du cinéma d’horreur. La carrière de Jamie Lee Curtis est ensuite envisagée, la présence de la star étant alors un élément important du succès de petits slashers aujourd’hui quasiment oubliés comme LE BAL DE L’HORREUR ou LE MONSTRE DU TRAIN (tous deux « remaker » en 2008 d’ailleurs).

Les extraits suivants, bien saignants, nous font ensuite revivre les grandes heures du slasher du début des années 80 via des titres explicites comme MEURTRES A LA SAINT VALENTIN, HE KNOWS YOU’RE ALONE, ROSEMARY’s KILLER, CARNAGES, SLEEPAWAY CAMP, HAPPY BIRTHDAY TO ME, etc. L’occasion de revoir les meurtres les plus sanglants de ces films et de réfléchir de manière distanciée sur les poncifs de la « last girl standing », de l’héroïne virginale qui parvient à vaincre le Mal, de l’influence du giallo via des reprises quasi à l’identique de séquences tirées par exemple de BAIE SANGLANTE dans la saga VENDREDI 13.

Autre personnage incontournable, Freddy a droit à sa petite vignette, de même que le banal DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT qui fut victime d’une campagne de censure d’associations révulsées par le rôle dévolu à Papa Noël, celui d’un psychopathe évidemment. Une campagne finalement profitable à un métrage anodin devenu depuis vaguement culte et ayant généré quatre séquelles.

Les années 80 sont donc dans le collimateur des cinéastes, ce qu’on a appelé « l’ère Reagan » (raillé d’ailleurs dans le récent THE TRIPPER), avec son retour de baton moral, sa violence gratuite et sa prédominance du look. Le tout sous fond de sexualité réprimée et de peur du Sida. A ce moment l’horreur surnaturelle perd sa prédominance au profit de l’horreur humaine, alors que les spectateurs découvrent que les tueurs en série bien réels sont plus terrifiants que les imaginaires vampires et loups-garous.

Les nombreuses stars (Kevin Bacon,, Patricia Arquette, Holly Hunter, Leslie Nielsen, George Clooney, Tom Hanks,…) ayant débuté dans un slasher sont également passées en revue avant que GOING TO PIECES ne s’intéresse à la nouvelle vague sévissant depuis le milieu des années 90 via SCREAM, URBAN LEGENDS et maintenant SAW.

En conclusion, GOING TO PIECES est une petite œuvre sympathique qui donne envie de revoir bien des titres mentionnés. Les cinéastes auraient sans doute pu pousser plus loin l’analyse mais on sent leur volonté de proposer un métrage avant tout divertissant (dans la tradition des documentaires des années 80 comme TERREUR DANS LA SALLE) sans tomber dans le simple étalage de scènes gore (voir TERROR TAPE par exemple). Bien sûr, tout cela manque un peu de corps et on se surprend à regretter bien des manques : l’influence du giallo n’est qu’effleurée, les métrages allemands oubliés et la vague asiatique récente même pas évoquée.

Quelques titres importants, au moins historiquement, manquent aussi à l’appel, en particulier BLOOD FEAST, BLACK CHRISTMAS et DRIVE IN MASSACRE, sans compter MASSACRE A LA TRONCONNEUSE. Bref, GOING TO PIECES se focalise essentiellement sur le cinéma américain et s’adresse davantage aux néophytes qu’aux fans qui y trouveront peu d’informations essentielles. Cependant la présentation est attrayante et les nombreux extraits saignants sauront contenter les amateurs qui y trouveront matières à bien des souvenirs émus.

GOING TO PIECES s’avère donc globalement efficace et rempli sa mission de divertissement. C’est l’essentiel.

Fred Pizzoferrato - Aout 2008