LE VOYAGE FANTASTIQUE DE SINBAD
Titre: The Golden Voyage of Sinbad
Réalisateur: Gordon Hessler
Interprètes: John Philip Law

 

Caroline Munro
Tom Baker
Douglas Wilmer
 
 
 
Année: 1974
Genre: Fantasy / Aventures fantastiques
Pays: Angleterre / USA
Editeur  


Critique:

En dépit de son important succès, LE SEPTIEME VOYAGE DE SINBAD du attendre 16 longues années pour se voir adjoindre cette première séquelle, toujours produite par Charles Schneer. Depuis, les fans du grand spécialiste des effets spéciaux Ray Harryhausen ont longuement discutés afin de déterminer lequel des deux Sinbad était le plus réussi (le troisième, SINBAD ET L'ŒIL DU TIGRE étant très moyen). Disons que l'original avait une fraîcheur et un éclat grandiose, alors que cette suite possède un meilleur scénario et un rythme bien plus prenant.

John Philip Law (à l'époque fameux pour ses rôles dans BARBARELLA ou DANGER DIABOLIK) reprend donc le rôle du marin arabe, lequel se trouve sur son navire à attendre l'aventure. Comme nous sommes au cinéma, il ne lui faudra pas attendre longtemps. Une sorte de chauve-souris monstrueuse s'en vient ainsi passer au-dessus de son bateau, un homme d'équipage lui décoche une flèche et voilà que la bête lâche ce qu'elle transportait, à savoir une sorte de grand médaillon brisé. Sinbad décide tout naturellement de garder le trophée, même si Rachid l'avertit qu'il va ainsi s'attirer le malheur. Or, dès la nuit, une forte tempête malmène la compagnie tandis que Sinbad rêve d'une belle jeune fille dont la main porte un œil tatoué dans la paume.

Au petit matin, le capitaine descend seul à terre et rencontre un étrange sorcier, Koura, qui lui réclame le médaillon. Bien sûr, Sinbad refuse, garde le bijou et se réfugie dans la ville la plus proche où il rencontre le grand Vizir et apprend que Koura possède une autre partie du précieux médaillon et que si l'ensemble tombait entre les mains malintentionnée du méchant magicien, le pire serait à craindre. A partir de là, l'aventure commence vraiment, Sinbad fait voile vers l'île mythique de Lemuria, accompagné du Vizir, du fils d'un riche marchand et d'une belle esclave (Caroline Munro) à qui il offre la liberté. Mais Koura se jette à leurs trousses et utilise toute sa noire magie pour les empêcher d'arriver à bon port et de découvrir avant lui un fabuleux trésor.

Il a souvent été reproché aux métrages de Ray Harryhausen (le spécialiste des effets spéciaux, rappelons le, même si les titres auxquels il a participé lui sont pratiquement attribués tant son influence fut grande) de n'avoir d'autres intérêts que les trucages. Même si cette remarque n'est pas dénuée de fondement, les meilleurs d'entre eux (JASON ET LES ARGONAUTES, LE SEPTIEME VOYAGE DE SINBAD) possèdent suffisamment d'attraits pour ne pas se limiter à un simple catalogue d'animations image par image. Et LE VOYAGE FANTASTIQUE DE SINBAD appartient indéniablement à cette catégorie.

Le scénario, plus inventif que de coutume, est dû à Brian Clemens, responsable de quelques réussites de la Hammer (DOCTEUR JEKYLL ET SISTER HYDE, CAPITAINE KRONOS) et surtout de la plupart des épisodes de CHAPEAU MELON ET BOTTE DE CUIR. Laissant de côté la flamboyance du précédent film, LE VOYAGE FANTASTIQUE DE SINBAD se veut davantage un récit d'aventure qu'un conte de fée oriental et l'intrigue avance sans heurts, au point que le spectateur se laisse réellement envoûter par le scénario sans attendre le prochain effet spécial, un travers que ne saura pas éviter le prochain SINBAD ET L'ŒIL DU TIGRE.

Les paysages, pour leur part, sont souvent superbes, la production ayant choisi les îles espagnoles pour figurer les lieux mythologiques visités par Sinbad, tels Lemuria. Mais, afin de leur donner le cachet fantastique désiré, Ray Harryhausen va leur adjoindre des peintures sur verre, des miniatures et autres maquettes qui achèvent de leur conférer un aspect grandiose et digne des légendes. Les autres effets, à savoir essentiellement l'animation images par images (ou stop motion) permettent, eux, de donner vie à un fascinant bestiaire. La première créature que doit affronter Sinbad est une figure de proue soudainement appelée à la vie par le sorcier Koura. La stop motion est ici parfaitement adéquate tant les mouvements légèrement saccadés de cette statue s'accordent avec sa nature de morceau de bois vivant. Seuls les plans sous-marin s'avèrent moins convaincant mais, bien aidé par la performance d'acteur qui ont l'air d'y croire et d'une bande son réussie pleine de craquement sinistre, la figure de proue prend sa place à côté du géant Talos de JASON ET LES ARGONAUTES parmi les plus belles réussites de Harryhausen.

Le petit homoncule volant, né du sang et de l'esprit du sorcier, est également convaincant même si les plans où il vole sont, comme toujours, un peu limites. Citons aussi un beau centaure cyclope qui intervient dans le final avant d'affronter un griffon surgi d'on ne sait où, permettant un duel anthologique même si pas vraiment justifier par le scénario. L'explication donnée par Harryhausen (dans une interview accordée pour le livre référence "Stop Motion" de Gilles Penso) nous apprend pourtant que cette intervention était logique: le griffon est un protecteur des trésors, ennemi héréditaire des cyclopes. Il était donc censé garder la Fontaine de Vie contre les intrusions extérieures. Mais, pour des raisons de rythme, l'explication a sauté et l'animal semble vraiment parachuté à cet endroit pour donner un peu plus d'action au spectateur. Enfin, n'oublions pas le tour de force technique que constitue l'animation de la déesse Kali, elle aussi statue animée par la magie de Koura, qui danse avant de combattre nos héros, ses six bras armés de sabre s'agitant en tout sens.

Au niveau des acteurs, John Philip Law s'avère plutôt convaincant et très décontracté. Quant à Tom Baker, il surjoue le méchant avec une certaine délectation. Tom Baker avait déjà tourné quelques films fantastiques à cette époque mais il ne devint vraiment célèbre qu'en incarnant le Docteur Who pour la télévision anglaise entre 1974 et 1981. Ici, il vole la vedette au héros en proposant une interprétation tout à fait savoureuse et cabotine qui s'inspire bien sûr de Christopher Lee ou Vincent Price.

Et, pour terminer, Caroline Munro montre que les effets spéciaux ne sont pas tout dans un Sinbad, offrant au regard son corps (et en particulier sa poitrine compressée dans un soutien-gorge ampli formes - mais en a-t-elle besoin? - du plus bel effet) admirablement mis en valeur par une tenue des plus suggestives. Même si elle n'est pas une actrice très douée, la belle Caroline montre beaucoup de cœur (et de corps!) à l'ouvrage et sa présence participe pleinement à la réussite de l'ensemble.

Bien sûr, tout n'est pas parfait, le combat final entre John Philip Law et Tom Baker, par exemple, se révèle terriblement décevant et les effets spéciaux (pourtant très simples) censés donner l'illusion de l'invisibilité du méchant sont carrément bâclés. LE VOYAGE FANTASTIQUE DE SINBAD a sans doute légèrement vieilli et les amateurs de réalisme crieront sans doute devant l'animation image par image bien peu réaliste, justement. Mais est-ce le but d'un tel film? Non, l'essentiel est que ce métrage parvienne à nous captiver et à nous emmener voyager dans un monde plus simple et plus coloré, où de beaux marins sont prêts à renoncer à toutes les richesses pour sauver une belle esclave en détresse.

LE VOYAGE FANTASTIQUE DE SINBAD est clairement un film destiné aux adolescents. Même si peu d'entre eux sauront aujourd'hui l'apprécier à sa juste valeur. N'empêche, pour les nostalgiques, le divertissement reste assuré.

Fred Pizzoferrato - Décembre 2007