GOODBYE BRUCE LEE: HIS LAST GAME OF DEATH
Titre: Xin si wang you xi / The New Game of Death / Son dernier combat
Réalisateur: Pin Lin & Harold B. Swartz
Interprètes: Bruce Li

 

Fei Lung
Johnny Floyd
Ronald Brown
Chiang Li
Hung Tsai
 
Année: 1975
Genre: Bruceploitation
Pays: Taiwan
Editeur  
Critique:

GOODBYE BRUCE LEE : HIS LAST GAME OF DEATH (ou THE NEW GAME OF DEATH) est la première imitation du JEU DE LA MORT, alors que ce dernier, inachevé suite au décès de Bruce Lee, attendait d’être terminé de la main (bien malhabile) de Robert Clouse.

Dans cette modeste production germano-Taiwanese (!), nous retrouvons le plus célèbres des imitateurs du Petit Dragon, Ho Chung Tao, alias Lee Roy Lung, alias Bruce Li. Ce dernier partage la vedette avec le vétéran Lung Fei, spécialiste des rôles de méchants. Les producteurs de cette mascarade ont, probablement, eu accès, d'une manière ou d'une autre, aux véritables séquences tournées par Bruce Lee puisqu’ils les ont décalquées au travers d'une intrigue prétexte. Ils inclurent également, dans la distribution de leur copie, un boxeur noir suite aux rumeurs (finalement fausses) de la présence de Mohammed Ali dans le véritable JEU DE LA MORT.

Le générique débute par de nombreuses couvertures de magazines présentant le Petit Dragon en pleine gloire. Le morceau musical utilisé pour l'illustrer est un titre disco-funk très kitsch mais assez irrésistible chanté par un certain Candy: King of Kung Fu ('He's the King of Kung Fu / Let 'em show what he can do'). Après quelques démonstrations martiales devant sa copine, 'Lee' est attaqué par une demi-douzaine de méchants. Evidemment il se défend et envoie ses adversaires au tapis de manière rapide et brutale. Pas de fioritures ni de chorégraphies élaborées, juste des mouvements efficaces exécutés contre des combattants peu impliqués qui paraissent de simples sparring-partners pour Bruce Li. Mais tout ça n'est qu'un film! Notre ami 'Lee' a, en effet, été choisi par de rusés producteurs pour reprendre le rôle de Bruce Lee dans son film inachevé: LE JEU DE LA MORT. Il est alors emmené dans une salle de cinéma privée pour assister à la projection de ce métrage. Lequel débute alors…ainsi que ce GOODBYE BRUCE LEE proprement dit puisque tout le reste du film qui nous occupe est constitué par les images de ce soi-disant JEU DE LA MORT inachevé.

Un Chinois fuit on ne sait trop qui ou quoi, un paquet à la main, avant d’être attaqué par un voyou décidé à le voler. Le Chinois refuse de donner le mystérieux paquet précité et meurt, poignardé par son agresseur. Mais Lee (qui porte le costume blanc de Bruce Lee dans LA FUREUR DE VAINCRE) passe par là et défait le meurtrier, avant de récupérer le colis, lequel contient en fait de l'argent dérobé à la mafia. Cependant, tout cela se révèle, apparemment, une mise en scène afin d'utiliser Lee comme passeur.

A partir de là, le scénario, déjà passablement embrouillé, devient encore plus confus et pratiquement incompréhensible dans son développement. En effet, si la trame directrice reste simpliste, les actions des différents protagonistes et les retournements de situations semblent, eux, aberrants. Lee affronte donc quelques méchants, dont un basketteur noir géant (ça ne vous rappelle rien?) nommé Big Johnny Floyd. Le tout n'est guère passionnant: les combats ne volent pas très haut et les dialogues inutiles sont pesants et sans beaucoup d'intérêt. La mafia kidnappe finalement la petite amie de Lee et lui donne rendez-vous à la (roulement de tambour!) Tower of Death!

Notre héros, qui porte à présent la célèbre combinaison de training jaune, arrive dans la pagode où il est soumis à un odieux chantage dont l'intérêt n'est toujours pas démontré: atteindre le sommet de la tour, dont chaque étage est défendu par un expert en arts martial, afin de sauver sa copine détenue au sommet. Les méchants se suivent donc durant une petite demi-heure: deux kung fu fighters, un samouraï, un karatéka muni d'un bâton, un boxeur noir, un lutteur / catcheur bestial, un spécialiste du nunchaku et un expert dans le maniement du fouet incarné par l'inévitable Lung Fei. Malheureusement, le budget s’avère misérable et atténue considérablement l’impact du long-métrage. Par exemple, la pagode, impressionnante de l'extérieur, se limite à une pièce (sans doute unique) vide, avec juste un escalier et une "fenêtre" donnant sur un décor peint assez ridicule.

Les combats, pour leur part, ne sont pas très bien filmés ni chorégraphiés mais ce bon vieux Bruce Li assure efficacement le boulot en imitant le Petit Dragon de manière éhontée (je me gratte le nez, je grimace, je pousse le cri qui tue, etc.). Quoique souvent décrié, Bruce Li possède de belles dispositions martiales et seules la médiocrité de ses adversaires empêche cette succession de combats d'être véritablement passionnante. Ainsi le boxeur noir du niveau 5 reste en garde, sans grande conviction, et supplie Lee de ne plus lui faire mal après avoir reçu deux ou trois coups de pieds! Pas très sérieux pour un homme supposé figurer parmi les sept plus grands combattants du monde!

Après une heure et quinze minutes, le métrage montré à Lee dans le cinéma se termine (rappelez-vous : tout ce que nous avons visionné depuis une heure est supposé être le métrage inachevé de Bruce Lee!) mais GOODBYE BRUCE LEE s’achève également, de manière abrupte et décevante. Lee ne donne même pas sa réponse aux producteurs du début, lequel paraît, dès lors, complètement inutile. Ce bidouillage permettait simplement, sans doute, d’atteindre la durée réglementaire, déjà bien courte.

Les pointilleux auront également remarqué que le supposé JEU DE LA MORT inachevé entretient peu de rapport, excepté l’idée d’une pagode emplie d’adversaires variés, avec la vision initiatique originellement voulue par Bruce Lee.

En résumé, GOODBYE BRUCE LEE s'apparente à un divertissement tout juste passable. Les fans de bruceploitation s'amuseront néanmoins à suivre ce décalque, bien pauvre à tous niveaux mais dont la dernière demi-heure, sympathiquement mouvementée, saura contenter les inconditionnels de Bruce Li.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2013