THE GORE GORE GIRLS
Titre: The Gore Gore Girls
Réalisateur: Hershell Gordon Lewis
Interprètes: Frank Kress

 

Amy Farrell
Hedda Lubin
Russ Badger
Henny Youngman
Nora Elexis
 
Année: 1972
Genre: Slasher / Gore / Sexploitation
Pays: USA
Editeur Tartan
3 /6
Critique:

Hershell Gordon Lewis débuta sa carrière par une série de nudies, ces ancêtres du film érotique consistant, principalement, à exhiber des jeunes filles dans le plus simple appareil. Convaincu que le genre ne pouvait aller beaucoup plus loin, en ce début des sixties, il se dirigea vers un concept cinématographique inédit: le gore, inspiré des spectacles parisiens du Grand Guignol.

Après les succès (relatifs) de BLOOD FEAST, TWO THOUSAND MANIACS! et COLOR ME BLOOD RED (souvent appelés la "trilogie du gore"), le cinéaste explora d'autres voies du bis et de l'exploitation, revint à l'érotisme, et livra une nouvelle poignée d'œuvres sanglantes (GRUESOME TWOSOME, WIZARD OF GORE, A TASTE OF BLOOD,…) avant de livrer son dernier film avant une pause carrière de trente ans.

THE GORE GORE GIRLS ne retrouve malheureusement pas l'enthousiasme des premiers films de Lewis, même si on y trouve encore beaucoup de scènes sanguinolentes, de l'humour (parfois volontaire mais souvent involontaire) et de l'érotisme gentillet, en particulier des séquences de strip-tease et du topless. Le cinéaste s'amuse à détailler une suite de meurtres atroces mais approximatifs et mal fichus, au point qu'ils deviennent rapidement plus amusants que choquants, d'autant que personne ne semble dupe de l'aspect risible de l'ensemble. Ainsi, une demoiselle a les fesses broyées à coup d'attendrisseur à viande avant que le tueur ne verse du sel et du poivre sur la plaie. Une autre se fait sectionner les tétons aux ciseaux et il en gicle du lait et du…chocolat. Le reste des meurtres comprend des yeux arrachés, un crâne broyé, une femme écrasée par un camion, un visage carbonisé au fer à repasser ou brûler par de la graisse à frite, etc.

 

Le prétexte de cette débauche gore est simple: un tueur misogyne assassine les strip-teaseuses d'un club minable et le détective Abraham Gentry (joué par un certain Frank Kress qui, incroyablement, n'est pas trop mauvais!) mène l'enquête, dans un style proche du giallo. Bien sûr, le scénario ne cherche pas très loin les raisons de tous ces meurtres mais l'explication finale, elle aussi dans l'esprit de l'épouvante italienne, donne dans le franc délire invraisemblable et stupide.

Comme d'habitude avec Lewis, le métrage est franchement amateur. Si certains acteurs sont passables (on y retrouve aussi Henny Youngman, que l'on reverra bien plus tard dans le CHEESBURGER FILM SANDWICH), la plupart des actrices ne sont ni très convaincantes (leurs hurlements sont insupportables!) ni très sensuelles, au point que les interminables numéros de strip-teases achèveront les plus endurant. La musique, pour sa part, ne ressemble pas à grand-chose avec son espèce de jazz déglingué et s'avère irritante.

Néanmoins, THE GORE GORE GIRLS est techniquement correct et la mise en scène de Lewis joue ouvertement la carte de l'excès, que ce soit au niveau des personnages (dont une impayable meutes de sympathisantes d'un mouvement pour les droits des femmes) ou de l'humour gras (avec cette demoiselle repoussée par le héros qui court chercher un concombre pour se consoler avant de tomber sous les coups du tueur masqué).

En définitive, THE GORE GORE GIRLS constitue un mélange assez étrange d'érotisme soft, de gore hard (quoique peu nombreux les meurtres sont franchement crades!) et de comédie lourdaude, emballé avec un savoir-faire minimaliste. Le tout semble annoncer, avec deux décennies d'avance, les futurs excès de la CatégorieIII Hong-kongaise et sera sans doute considéré comme insupportablement médiocre par la majorité des spectateurs.

Le carton final "Nous vous annonçons fièrement que ce film est terminé" laisse toutefois penser que Lewis devait être conscient de filmer un gros délire de "sick cinema" et comme le tout ne dure heureusement que 80 minutes, les fans purs et durs de gore peuvent y jeter un œil nostalgique.

Fred Pizzoferrato - Janvier 2007