LE GRAND DEFI
Titre: Ercole, Sansone, Maciste e Ursus gli invincibili
Réalisateur: Giorgio Capitani
Interprètes: Sergio Ciani (aka Alan Steel)

 

Howard Ross
Nadir Moretti
Yann Larvor
Hélène Chanel
Lia Zoppelli
Elisa Montés
Année: 1964
Genre: Péplum comique
Pays: Italie / Espagne / France
Editeur Artus Films
Critique:

Souvent présenté comme un « péplum parodique » et associé, comme tous les films de fin de cycle, à la décadence du genre, LE GRAND DEFI possède une assez mauvaise réputation renforcée par sa note désespérément basse sur IMDB (moins de 3/10). A la vision de la bande, très divertissante, difficile de comprendre ce rejet tant on passe un bon moment devant les aventures des quatre super-héros du « muscle opéra » : Maciste, Hercule, Samson et Ursus.

L’intrigue débute par une dispute entre Hercule et son père, Zeus, qui souhaite voir le guerrier embrasser la voie de la vertu. Mais l’impétueux Hercule préfère choisir celle du plaisir et se rend dans la cité de Lydie réputée pour ses beautés féminines. Il y tombe amoureux de la princesse Omphale. Et si la reine Nemea est enchantée de voir sa fille épouser le demi-dieu, la jeune femme lui préfère Inor, un prince barbare. Pour retarder les épousailles entre Omphale et Hercule, un nain astucieux surnommé Goliath élabore un plan machiavélique : afin d’obtenir la main de la princesse le fils de Zeus devra prouver sa valeur en triomphant de « l’Homme le plus fort du monde », à savoir Samson. Celui-ci relève le défi mais son épouse, Delilah, coupe ses cheveux afin de le priver de sa force. Maciste et Ursus interviennent alors et la situation se complique…

LE GRAND DEFI est un des derniers péplums des années ’60 à mettre en scène Maciste. Lancé par le cinéma muet (il apparait pour la première fois dans CABIRIA en 1914), le héros fut ramené sur le devant de la scène suite au succès d’Hercule à la fin des années 50. Pas moins de 25 « Maciste » furent produits en cinq ans (de 1960 à 1965), souvent joués par Kirk Morris, Gordon Scott, Mark Forest ou Alan Steel (de son vrai nom Sergio Ciani). Ce-dernier, après avoir incarné Maciste dans le médiocre MACISTE CONTRE LES HOMMES DE PIERRE et le très sympathique ZORRO CONTRE MACISTE, campe ici le fier Hercule (rôle qu’il tenait déjà dans HERCULE CONTRE ROME) et laisse à Howard Ross le soin d’incarner son avatar, Maciste.

Souvent cantonné aux seconds rôles dans le péplum (par exemple dans MACISTE DANS L’ENFER DE GENGIS KHAN), Howard Ross tourna par la suite de nombreux giallos (CINQ FILLES DANS UNE NUIT CHAUDE D’ETE, CARESSES A DOMICILE, etc.) et réussit, fait rare, sa reconversion loin du « sword and sandal ».

Nadir Moretti, pour sa part, eut une carrière nettement moins prolifique avec seulement onze prestations, lesquelles comprennent notamment MACISTE CONTRE LES MONGOLS et ZORRO MARQUIS DE NAVARRE. Moretti incarne ici un Samson globalement fidèle à la tradition biblique (sa force réside sans son abondante chevelure coupée par son épouse jalouse). Moins utilisé à l’écran que ses deux confrères précités, Samson apparut cependant dans une poignée de péplums des sixties comme SANSONE E IL TESORO DEGLI INCAS ou HERCULE, SAMSON ET ULYSSE.

Enfin, le dernier élément du quatuor, Yan Larvor (Ursus) a encore moins marqué les écrans : après une apparition dans LE COLOSSE DE RHODE de Sergio Leone et le film qui nous occupe il figura dans deux téléfilms avant de disparaitre des radars. Personnage figurant dans le roman « Quo Vadis ? », Ursus gagna en popularité après la sortie de l’excellente adaptation de Mervyn LeRoy où il était campé par Buddy Baer. Durant la folie du péplum mythologique, le rôle d’Ursus fut une première fois repris par Ed Fury dans LA FUREUR D’HERCULE avant huit autres productions mettant en scène ses exploits. LE GRAND DEFI rassemble ainsi les « quatre fantastiques » du péplum italien (ne manque sans doute que Ulysse) issu de traditions bien différentes : un anti-héros biblique (Samson), un demi dieu grec (Hercule), un succédané de ce-dernier devenu fierté nationale italienne (Maciste) et un serviteur chrétien venu du monde romain par le biais de la littérature (Ursus). Seul le cinéma bis pouvait nous offrir pareille rencontre improbable.

Aux côtés de nos gros bras, l’amateur appréciera trois beautés féminines : l’Espagnole Élisa Montés (revue ensuite dans le western, notamment GRINGO JOUE SUR LE ROUGE), la Française au patronyme d’actrice X Hélène Chanel (vue dans MACISTE EN ENFER) et enfin l’Italienne Moira Orfei (LE TRIOMPHE D’HERCULE mais aussi PARFUM DE FEMME) qui campe ici la jalouse Delilah.

Souvent amusant et parfois franchement drôle, LE GRAND DEFI ne se moque pas de son histoire ni de ses personnages (contrairement à de trop nombreuses parodies) mais joue au contraire la carte de l’ironie respectueuse. Les ressorts comiques sont donc à chercher du côté d’un certain Boulevard avec tout ce que cela implique de quiproquos et de travestissements de la réalité (le nain personnifie la Sybille afin de tromper Hercule) tandis que les anciens ennemis s’associent ou se trahissent dans la joie et la bonne humeur afin de prouver leur supériorité musculaire. Le tout bénéficie, par conséquent, d’un rythme alerte qui empêche tout sentiment d’ennui d’autant que les moyens déployés (certes limités) sont suffisants pour conférer au film une tenue acceptable.

En dépit d’effets un peu ratés ou datés (les bagarres en accélérés sont moyennement convaincantes), LE GRAND DEFI se révèle très distrayant : les personnages sont bien typés et leurs actions donnent le sourire, les situations imaginées sont amusantes, le ton décontracté rend l’entreprise extrêmement agréable, etc.

Bref, c’est drôle, divertissant, garanti sans la moindre prise de tête et très plaisant à suivre, l’idéal pour une bonne soirée de détente dans un univers complètement « bande dessinée » peuplé de culturistes rigolards, de nain malicieux et de demoiselles courtes vêtues. Une certaine idée du bonheur.

Fred Pizzoferrato - Avril 2015