LE GRAND DUEL
Titre: Il Grande duello
Réalisateur: Giancarlo Santi
Interprètes: Lee Van Cleef

 

Alberto Dentice [Peter O'Brien]
Horst Frank
Jess Hahn
Klaus Grunberg
Marc Mazza
Antonio Casale [Anthony Vernon]
Année: 1972
Genre: Western
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

LE GRAND DUEL Les modes passant rapidement en Italie, LE GRAND DUEL peut déjà être considéré comme un Western de fin de cycle avant la prochaine plongée dans la parodie via TRINITA et consort. Figure incontournable du genre, Lee Van Cleef apporte toute sa prestance à cette intrigue complexe.

En résumé, l’acteur incarne un ancien Shérif, Clayton, sur les traces d’un certain Philip Wermeer, lequel est pourchassé par des chasseurs de prime. Wermeer, accusé du meurtre d’un riche notable surnommé Le Patriarche, est d’ailleurs sauvé par Clayton à qui il révèle que les accusations portées contre lui sont mensongères et qu’il est victime d’un coup monté. Mais les trois fils du Patriarche, les redoutables frères Saxon, ne l’entendent pas ainsi et veulent la peau du jeune homme.

Classique mais riche en rebondissements, l’intrigue de ce GRAND DUEL permet une série de scènes mémorables et quelques personnages savoureux. La première séquence, par exemple, montre le shérif descendre d’une diligence, tout de noir vêtu, alors que le fugitif Wermeer est cerné par de redoutables chasseurs de prime. La musique choisie (et reprise à de nombreuses reprises au cours du métrage), signée Luis Bacalov (ensuite utilisée par Quentin Tarentino dans KILL BILL) s’avère splendide et s’élève au rang des grandes compositions classiques du Western italien.

LE GRAND DUEL verse également dans l’enquête policière, voire le thriller, avec ce mystérieux assassin décimant une partie du casting sans que l’on parvienne à l’identifier. Un petit parfum de film noir ou de giallo (nous sommes en Italie après tout !) encore accentué par les nombreux flash-back à la photographie teintée et monochrome, lesquels confèrent une indéniable valeur ajoutée à un scénario sinon assez traditionnel où l’on retrouve les habituels tyrans tenant une ville entière sous leur coupe jusqu’à l’arrivée d’un étranger venu rendre la justice.

Notons d’ailleurs que le scénariste Ernesto Gastali a largement démontré ses preuves dans le giallo, entre autre pour Sergio Martino (LA QUEUE DU SCORPION, L’ALLIANCE INVISIBLE, L’ETRANGE VICE DE MADAME WARDH,…) ce qui explique probablement son attrait pour le mystère, les crimes brutaux et les assassins surgissant de la nuit pour commettre leurs méfaits, dissimulés par un brouillard complice. Si l’identité du meurtrier reste assez évidente, la progression de l’enquête est donc bien menée et les flashbacks brisent adroitement la linéarité du script. Même si Gastaldi a plus tard déclaré que LE GRAND DUEL était « un film raté » dans lequel « quelque chose ne fonctionne pas », tempérons ce jugement sévère tant le métrage, certes imparfait, compte d’évidentes qualités l’élevant bien au-dessus de la moyenne du western à l’italienne.

Au niveau des personnages, Lee Van Cleef reste égal à lui-même, incarnant une nouvelle fois un « homme en noir » d’une rapidité redoutable et à la présence impressionnante, pour ne pas dire pratiquement surnaturelle. Dès qu’il entre dans le champ, Van Cleef attire le regard et s’impose comme le pivot du métrage, celui qui déclenche les événements et provoque une spirale de violences échappant finalement à tout contrôle.

A ses côtés, Alberto Dentice (dont c’est apparemment l’unique prestation) paraît fatalement en retrait et bien peu charismatique, subissant divers incidents qu’il ne parait jamais maîtrisé. Comme souvent, les méchants se montrent donc bien plus intéressants que le héros et on retrouve ainsi des figures familières du cinéma bis, que ce soit le Français Marc Mazza (MON NOM EST PERSONNE), Horst Frank (LE CHAT A NEUF QUEUES, SI DOUCES SI PERVERSES) dans un double rôle ou encore Klaus Grunberg, lequel compose un très curieux et caricatural pistolero homosexuel tout de blanc vêtu aimant caresser son large foulard ou son pistolet. Un beau trio de bandits sadiques et déjantés typiques du western italien, lesquels trouveront finalement un adversaire à leur mesure lors du grand duel final donnant au film son titre français. Une belle séquence située dans un corral et où les barrières s’ouvrent sur le passage des différents protagonistes réunis pour un dénouement attendu mais majestueux, au son de la partition grandiose de Bacalov.

En résumé, LE GRAND DUEL constitue un très bel exemple de Western à l’italienne qui ne peut légitimement prétendre avoir sa place parmi les plus belles réussites du genre (une quinzaine de titres au maximum) mais qui s’inscrit cependant dans le haut de la seconde division et reste aujourd’hui encore particulièrement plaisant et agréable à suivre.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2009