LE FRELON VERT
Titre: The Green Hornet
Réalisateur: William Beaudine / Norman Foster / E. Darrell Hallenbeck
Interprètes: Van Williams

 

Bruce Lee
Charles Bateman
Walter Brooke
Tom Drake
Lloyd Gough
Mako
Année: 1974 [série originale: 1966]
Genre: Aventures / Science-fiction / Policier
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Personnage de fiction créé au milieu des années ’30 par George W. Trendle et Fran Striker, le Frelon Vert vécu d’innombrables aventures, que ce soit via des feuilletons radiophoniques ou deux serials, sans oublier diverses adaptations sous forme de comics. Petit neveu du héros The Lone Ranger, Britt Reid est le rédacteur du journal The Daily Sentinel mais il exerce aussi ses talents de justicier sous l’identité du Frelon Vert, un super-héros costumé aidé de son serviteur expert en arts martiaux Kato et de sa voiture équipée de nombreux gadgets surnommée Black Beauty.

Lorsque divers criminels sont abattus, Britt Reid établit une connexion entre ces meurtres et un club de chasseurs professionnels, tous membres de l’Explorer Club, décidé à adjoindre un frelon à leur tableau de chasse. L’enquête suivante de Reid le conduit sur les traces d’une soucoupe volante échouée et d’extraterrestres ayant kidnappés sa secrétaire. Enfin, le Frelon Vert et Kato font échouer une guerre des gangs orchestrées par des racketteurs opérant à Chinatown.

Suite au succès de la série télévisée « Batman », William Dozier et la chaine de télévision ABC pensent tenir un bon filon en remettant au gout du jour le Frelon Vert et son assistant Kato, interprété par l’inconnu Bruce Lee. Les deux justiciers masqués, qui opèrent dans un repaires high-tech et conduisent un véhicule noir équipé de gadgets variés, semblent en effet un décalque satisfaisant du dynamique duo composé de Batman et Robin.

La principale différence réside d’ailleurs dans le ton employé pour narrer leurs aventures et, tandis que « Batman » joue la carte du second degré et du kitsch psychédélique typiquement sixties, le « Frelon Vert » (également exploité sous le titre du « Kato Show » à Hong Kong) préfère le premier degré et le sérieux d’enquêtes policières traditionnelles. Mal accueillie, la série ne fonctionna guère et fut annulée au bout d’une unique saison de 26 épisodes, malgré les efforts des producteurs et une timide tentative de cross-over dans une poignée d’épisodes de « Batman » voyant les deux duos justiciers se rencontrer.

Aujourd’hui, cette série serait probablement complètement oubliée si elle n’avait révélé Bruce Lee, lequel interprète le sidekick du héros, Kato, l’expert en arts martiaux. Devant la popularité grandissante de Bruce Lee, « Le Frelon Vert » finit toutefois par gagner un statut culte que la mort de l’acteur, survenue le 20 juillet 1973, ne fera qu’amplifier.

Après la sortie triomphale d’OPERATION DRAGON, de rusés producteurs commencent à exploiter leurs fonds de commerce, lançant des imitateurs du Petit Dragon plus ou mois doués (Bruce Le, Bruce Li, Dragon Lee,…) ou ressortant des films où Lee n’a qu’un rôle très mineur (FIST OF UNICORN par exemple où Lee, directeur des combats, est filmé à son insu par son « ami » Unicorn Chan). Viennent ensuite diverses « bruceploitations » utilisant d’authentiques images de la star défunte comme LE JEU DE LA MORT et LE JEU DE LA MORT 2 ou des arnaques pures et simples telles FIST OF FEAR TOUCH OF DEATH, FIST OF FURY 2 ou TRUE GAME OF DEATH intégrant quelques secondes d’images d’archives en plaçant le nom de Bruce Lee en grand sur les affiches.

Dans cette suite d’exploitations indignes et crapuleuses, LE FRELON VERT – LE FILM apparaît comme nettement plus fréquentable même si son intérêt reste essentiellement historique et devrait surtout contenter les inconditionnels de Bruce Lee. Exploité dans les salles en 1974, le métrage consiste en une compilation condensée de quatre épisodes de la série télévisée des années ’60. Les épisodes retenus sont « The Hunters and the Hunted », « The Preying Mantis » et «Invasion from outer space», ce-dernier étant en deux parties. Les enquêtes, pour leur part, se succèdent sans véritables transitions, les deux justiciers allant d’une scène à l’autre pour combattre le crime. D’une durée initiale de trente minutes, les intrigues vont également être condensée pour tomber sous la barre des vingt minutes et gagner ainsi en rythme, l’ensemble ne durant qu’environ une heure et quart.

Découvert aujourd’hui, LE FRELON VERT reste un divertissement acceptable mais qui saura difficilement passionner le spectateur. Contrairement aux vilains déjantés de « Batman », LE FRELON VERT ne propose que des criminels de droit commun sans aucun charisme et les intrigues s’avèrent routinières au possible. Le double épisode « Invasion from outer space » donne un certain espoir en présentant des extraterrestres mais le pot aux roses, éventé dès le départ, révèle qu’il s’agit en fait de terroristes affublés de costumes grotesques et désirant s’emparer d’une arme nucléaire. Bref, des scénarios de mauvais serials sans imagination qui ne sauront jamais tirer parti de personnages pourtant bien typés. Van Williams se montre ainsi plutôt convaincant dans son double rôle de journaliste et de super-héros mais n’est guère à son avantage dans les bagarres, plutôt pataudes.

Bruce Lee, pour sa part, n’est pas vraiment mis en valeur mais effectue quelques jolis mouvements martiaux, dommage que ses adversaires ne soient clairement pas à la hauteur et que les chorégraphies restent approximatives. Les fans de cinéma martiaux en seront donc pour leur frais mais la seule présence de Bruce Lee, effectuant quelques coups de pied en poussant son fameux cri de guerre devrait leur donner le sourire.

Quoique choisi pour leur potentiel d’action, les épisodes sélectionnés restent globalement languissante et manquent de rythme, même si on ne peut leur dénier un certain charme suranné encore assez agréable. Les quelques gadgets, dont un tube pistolet figurant le dard du frelon, restent amusant mais ne proposent que le service minimum et sont loin de concurrencer les délirants « bat-quelque chose » du Chevalier Noir de Gotham.

Réalisé par les vieux routiers de la télévion Norman Foster et Darrell Hallenbeck, ainsi que par le plus connu William Beaudine, coupable de moult « zéderies » du style de BILLY LE KID CONTRE DRACULA, l’ensemble reste impersonnel et le manque de budget, parfois criant, handicape sérieusement un concept sinon bien sympathique. LE FRELON VERT constitue, en résumé, une petite production raisonnablement distrayante mais que l’on réservera surtout aux fans « complétistes » de Bruce Lee, lesquels seront ravi de le découvrir dans ses premières oeuvres. Les autres s’abstiendront sans regret.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011