GRETCHEN SANS UNIFORME
Titre: Eine Armee Gretchen / Fraulein without uniform / Gretchen en uniforme / She Devils of the SS / SS Cutthroats
Réalisateur: Erwin C. Dietrich
Interprètes: Elisabeth Felchner

 

Karin Heske
Renate Kasché
Carl Möhner
Helmut Förnbacher
Alexander Allerson
Birgit Bergen
Année: 1973
Genre: Naziexploitation / Erotique
Pays: Suisse
Editeur  
Critique:

Né en 1930, le Suisse Erwin C. Dietrich débute sa carrière, en tant que producteur, dès 1955. Cependant, Dietrich, inspiré par la « révolution sexuelle », ne connaît le succès qu’à la toute fin des années ’60, lorsqu’il se lance résolument dans l’érotisme et s’improvise metteur en scène. Egalement scénariste, le bonhomme va produire jusqu’à dix films par an au cours des seventies et se verra même surnommé le « Roger Corman européen ».

Spécialisé dans l’exploitation, Dietrich permet à Antonio Margheriti, Riccardo Freda ou Jésus Franco de réaliser de nombreux long-métrages comme JACK THE RIPPER, NOM DE CODE : OIES SAUVAGES et, en tant que cinéaste, livre, de son côté, une cinquantaine de titres aussi divers que LE SEXE AU VENTRE (un démarquage de L’ENFER POUR MISS JONES) ou ce GRETCHEN SANS UNIFORME, adaptation bien fade d’un « classique » du roman de gare germanique.

L’intrigue, basique, reprend les codes coutumiers de la naziexploitation sans pour autant verser dans les excès de cruautés typiques des séries Z italiennes. Un médecin est chargé par le Reich d’examiner des aspirantes décidées à s’engager dans l’armée allemande pour remonter le moral (et pas que ça !) des troupes envoyées au combat. Trop prompt à réformer les demoiselles pourtant volontaires, notre médecin est puni par ses supérieurs et ses deux filles, Marga et Eva, sont, elles, enrôlées de force pour ranimer la virilité des troupes d’Hitler et les mener à la victoire.

Loin de l’ambiance glauque et des tortures vues dans SS GIRLS ou HORREURS NAZIES, cette petite bande sans prétention choisit, au contraire, la voie d’un érotisme gentillet et grivois, permettant de nombreuses séquences certes osées mais jamais choquantes. Les personnages, pour leur part, se conforment aux attentes : la prude jeune fille, enrôlée de force, voit se dérouler, sous son chaste regard, de nombreuses turpitudes tandis que sa meilleure amie, condamnée à brève échéance par une leucémie, multiplie les partenaires.

Malheureusement, l’intrigue s’avère chaotique et décousue, Dietrich n’étant guère soucieux de cohérence et se contentant, la plupart du temps, d’enchaîner les situations sexy en passant d’une saynète à l’autre sans chercher à étoffer son maigre scénario. Contrairement à ses confrères italiens, le cinéaste ne verse pourtant jamais dans le sordide et privilégie volontiers un érotisme franc, naturel et paillard. Les nymphettes au physique avantageux s’adonnent donc joyeusement au sexe, entre elles ou en compagnie de beaux militaires allemands et la brutalité est bannie du long-métrage, proche des téléfilms de seconde partie de soirée.

L’horreur nazie et la réalité des camps de concentration semblent, en effet, bien loin de ces ébats gentillets, saupoudrés d’une pincée d’humour, évidemment pas très fin mais parfois amusants. Seules quelques prudentes scènes de combats entre des soldats germains et un tank rappellent, lors du final, qu’une guerre sanglante se déroule, au même moment, partout en Europe.

Excepté durant ce climax précipité et quasiment incompréhensible, GRETCHEN SANS UNIFORME n’utilise guère le décorum guerrier sanguinaire de la naziexploitation et se contente d’user du nazisme comme d’un arrière-fond plus folklorique que dérangeant.

Difficile d’en dire plus sur ce film, quelconque et prévisible : si la mise en scène de Dietrich se montre parfois dynamique lors des scènes érotiques GRETCHEN SANS UNIFORME ne propose rien de marquant ou de mémorable. Juste une suite de saynètes plus ou moins émoustillantes enchaînées à un rythme mollasson. Heureusement, les actrices sont jolies, fréquemment dévêtues et enthousiastes lors des passages chauds (qui restent malgré tout très timorés) mais cela ne suffit pas à sauver le spectateur de l’ennui.

Les amateurs de naziexploitation à l’italienne, riches en tortures sanglantes et en humiliations cradingues, trouveront probablement le temps long et seuls les inconditionnels du cinéma érotique des années ’70 prendront plaisir à ce petit film oublié et sans grand intérêt. Bref, une oeuvrette fort décevante, seulement sauvée par le physique charmant des demoiselles exposées aux regards.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2012