GRIDLOCKED
Titre:
Réalisateur: Allan Ungar
Interprètes: Dominic Purcell
Cody Hackman
Stephen Lang
Trish Stratus
Danny Glover
Vinnie Jones
Saul Rubinek
Année: 2015
Genre: Action
Pays: Canada
Editeur
Critique:

Précédé d’une bonne réputation chez les amateurs de divertissement bourrin, GRIDLOCKED s’impose comme une très sympathique série B (comme Burnée à bloc !) reprenant à son compte les grandes lignes de plusieurs valeurs sûres hollywoodiennes. Nous sommes donc en présence d’un thriller d’action en huis-clos inspiré des inévitables ASSAUT et PIEGE DE CRISTAL revisité sous l’angle du buddy-movie ce qui permet quelques touches d’humour appréciable dans un ensemble sérieux et sombre.

L’intrigue, ramassée, enferme un ancien agent du SWAT, David Handrix (Dominic Purcell) avec un acteur coupable de bien des débordements, Brody Walker. Ce-dernier s’est une fois de plus emporté et a frappé un journaliste ce qui lui vaut un possible emprisonnement commué en une peine alternative : accompagner les forces de l’ordre pour lui apprendre le sens des responsabilités. Handrix est donc chargé de « l’éducation » du comédien. Les deux hommes se retrouvent finalement au cœur d’un véritable siège organisé par une poignée de flics corrompus décidés à récupérer une véritable fortune planquée dans un commissariat.

Sans aucune prétention, GRIDLOCKED ressuscite le thriller d’action à l’ancienne, sans caméra épileptique, sans montage qui donne le tournis et sans second degré envahissant en dépit des inévitables punchlines tout droit sorties des glorieuses eighties (dont l’inévitable « Je suis trop vieux pour ces conneries » déclaré en guise de clin d’œil par Danny Glover). GRIDLOCKED c’est encore un long-métrage ultra basique qui ne renie aucunement ses influences : ASSAUT évidemment mais aussi PIEGE DE CRISTAL, L’ARME FATALE, PIEGE EN HAUTE MER, les productions Cannon, etc. Tout un pan du cinéma viril qui enchantait les amateurs dans les années ’80 mais aujourd’hui quelque peu délaissé (en dépit de belles réussites comme LA CHUTE DE LA MAISON BLANCHE, LE DERNIER REMPART ou WHITE HOUSE DOWN).

Bien sûr, GRIDLOCKED ne possède pas le dixième du budget des titres précités mais le réalisateur compense par une ambiance nocturne efficace et un nombre très élevé de fusillades, sans négliger une dose de sadisme (le massacre des petits vieux, le climax bien saignant). Le film s’enorgueillit d’ailleurs d’être la production canadienne comptant le plus grand nombre de coup de feu et, en effet, le cinéaste fait parler la poudre et éclater les poches d’hémoglobine. Visuellement, le résultat s’élève d’ailleurs largement au-dessus du tout-venant du direct to vidéo avec une mise en scène très correcte, sèche et nerveuse qui tire parti des limites budgétaires pour pondre un climat oppressant et rendre l’ensemble plaisant à l’œil.

Si toutes ces qualités font plaisir, il ne faudra toutefois pas attendre de GRIDLOCKED la moindre subtilité ou une caractérisation travaillée des protagonistes, tous schématiques : le dur à cuire vaguement sur le retour, la jeune recrue, la lesbienne badass, l’acteur alcoolique multipliant les frasques médiatiques, les grands méchants aveuglés par le pognon et la guest star vieillissante (Danny Glover). Rien de neuf mais ce n’est pas très grave.

Les dialogues réduits à l’essentiel (quelques phrases signifiantes truffées de jurons), la musique hip hop martelée à chaque passage nerveux, les invraisemblances innombrables participent, eux-aussi, au grand rassemblement de poncifs sans gêner la vision de ce produit tendu et musclé. Car le principal intérêt de GRIDLOCKED reste l’action et, à ce niveau, la bande fonctionne en dépit d’une durée excessive (on frôle les deux heures et un nettoyage de quinze minutes aurait grandement améliorer le rythme d’un premier acte un brin mollasson). Des bagarres brutales dans lesquelles brillent Dominic Purcell (« Legends of tomorrow », « The Flash »), plutôt convaincant, et l’ancienne star du catch Trish Stratus qui régna sur la division féminine pendant une douzaine d’années. Dommage que les capacités sportives de Trish soient peu utilisées d’autant que sa performance de comédienne frise la catastrophe. Le meilleur acteur reste donc le vétéran Stephen Lang (« Into the badlands », la saga AVATAR) qui se montre calme, cruel, déterminé et légèrement cabotin. L’idéal pour ce type de personnage de méchant irrécupérable.

Heureusement, les fusillades sont bien chorégraphiées et quoique la mise en place se montre longuette (le récit est basique mais il faut attendre près de 70 minutes pour que le siège ne débute réellement) GRIDLOCKED emporte le morceau avec un final qui défouraille sauvagement durant près d’une demi-heure. A l’issue de la projection, le public sera satisfait : tous les méchants connaitront le juste sort de leur ignominie et finiront truffés de balles. Classique mais toujours sympa.

Au final, GRIDLOCKED constitue donc un divertissement simpliste mais efficace qui offre au spectateur exactement ce qu’il en espérait : des bastons, des mitraillages à répétition, quelques touches d’humour (notamment l’amusant générique final) et des personnages unidimensionnels qui aiment se foutre sur la gueule et se tirer dessus dans des couloirs. Du bon cinoche bière et popcorn garanti sans prise de tête à déguster sans modération.

Fred Pizzoferrato - Août 2016