GRINGO JOUE SUR LE ROUGE
Titre: 7 dollari sul rosso
Réalisateur: Alberto Cardone
Interprètes: Anthony Steffen

 

Elisa Montès
Fernando Sancho
Roberto Mialli
Loredana Nusciak
Bruno Carotenuto
 
Année: 1965
Genre: Western
Pays: Espagne / Italie
Editeur Evidis
Critique:

Assistant réalisateur sur de nombreuses productions prestigieuses (entre autres BEN HUR, PLEIN SOLEIL, BARBARELLA et DON CAMILLO), Alberto Cardone mis en scène une dizaine de long-métrages, pour la plupart des westerns dont les titres originaux casaient souvent le mot « dollari », popularisé par la trilogie de Sergio Leone. Dans celui qui nous occupe aujourd’hui les « 7 dollars » font référence à la somme d’argent laissée par un ignoble bandit sur le cadavre d’une Indienne assassinée, la « valeur estimée » de la demoiselle. Le point de départ d’un classique mais efficace récit de vengeance étalé sur plusieurs décennies.

Compétent mais sans personnalité, le cinéaste emballe donc un très classique western à l’italienne paré d’empreints aux grandes tragédies antiques.

Un impitoyable bandit, Sancho, surnommé Chacal, tue une jeune femme mais épargne inexplicablement son tout jeune fils, Jerry, qu’il enlève et confie à son épouse. Les années s’écoulent mais Sancho continue de semer la terreur avec l’enfant, devenu adulte, à ses côtés. De son côté, le père de Jerry, un as de la gâchette nommé Johnny Ashley, part à sa recherche mais sa quête semble vaine. Il finit par s’installer dans une petite ville tranquille où il entend faire régner l’ordre à grands coups de révolver. Cependant Jerry y débarque et ne tarde pas à compter fleurette à la beauté locale, Sybil, au grand désespoir de sa sœur. Malheureusement, si Jerry se trouve en ville ce n’est pas seulement pour les beaux yeux de Sybil mais pour préparer le terrain à son père adoptif. Ce-dernier s’apprête, en effet, à attaquer la ville. Lorsque Sybil découvre le pot aux roses et tente de prévenir Johnny, Jerry la tue…

Bénéficiant d’un scénario intéressant le film souffre aussi d’invraisemblances criantes : les principaux protagonistes semblent ainsi à peine vieillis lorsque le métrage effectue un bond en avant d’une vingtaine d’années, non seulement physiquement mais aussi psychologiquement puisque le poids des ans les a fort peu marqués.

Quelques séquences paraissent en outre très gratuite : un duel dans une grotte, quelques bagarres,…Rien de franchement transcendant, le cinéaste s’assurant simplement d’atteindre la durée réglementaire et d’offrir aux spectateurs un quota d’action suffisant. Pas désagréable mais une intrigue plus ressérée aurait probablement rendu le film encore meilleur. Sans doute eut il fallut un metteur en scène plus ambitieux que le très anonyme Alberto Cardone pour transformer cette honnête métrage en véritable réussite.

Heureusement, GRINGO JOUE SUR LE ROUGE peut compter sur les performances de ces principaux comédiens. Anthony Steffen, comme souvent dans le western, se montre convaincant et apporte une bonne dose de drame et de nostalgie à son personnage de veuf écumant l’Ouest pour retrouver son fils. Fernando Sancho, pour sa part, n’innove guère mais reste très à l’aise en grand méchant caricatural qui tue ses complices sans raison puis éclate d’un grand rire un peu fou. Les seconds rôles sont, de manière générale, moins crédibles mais restent corrects pour ce genre de petit budget. L

e manque d’argent s’avère cependant patent et le réalisateur a probablement du se contenter de clopinettes pour construire un métrage qui, dans l’ensemble, se tient pourtant honnêtement. Si la mise en scène demeure au mieux potable et au pire pataude, GRINGO JOUE SUR LE ROUGE reste donc agréable, aidé par une musique mélancolique bien présente qui lui confère un charme certain.

Par souci de censure ou d’économie, le cinéaste se dispense, en outre, d’user des traditionnels sachets de sang, d’où des fusillades très proprettes, étonnantes dans le cadre d’un western italien, y compris lorsque les victimes encaissent des balles à bout portant sur leur chemise qui demeure étrangement immaculée.

Le duel final, sous un ciel déchainé, est toutefois bien réalisé et voit les deux combattants s’approcher l’un de l’autre, sous une pluie battante, en pataugeant dans la boue, Steffen se refusant à dégainer pour abattre son fils pourtant devenu une complète crapule.

Sans être un incontournable du western spaghetti ni même une complète réussite, GRINGO JOUE SUR LE ROUGE se révèle plaisant et sympathique, les acteurs concernés, la bande originale évocatrice et quelques scènes réussies permettant d’en oublier les défauts.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2014