GRIZZLY - LE MONSTRE DE LA FORÊT
Titre: Grizzly
Réalisateur: William Girdler
Interprètes: Christopher George

 

Andrew Prine
Richard Jaeckel
Joe Dorsey
Joan McCall
Charles Kissinger
 
Année: 1976
Genre: Aventures / Horreur / Jaws Rip-of
Pays: USA
Editeur Mad Movies
Critique:

En 1975, Steven Spielberg triomphe au box-office avec LES DENTS DE LA MER, lequel s’impose, à l’époque, comme le plus gros succès de l’Histoire du cinéma. Bien sûr, les envieux ne tardent pas à se manifester et se disent, probablement, que, finalement, le métrage de Spielberg ne doit pas être très compliqué à reproduire. Un prédateur de belle taille, une poignée de personnages hauts en couleur, quelques victimes retrouvées en charpie…des ingrédients basiques même si trouver les justes proportions demande davantage de doigté et d’inspiration.

Cependant, de nombreuses imitations envahissent rapidement les écrans, changeant simplement l’espèce du monstre marin menaçant une petite communauté. Le grand requin blanc, devient, au choix, un poulpe géant (TENTACULES), un épaulard (ORCA), un banc de poissons mutants (PIRANHAS) ou encore un requin…tigre (TINTORERA). D’autres producteurs, plus rusés, transposent l’intrigue des DENTS DE LA MER dans un environnement différent mais en décalque, à l’identiques et sans vergogne, toutes les péripéties. Le premier de ces « rip-of » est GRIZZLY, LE MONSTRE DE LA FORET, lequel suit, pratiquement à la ligne, le scénario de son modèle. La seule différence, bien sûr, réside dans l’animal meurtrier choisi, à savoir un énorme ours de cinq mètres de haut, unique prédateur terrestre pouvant rivaliser de puissance et de férocité avec un Grand Blanc.

Réalisé pour un budget serré de 750 000 dollars, le métrage, surnommé « Jaws with claws » en rapporte bien davantage et s’impose comme un des succès surprises de 1976. On parle de recettes dépassant les trente millions de dollars, une somme énorme à l’époque et la preuve que l’originalité n’est pas toujours nécessaire à engranger de jolis bénéfices.

Dans GRIZZLY, LE MONSTRE DE LA FORET, nous retrouvons donc un décalque pur et simple des situations et personnages rencontrés dans LES DENTS DE LA MER. En artisan soucieux d’amasser un paquet de billets verts, William Girdler ne fait preuve d’aucune innovation et se plie aux conventions du genre. Classiquement, il adopte, lors des scènes d’attaque, le point de vue de l’ours meurtrier se ruant sur ses victimes terrifiées. Une tactique permettant à la fois de rogner sur le budget et d’accroitre le suspense à peu de frais, d’autant que le grizzly est censément un monstre gigantesque d’environ cinq mètres, très différents des « ours ordinaires » peuplant le parc naturel où se déroule l’intrigue. Hélas, le climax révèle un animal de taille toute à fait normale et pas vraiment impressionnant. Une déception évidente en regard des attentes générées par la mise en place.

L’intrigue débute par la présentation d’un ranger nommé Michael Kelly (Christopher George) et son idylle avec la photographe Allison Corwin. Peu après, deux jolies campeuses sont mises en pièces par un énorme grizzly et Kelly, n’ayant plus de nouvelles des pauvres demoiselles, part à leur recherche en compagnie d’Allison. Une fois les cadavres retrouvé, le médecin légiste, Samuel Hallitt, délivre ses conclusions et impute la mort des jeunes filles à un ours gigantesque.

Soucieux de la sécurité des promeneurs, Kelly suggère, bien entendu, de fermer le parc suite à cette agression mais le responsable, Charles Kitteridge, s’y refuse afin d’éviter toute publicité négative. Un refrain connu. Heureusement, le brave ranger peut compter sur l’aide d’un pilote d’hélicoptère courageux nommé Don Strober et d’un biologiste connaissant bien les ursidés, Arthur Scott. La traque commence pour notre intrépide trio confronté au redoutable prédateur.

De ce scénario balisé, linéaire et prévisible, William Girlder tire un métrage plaisant mais, évidemment, sans surprise, à savourer au second degré, en essayant, par exemple, de repérer les innombrables décalques du classique de Steven Spielberg.

Au niveau du casting, GRIZZLY, LE MONSTRE DE LA FORET donne la vedette à Christopher George (1929-1983), lequel débuta par quelques westerns comme ELDORADO, CHISUM ou LES VOLEURS DE TRAIN avant de se reconvertir, à partir du milieu des années ’70, dans l’horreur (DAY OF THE ANIMALS, GRADUATION DAY, LE SADIQUE A LA TRONCONNEUSE) et l’exploitation (THE EXTERMINATOR, L’IMPLACABLE NINJA).

Dans le rôle de son « love interest », nous retrouvons Joan McCall, actrice à la carrière éphémère vue dans CINQ FOIS LA MORT et RAPE SQUAD. Bien sûr, Charles Kissinger, ami et acteur fétiche de William Girdler (il apparaît dans sept des neufs long-métrages de ce-dernier), s’octroie le rôle secondaire d’un médecin légiste. Pour compléter la distribution, GRIZZLY, LE MONSTRE DE LA FORET peut compter sur Andrew Prine, un acteur à la filmographie impressionnante (plus de 170 titres !) croisé, entre autre, dans « V », la série culte des années ’80 et quelques productions horrifiques comme LE COULOIR DE LA MORT ou AMITYVILLE 2.

Enfin, le biologiste intrépide, largement inspiré du personnage de Hooper dans LES DENTS DE LA MER, échoit à Richard Jaekel, un vétéran vu dans LES MACHOIRES INFERNALES, JUSTICE SAUVAGE 2 ou BATAILLE AU DELA DES ETOILES mais, également, des titres plus prestigieux comme LES 12 SALOPARDS.

Reprenant sans vergogne tous les moments clés de son modèle (y compris un long monologue renvoyant directement au fameux récit du naufrage de l’Indianapolis), GRIZZLY, LE MONSTRE DE LA FORET évite toutefois le piège de la photocopie pure et simple. Un exercice délicat mené efficacement par un William Girdler tout juste sorti du procès l’opposant aux producteurs de L’EXORCISTE suite à son imitation façon « blaxploitation » du chef d’œuvre de Friedkin, ABBY.

Si on excepte le recyclage éhonté des idées de Steven Spielberg, GRIZZLY, LE MONSTRE DE LA FORET fonctionne cependant agréablement. Les scènes d’attaques, nombreuses et convaincantes, insistent sur les bruits menaçants signalant la charge de l’animal, dont on ne voit, le plus souvent, qu’une patte griffue s’abattant sur une victime bientôt couverte de sang.

William Girdler n’hésite pas, non plus, à recourir aux « fausses peurs » les plus éculées mais toutefois efficaces. Ainsi, il orchestre, par exemple, une montée du suspense à base de craquements sinistres se rapprochant de deux campeuses avant de révéler qu’il s’agit, simplement, d’un ranger circulant à cheval. A mi-film, le cinéaste ne résiste pas à proposer une séquence similaire au cours de laquelle le supposé monstre s’avère, en réalité, un inoffensif ourson.

La seconde moitié du métrage se consacre essentiellement à la traque de l’ours et dispense quelques scènes distrayantes avant un climax correct mais relativement décevant tant l’ours géant manque de combativité et de rage meurtrière. Cependant, malgré ces faiblesses et son manque flagrant d’originalité, le film reste divertissant et plaisant, Girdler lui conférant un minimum de rythme et d’efficacité sans chercher autre chose qu’à donner au spectateur une heure et demie de délassement dénué de la moindre prise de tête.

Petite production de série, rondement menée et sans prétention, GRIZZLY, LE MONSTRE DE LA FORET constitue un des plus sympathiques décalques des DENTS DE LA MER et garde, après toute ses années, un véritable potentiel distrayant même si nous sommes, objectivement, très loin d’un chef d’œuvre impérissable.

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2013