THE GRUESOME TWOSOME
Titre: The Gruesome Twosome
Réalisateur: Hershell Gordon Lewis
Interprètes: Elizabeth Davis

 

Gretchen Wells
Chris Martell
Rodney Bedell
Ronnie Cass
Karl Stoeber
Dianne Wilhite
Année: 1967
Genre: Comédie horrifique / Gore
Pays: USA
Editeur Something Weird
Critique:

Considéré comme l’inventeur du gore cinématographique avec son fameux BLOOD FEAST, Hershell Gordon Lewis fut, également, élu parmi les « pires réalisateurs de tous les temps », ayant, pour beaucoup, mérité sa place à la droite du Dieu Ed Wood en matière d’indigence cinématographique. Revus aujourd’hui, les films de Lewis, tout comme ceux de Wood, sont pourtant divertissants et parfois même efficaces, en particuliers le volontairement drôle 2000 MANIACS. Malheureusement, THE GRUESOME TWOSOME se révèle, pour sa part, raté et sans grand intérêt, apparaissant même comme un des titres les plus faibles du cinéaste.

Débutant par un prologue hallucinant (et halluciné) narré par des têtes de mannequins affublés de perruques, le métrage s’intéresse à une vieille dame respectable, Miss Pringle, tenant un petit magasin de perruquerie. Le secret de sa réussite tient, bien sûr, dans l’utilisation de véritables cheveux humains pour confectionner les perruques. Pour les obtenir, Miss Pringle met en location une chambre à bas prix, attirant ainsi de jeunes et imprudentes étudiantes qui se retrouvent à la merci de son petit fils attardé, Rodney. Cathy Baker, une demoiselle s’improvisant détective amateur, enquête sur les meurtres ensanglantant la région mais se voit décrédibilisée après avoir accusé par erreur un vieillard innocent. Saura t’elle stopper Miss Pringle ou finira t’elle scalpée par Rodney ?

THE GRUESOME TWOSOME commence par une séquence surréaliste devenue légendaire dans laquelle deux têtes de mannequin en plastique, affublées de perruques, introduisent le film au public. Une scène parait il ajoutée par un Lewis dépité de ne pouvoir atteindre la durée minimale requise pour un long-métrage. En dépit d’une durée restreinte (70 minutes !), le cinéaste tire ainsi fréquemment à la ligne et propose quelques séquences totalement inutiles, remplissant par exemple le temps de projection à l’aide d’un numéro de danse improvisé et incongru mené par une poignée d’étudiantes. Un peu plus tard, Lewis étire au-delà du supportable une scène dans un drive-in à l’humour pachydermique agrémenté d’un « film dans le film » pathétique saupoudré d’allusions sexuelles balourdes. Carrément pénible.

La scène où l’héroïne suit un suspect (qui s’avère en réalité innocent) dure, elle aussi, une éternité et épuise les plus courageux, d’autant qu’elle se conclut par une démonstration de terreur hystérique grotesque desservie par une interprétation calamiteuse. La suite du métrage offre d’autres passages d’une incroyable stupidité et poursuit dans le remplissage avec des moments supposés « groovy » impliquant de jeunes teenagers en maillot jouant de la guitare ou dansant à la manière des fameuses « comédie de plage » en vogue dans les années ’60 et dont se moquera, bien plus tard, le référentiel PSYCHO BEACH PARTY.

Au niveau des meurtres, Lewis propose trois longues scènes amusantes en dépit d’effets spéciaux d’un amateurisme consternant. Dans la première, une étudiante est égorgée puis scalpée et son cerveau gicle hors de sa boite crânienne. Dans la seconde, une demoiselle voit son cuir chevelu découpé au couteau électrique avec force éclaboussures écarlates. Enfin, la troisième et la plus sanglante des séquences détaille l’éventrement d’une jeune femme par un Rodney très satisfait de pouvoir ensuite jouer avec les organes extirpés du cadavre éviscéré. Excepté la punition finale du psychopathe, énucléé par l’apprentie détective, THE GRUESOME TWOSOME n’a pas d’autres arguments saignants pour convaincre le spectateur. Un peu léger même si le côté Grand Guignol reste sympathique.

Quoiqu’ayant réalisé quelques titres « sexy », Lewi se montre, en outre, particulièrement pudibond au niveau de la nudité et n’enrobe son intrigue d’aucun érotisme. Plus ennuyeux encore, les dialogues ineptes et le jeu catastrophique des acteurs ruinent complètement le potentiel horrifique d’un film décidément décevant. La bande sonore jazzy s’avère, elle, particulièrement inappropriée et médiocre mais le cinéaste n’a jamais été réputé pour la qualité de ses musiques.

Les petites sous-intrigues et digressions, pour leur part, n’ont d’autre intérêt que de permettre à Lewis de « tenir » une heure et dix minutes et occupent une bien trop large portion du métrage au détriment du gore et des rares gags amusants. Le montage et la réalisation sont, de leur côté, complètement amateurs et désastreux. Reste le charme indéniable et inexplicable des séries Z des sixties et le côté parodique sans doute involontaire mais estimable de ce GRUESOME TWOSOME puisant évidemment son inspiration du côté des comédies horrifiques macabres de Roger Corman, LA PETITE BOUTIQUE DES HORREURS et UN BAQUET DE SANG en tête.

En résumé, un très mauvais film mais une divertissante curiosité pour les historiens du cinéma gore et du bis ringard.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011