GUTS OF A VIRGIN
Titre: Shojo no harawata / Entrails of a Virgin
Réalisateur: Kazuo 'Gaira' Komizu
Interprètes: Saeko Kizuki

 

Naomi Hagio
Megumi Kawashima
Osamu Tsuruoka
Daiki Katô
Hideki Takahashi
Kazuhiko Goda
Année: 1986
Genre: Horreur / Erotique / Exploitation / Slasher
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Précédé d’une petite réputation culte, GUTS OF A VIRGIN fut un temps un des titres asiatiques les plus recherchés des amateurs, particulièrement aux Etats-Unis où il est aussi connu que le fameux GUINEA PIG. Bien moins choquant que le film précité, GUTS OF A VIRGIN s’inscrit dans la lignée des productions italiennes de série Z mélangeant allègrement sexe et horreur.

Joe d’Amato en fut un temps le champion (on se souvient de PORNO HOLOCAUST et de LA NUIT FANTASTIQUE DES MOURTS VIVANTS), aux cotés d’Andrea Bianchi (MALABIMBA, NUE POUR L’ASSASSIN) avant que le flambeau ne soit repris par les Japonais et les Allemands, sans oublier les récents FANTOM KILER de provenance indéterminée. GUTS OF A VIRGIN s’avère malheureusement largement en deçà des espérances et aligne de pénibles scènes voulues sexy durant l’essentiel de son temps de projection, limitant l’horreur à la portion congrue.

L’intrigue de GUTS OF A VIRGIN débute par une séance de photos de charme en pleine campagne. Trois hommes, accompagnés de trois jeunes et sexy demoiselles, empruntent ensuite une route baignée de brume et atterrissent finalement dans une bâtisse où ils décident de passer la nuit. Très vite, le petit groupe commence à s’ennuyer et chacun tue le temps comme il peut en compagnie de sa chacune. Aux discussions sans intérêt blablatées par des personnages aussi stupides que détestables succèdent quelques scènes érotiques pas vraiment imaginatives. Mais la nuit ne sera pas de tout repos puisqu’un mystérieux tueur rôde et commence à décimer la joyeuse bande.

Le cinéaste Kazuo Komizu, dissimulé sous le pseudonyme de Gaira (le géant de LA GUERRE DES MONSTRES) a réalisé ce GUTS OF A VIRGIN en 1986 avant d’enchainer avec deux pseudo séquelles (ENTRAILS OF A BEAUTIFUL WOMAN et GUTS OF A VIRGIN 3 – RUSTED BODIES) fonctionnant sur le même principe, à savoir mixer un film érotique traditionnel avec des passages gore.

L’intrigue, quasi inexistante, se résume à peu de chose et constitue un simple prétexte, GUTS OF A VIRGIN ne se souciant jamais d’un scénario travaillé ni même de développer ses personnages, réduits à des silhouettes dévêtues sans la moindre personnalité. Deux des hommes sont en outre des crétins complets, assortis d’obsédés sexuels n’hésitant pas à recourir au viol pour obtenir ce qu’ils désirent. Le troisième est un lutteur professionnel et, lors d’une scène aberrante, il entame une série de prise de catch en caleçon sur une fille qui va se pisser dessus sous la violence des coups avant de s’évanouir. Difficile de comprendre où le cinéaste veut en venir en proposant de semblables passages : est-ce supposé choquant, excitant ou amusant ? La question reste posée tant le résultat à l’écran s’avère en tout cas incompréhensible aux yeux et aux sensibilités des Occidentaux.

Les trois jeunes et jolies demoiselles, pour leur part, sont des idiotes insupportables passant l’essentiel du métrage à l’horizontale en se débattant très mollement durant des passages chauds à la limite du viol. Mais comme les types « en ont une grosse » elles se disent que, finalement, ce n’est pas si mal ! Bref, une « morale » plus que douteuse (enfin en Asie on a l’habitude avec des titres aussi nauséabonds que RAPED BY AN ANGEL) et des protagonistes complètement antipathiques.

Japon oblige, les scènes érotiques sont floutées et seules les poitrines des actrices sont complaisamment exposées, le reste étant recouvert d’un voile pudique et frustrant. Comme si des scènes sexy filmées par un tâcheron n’étaient déjà pas suffisamment ennuyeuse, GUTS OF A VIRGIN propose donc des scènes sexy filmées par un tâcheron dans lesquelles on ne voit rien ! Bref, pas vraiment emballant d’autant que le film abuse des thématiques typiquement nippones de l’humiliation et des fantasmes liés au viol! Notons aussi un emploi d’inserts incongrus, jouant parfois sur la symbolique sexuelle, lors des séquences érotiques, un procédé renvoyant directement aux origines du X et en particuliers à GORGE PROFONDE même si Damiano les utilisait à bien meilleur escient.

Les meurtres, de leur côté, se révèlent pratiquement aussi décevants et jouent essentiellement la carte de la suggestion. Leur mise en scène reprend également les tics coutumiers des films d’horreur américains des années ’80, sans oublier les ralentis et autre brume menaçante. Le gore, très bref, reste cependant sympathique avec un crane éclaté d’où jaillissent les globes oculaires, une décapitation et un javelot transperçant une victime.

Il faut attendre près de 60 minutes pour déguster la scène choc et culte du métrage, sur laquelle GUTS OF A VIRGIN a bâti sa réputation, à savoir l’inexplicable crise de folie d’une jeune nymphomane. Celle-ci commence à se masturber frénétiquement puis trouve plus commode d’utiliser le bras tranché d’une des victimes. Le monstre, un monstre mutant au sexe surdimensionné, arrive et la « viole », la couvre de sperme et lui donne un fist-fucking définitif en lui enfonçant la main dans le vagin avant d’en extirper les entrailles. Une séquence bien démente aux effets spéciaux très corrects même si la suggestion l’emporte largement et que, à l’écran, on ne voit finalement pas grand-chose. Gaira paie en tout cas son tribut à Joe d’Amato en rendant ainsi hommage à la fois à ANTROPOPHAGEAOUS et à PORNO HOLOCAUST dont GUTS OF A VIRGIN constitue un simple décalque fauché.

En dépit de ces quelques moments mémorables, GUTS OF A VIRGIN s’avère surtout ennuyeux, un comble pour un métrage ne durant que 70 minutes, dont la moitié occupée par des scènes « sexy ». Hélas ces dernières sont plus repoussantes que stimulantes et l’absence totale de suspense ferait passer le pire slasher américain des années ’80 pour un modèle de tension dramatique. La musique au synthé aujourd’hui très datée emprunte pour sa part quelques sonorités à Mike Oldfield ou Art of Noise pour composer une bande sonore répétitive plutôt médiocre.

Bref, pas grand-chose à sauver même si le final annonce une séquelle qui ne sera heureusement jamais tournée, les deux supposées « suites » étant des métrages similaires tournés par la même équipe mais sans relation avec le métrage qui nous occupe.

Si le Japon s’est fait jadis une spécialité de « l’ero-guro » (à savoir un érotisme grotesque et outré ponctué de violences comme en témoigne L’ENFER DES TORTURES et bien d’autres), cette déclinaison extrême verse carrément dans le ridicule, au point que la seule option valable semble être de prendre GUTS OF A VIRGIN comme une parodie plus ou moins volontaire. Le tout n’a malheureusement que très peu à offrir pour susciter l’intérêt et même les séquences cultes paraissent sur papier plus provocantes qu’elles ne le sont à l’écran.

D’où un ennui persistant dont ne surnage que la satisfaction d’avoir finalement vu ce dont tout le monde parle

Fred Pizzoferrato - Septembre 2010