GUTS OF A VIRGIN 2: ENTRAILS OF A BEAUTIFUL WOMAN
Titre: Bijo no harawata
Réalisateur: Kazuo 'Gaira' Komizu
Interprètes: Megumi Ozawa

 

Ayako Ishii
Seira Kitagawa
Ken Yoshizawa
 
 
 
Année: 1986
Genre: Erotique / Horreur / Gore
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Scénariste de plusieurs classiques de l’érotisme nippon (comme le VA, VA, VIERGE POUR LA SECONDE FOIS de Kôji Wakamatsu) Gaira a, également, mis en scène huit long-métrages (dont les trois volets de GUTS OF A VIRGIN) qui anticipent grandement sur les futurs « délires sexy gore » du cinéma japonais du XXIème siècle et, en particuliers, l’école Sushy Typhoon et ses dérivés. On pointera immédiatement les parallélismes évidents entre les bricolages de Gaira et les récents ALIEN Vs NINJA et autre MUTANT GIRLS SQUAD. Dans les deux cas, on relève une semblable obsession pour le sexe et la violence au sein d’un univers très « cartoonesque » dont les outrances provocatrices frisents souvent la parodie.

GUTS OF A VIRGIN 2: ENTRAILS OF A BEAUTIFUL WOMAN s’adresse donc essentiellement aux amateurs de bizarreries ou aux spectateurs ayant apprécié la précédente réalisation de Gaira, le très fauché GUTS OF A VIRGIN. Quoiqu’il s’agisse d’une séquelle sans aucun lien avec le (soi-disant) premier volet, le réalisateur en reprend, toutefois, les mêmes ficelles : il mixe violence, érotisme et horreur sanglante avec une bonne volonté évidente, dans la grande tradition du cinéma d’exploitation à budget rachitique. L’intrigue traite, cette fois, d’un groupe de Yakuza de troisième zone dont la principale occupation consiste à enlever, violer et droguer des jeunes femmes.

Après en avoir longuement abusés, les gangsters les vendent « aux Africains » afin d’augmenter leurs profits bien mal acquis. Pour accomplir leurs méfaits, ces racailles emploient une drogue très puissante, nommée Angel Rain, qui plonge immédiatement les utilisatrices dans un état de forte dépendance et de frénésie sexuelle irrépressible. Parvenant à échapper aux Yakuza, une de ces demoiselles trouve refuge chez une psychiatre, Hiromi, avant de se suicider en se jetant du toit d’un immeuble. Décidée à la venger, Hiromi est capturée par les gangsters qui la violent et lui injectent une dose létale d’Angel Rain. Inexplicablement, la pauvre fille se change en une sorte de zombie qui sort de sa tombe pour massacrer ses tourmenteurs à l’aide d’un énorme pénis !

Très classique dans ses excès, GUTS OF A VIRGIN 2: ENTRAILS OF A BEAUTIFUL WOMAN convie, de manière bordélique, les univers érotico-horrifiques des bandes dessinées pour adultes les plus outrancières. Le film aligne, dès lors, les brutalités, les viols, les humiliations et les flagellations dans la grande tradition du « pinku violence », sous-genre prisé au Japon depuis les années ‘70. Sans verser dans le hardcore (tabou nippon des organes génitaux oblige), l’ensemble se monstre cependant corsé et oblige le cinéaste à ruser avec la censure en plaçant sa caméra de manière inventive.

Les plans, astucieux, dévoilent ainsi les attrayantes anatomies féminines sans toutefois offrir de véritables scènes de nu intégrale. Gaira recourt néanmoins, lors du final, à un « floutage » disgracieux de ses acteurs en pleine copulation. Si GUTS OF A VIRGIN 2 : ENTRAILS OF A BEAUTIFUL WOMAN constitue un divertissement amusant pour les amateurs de séries Z déjantée, l’ensemble devient, malheureusement, quelque peu répétitif au fil de la projection.

En dépit de sa courte durée, le film multiplie les scènes suggestives de masturbation féminine mais finit par instaurer une réelle lassitude, y compris chez les plus pervers. Niveau gore, GUTS OF A VIRGIN 2 : ENTRAILS OF A BEAUTIFUL WOMAN se montre généreux, du moins lors de son dernier tiers qui détaille les exactions du zombie revanchard nanti d’une sorte de pénis monstrueux manifestement inspiré de la créature d’ALIEN. Tête pulvérisée dans des flots de sang écarlate, demoiselle pénétrée par le membre répugnant qui lui déchire la poitrine de l’intérieur, cadavre retrouvé les tripes exposées, démembrement, etc. Gaira ne fait pas dans la dentelle même si, comparé à des productions contemporaines comme TOKYO GORE POLICE ou THE MACHINE GIRL, le résultat reste sobre et souffre, hélas, d’un budget réduit qui musèle les excentricités proposées.

Malgré une courte durée (environ 70 minutes), GUTS OF A VIRGIN 2: ENTRAILS OF A BEAUTIFUL WOMAN manque de rythme et son orientation hésitante (horreur, sexe, gore, comédie, drame,…) échoue à pleinement satisfaire le spectateur. Trop porté sur l’érotisme pour les uns, trop sanglant et répugnant pour les autres, le long-métrage, assis le cul entre deux chaises, s’adresse surtout aux amateurs de pure exploitation mais reste une bizarrerie raisonnablement plaisante pour les cinéphiles curieux.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2013