HALLOWEEN III: LE SANG DU SORCIER
Titre: Halloween III: Season of the Witch
Réalisateur: Tommy Lee Wallace
Interprètes: Tom Atkins

 

Stacey Nelkin
Dan O'Herlihy
Michael Currie
Ralph Strait
Jadeen Barbor
Garn Stephens
Année: 1982
Genre: Fantastique / Horreur / Science-fiction
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Sorti voici 30 ans, HALLOWEEN 3 fut, longtemps, le mal-aimé de la saga, les fans de Michael Myers n’ayant pas apprécié son absence dans un long-métrage qui, par ailleurs, s’affranchit de tous liens avec les deux premiers épisodes. Déjà fatigué de la saga, le producteur John Carpenter souhaitait, à l’époque, l’orienter dans une nouvelle direction et proposer, chaque année, un film indépendant mais rattaché thématiquement à la fête d’Halloween.

D’abord envisagé pour Joe Dante, le projet est finalement confié à Tommy Lee Wallace, longtemps collaborateur de Carpenter puisqu’il fut monteur sur HALLOWEEN et THE FOG. Egalement scénariste d’AMITYVILLE 2, Tommy Lee Wallace passe à la mise en scène avec cet HALLOWEEN 3 qui se révéla un véritable cadeau empoisonné. Par la suite, il travaillera surtout à la télévision (notamment pour le fameux téléfilm CA d’après Stephen King), et ne revint aux grands écrans que de manière épisodique, notamment pour VAMPIRE ? VOUS AVEZ DIT VAMPIRE 2 et VAMPIRES 2, suite discrète du film de…John Carpenter.

Tommy Lee Wallace se charge, en outre, du scénario d’HALLOWEEN 3, du moins officiellement puisque, officieusement, John Carpenter met la main à la pâte d’un script initialement commandité à Nigel Kneale qui demandera en définitive à retirer son nom du générique. Le scénariste anglais, créateur du mythique Quatermass (la série et les quatre long-métrages dérivés) souhaitait exploiter les mythes celtiques et revenir aux fondements de la célébration d’Halloween mais son traitement, jugé « pas assez américain », sera largement remanié par Tommy Lee Wallace. Celui-ci accouche ainsi d’un thriller paranoïaque mêlant horreur, ésotérisme et science-fiction, plus proche de L’INVASION DES PROFANATEURS que des deux HALLOWEEN précédent.

Un changement radical pour les inconditionnels du slasher qui, mal averti, espèrent retrouver leur croquemitaine préféré et rejettent catégoriquement un film pourtant globalement efficace et original. HALLOWEEN 3 récolta toutefois quatorze millions de dollars au box-office américain pour un budget estimé d’environ deux millions et demi. Des recettes pas si mauvaises mais largement en deçà du second épisode (qui avait franchi la barre des 25 millions) et, bien sûr, du premier (lequel avait atteint les cinquante millions pour un budget estimé de 300 000 dollars !).

Suite à ces décevants résultats, le projet d’anthologie horrifique basé sur Halloween sera abandonné et la série placée en sommeil durant six ans, Michael Myers revenant enfin, à la satisfaction des fans, dans HALLOWEEN IV.

Très différente des précédentes, l’intrigue de cet HALLOWEEN 3 concerne un médecin, Daniel Challis, qui recueille et soigne dans son hôpital californien un nommé Harry Grimbridge. Ce-dernier, terrifié, serre dans ses mains un masque d’Halloween édité par la compagnie Silver Shamrock et répète « ils vont tous nous tuer ». Peu après, Harry est brutalement assassiné par un tueur impassible qui s’immole par le feu dans sa voiture sitôt son forfait accompli. La fille du défunt, Ellie, arrive à l’hôpital et sympathise avec Daniel qui se propose de l’aider dans son enquête. Le couple part pour Santa Mira, un village perdu où s’élève les usines Silver Shamrock, dirigée par Conal Cochran, un vieillard décidé à rendre à la célébration d’Halloween son sens originel via la magie noire et la technologie…

En dépit de nombreux problèmes de scénario, HALLOWEEN 3 demeure un divertissement très plaisant qui fonctionne adroitement comme une sorte de version horrifique de James Bond. Le héros, accompagné d’une jeune femme, mène donc son enquête et révèle les plans d’un magicien maléfique voulant exterminer un maximum d’enfants pour satisfaire ses penchants cruels. Lorsque le médecin lui demande de s’expliquer, notre « druide » moderne élude la question et réponds simplement « ais je besoin d’une raison ? ». Ensuite, dans la grande tradition de 007, notre « méchant » explique son plan au héros captif.

Si les desseins de notre super criminel ne sont pas très clairs et si l’usage d’androïdes humanoïdes pour l’accomplissement de ses basses besognes semble peu crédible, HALLOWEEN 3 use efficacement de la technologie en mettant à contribution les moyens modernes et l’informatique pour réactiver un mal ancestral, à l’image du méconnu MESSE NOIRE dans lequel un ordinateur permettait d’invoquer Satan. La mise en scène, plutôt classieuse et convaincante de Tommy Lee Wallace, bien évidemment sous l’influence de John Carpenter, permet néanmoins d’oublier les défauts et incohérences du long-métrage afin de se concentrer sur l’atmosphère d’angoisse paranoïaque savamment orchestrée.

L’entêtante chansonnette (« happy happy halloween »), couplé à la musique toujours efficace de John Carpenter, constitue un autre atout non négligeable de cette (fausse) séquelle décidément très estimable.

Quoique souvent détesté par les fans de la franchise, HALLOWEEN 3 reste un des meilleurs titres de la saga et cette relecture modernisée de L’INVASION DES PROFANATEURS assure au spectateur une heure et trente minutes de divertissement science-fictionnel et horrifique de qualité.

A (re)découvrir sans à priori et en connaissance de cause.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2012