LA FILLE DE JACK L'EVENTREUR
Titre: Hands of the Ripper
Réalisateur: Peter Sasdy
Interprètes: Eric Porter

 

Angharad Rees
Jane Merrow
Keith Bell
Derek Godfrey
Dora Bryan
Marjorie Rhodes;
Année: 1971
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Grande Bretagne
Editeur Mad Movies
Critique:

Lorsque la légendaire compagnie britannique Hammer produit, en 1971, LA FILLE DE JACK L‘EVENTREUR, elle est déjà, hélas, sur le déclin et s’achemine vers sa fin, qui se produira à la fin de la décennie. Incapable de réagir à la nouvelle donne, plus réaliste et brutale, imposée dans le cinéma d’épouvante par LA NUIT DES MORTS VIVANTS (et, bientôt, par L’EXORCISTE et ses succédanés), le studio se repose sur les recettes ayant jadis assuré sa renommée : ambiance gothique, cadre historique et grands mythes de l’horreur, souvent littéraires ou, parfois, comme ici, authentiques. Ayant épuisé le potentiel de Dracula, Frankenstein et la Momie, la Hammer se tourne, cette fois, vers la figure de Jack l’éventreur, précurseur de tous les tueurs en série ultérieurs, pour un long-métrage à la fois traditionnel et novateur.

Si la Hammer a déjà tâté du sujet en produisant ROOM TO LET, en 1950, LA FILLE DE JACK L’EVENTREUR s’inscrit plus résolument dans l’horreur, assez graphique pour l’époque, et se veut une variation originale sur une intrigue connue, à l’instar du plus réussi Dr JEKYLL ET SISTER HYDE tourné peu après.

La mise en scène de LA FILLE DE JACK L’EVENTREUR se voit confiée à Peter Sasdy, un Hongrois ayant fait ses armes à la télévision avant de livrer, déjà pour la Hammer, l’efficace UNE MESSE POUR DRACULA et l’intéressant COMTESSE DRACULA. Pour crédibiliser sa reconstitution des bas quartiers londoniens hantés par le « spectre » de l’Eventreur, Sasdy installe ses caméras dans les décors, encore intacts, de LA VIE PRIVEE DE SHERLOCK HOLMES, réalisé par Billy Wilder quelques mois auparavant. Une belle manière d’économiser sur le budget pour livrer un film paraissant, à l’écran, plus fortuné qu’il ne l’est en réalité. L’intrigue, elle, s’éloigne de l’habituelle série de meurtres commis par Jack pour s’intéresser à sa fille.

Dans le prologue, en effet, l’Eventreur, poursuivi par la police, se réfugie dans sa demeure et, surpris par son épouse qui découvre son secret, la tue sauvagement sous les yeux de sa fille, Anna. Une quinzaine d’années plus tard, un médecin aux idées avant-gardiste, le docteur Pritchard, sauve Anna de la prostitution et décide de l’adopter. Connaissant les théories de Freud, Pritchard essaie de cerner l’inconscient d’Anna. Malheureusement, cette dernière tombe régulièrement sous l’influence de sa funeste hérédité et, en état de transe, assassine diverses personnes. Incapable de supporter son échec, Pritchard dissimule les crimes de la demoiselle et tente de la guérir.

Audacieux, LA FILLE DE JACK L’EVENTREUR prouve que la Hammer, au début des années ’70, pouvait encore innover tout en restant dans le cadre strict de « l’épouvante en costume ». En donnant le rôle principal à Anna (incarnée brillamment par Angharad Rees), le film invite immédiatement le spectateur à éprouver de la sympathie pour ce personnage ambigu et complexe, à la fois fragile, innocent et redoutable. Eric Porter, de son côté, se révèle excellent dans le rôle d’un médecin qui essaye d’explorer l’inconscient de sa protégée afin de la soustraire à une funeste emprise paternelle. Pourtant, si Anna parait souvent douce et irresponsable de ses actes, elle n’en commet pas moins des crimes brutaux dont les maquillages, confectionnés avec soin, se révèlent fort sanglants, au point d’inscrire LA FILLE DE JACK L’EVENTREUR parmi les productions les plus gore de la Hammer.

Si le réalisateur n’évite pas toujours une psychologie un peu simpliste auquel s’ajoute un certain fatras scientifique et théorique, l’ensemble se montre néanmoins convaincant et plaisant à suivre. Malheureusement, en dépit de ses qualités, le film de Sasdy souffre également de plusieurs défauts qui l’empêchent d’accéder au statut de véritable classique du genre. Le scénario, en premier lieu, reste linéaire et sans grande surprise malgré un climax final efficace. La révélation de la lourde hérédité de l’héroïne se voit, hélas, proposée dès la première séquence et accentue l’impression de prévisibilité alors qu’une découverte progressive du secret de ses origines aurait probablement mieux fonctionné.

Malgré les efforts des protagonistes, la maléfique influence de l’Eventreur sur sa progéniture n’est d’ailleurs pas véritablement explicitée et les transes meurtrières de l’héroïne semblent uniquement la résultante de l’assassinat de sa mère lors du prologue. Un peu léger.

Quoiqu’imparfait, LA FILLE DE JACK L’EVENTREUR s’avère cependant une honnête réussite, à même de contenter les amateurs d’épouvante rétro et les fans de la glorieuse Hammer. A découvrir.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2014