CHASSE A L'HOMME
Titre: Hard Target
Réalisateur: John Woo
Interprètes: Jean-Claude Van Damme

 

Lance Henriksen
Yancy Butler
Wilford Brimley
Arnold Vosloo
Kasi Lemmons
 
Année: 1993
Genre: Action / Thriller
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Cette variation sur le thème des CHASSES DU COMTE ZAROFF (une des intrigues les plus plagiées de tous les temps) fut la porte d'entrée de John Woo aux Etats-Unis et constitua un apprentissage pour le cinéaste forcé de s’adapter au fonctionnement occidental de l’industrie cinématographique. John Woo souffrit d’ailleurs de nombreuses difficultés lors de la mise en scène de cette CHASSE A L’HOMME.

Le scénario, basique, présente une équipe de criminels menés par Emil Fouchon qui fournissent à de riches oisifs un nouveau moyen de tromper leur ennui en organisant des chasses à l’homme dans les rues de la Nouvelle-Orléans. Les proies sont des sans-abris qui ne manqueront à personne. Jusqu’au jour où la fille d’une des victimes vient demander des comptes à la police. Devant l’inefficacité des forces de l’ordre, elle engage un désœuvré, Chance, pour retrouver le disparu. Ils mettent à jour l’organisation criminelle et se retrouvent traqués par les hommes de Fouchon…

Alors qu’il souhaité travaillé avec Kurt Russell, le metteur en scène hérite d’un Van Damme en pleine gloire qui se pique de le conseiller, s’absente des répétitions et entend transformer le projet en monument à son image. De plus, Universal délègue Sam Raimi et Robert Tappert pour superviser le boulot de John Woo et, en clair, le surveiller et le faire entrer dans le rang!

Peu habitué aux méthodes hollywoodiennes (scénario écrit avant le tournage, story-board méticuleux, horaires de travail stricts, etc.), John Woo se heurte en outre à la star bruxelloise. Très vite, la situation dégénère en une guerre des clans qui oppose Van Damme à John Woo tandis que les producteurs reprochent au réalisateur d’être trop chinois…bref, de "faire du John Woo".

Par la suite, la durée du métrage fut réduite et passe de plus de deux heures à de plus traditionnelles 97 minutes. Le montage se focalise ainsi sur la star du film Jean Claude Van Damme et diminue drastiquement le temps de présence (et fatalement l’épaisseur) de son adversaire campé par Lance Henriksen. La censure interviendra ensuite pour exiger de nombreuses coupes en vue d’un « R Rating ». La version finale de 97 minutes sera donc la plus communément exploitée mais bien d’autres versions circulent, certaines terriblement charcutées (une allemande ne dure que 73 minutes), d’autres allongées, notamment un « director’s cut » de 116 minutes et, bien sûr, le workprint de 126 minutes qui a fini par circuler sous le manteau.

Si CHASSE A L’HOMME a beaucoup souffert de ces tripatouillages et fut fraichement accueilli à sa sortie, il demeure cependant un très bon divertissement dont John Woo n’a pas à rougir. En dépit d’un rythme quelque peu pataud, ou du moins en dent de scie, dans une première partie encombrée d’invraisemblances, la suite se révèle nettement plus convaincante et enlevée.

La seconde moitié du métrage devient ainsi un pur « John Woo » avec tous les clichés et conventions attendues : fusillades avec deux flingues, violence extrême, armes jamais à court de munitions, envolées de colombes, ralentis, etc. Van Damme, pour sa part, accomplit ce que le public attend de lui : coups de pieds retournés, tatanes en tout genre et combats énergiques.

N’étant pas particulièrement expressif ni concerné par son jeu, le comédien donne cependant le change bien aidé par une mise en scène efficace qui supplée à ses carences et lui confère le côté iconique requis, encore accentué par l’usage du ralenti et la musique bluesy graisseuse qui laisse la part belle à la slide guitare. Lance Henriksen, de son côté, assure une interprétation excessive et cabotine parfaitement appropriée au sujet et lance quelques répliques sarcastiques réussies (« il y a toujours des coins pourris de la planète où nous pouvons nous amuser…Rio, la Yougoslavie, la Nouvelle Orléans »).

Explosions spectaculaires, cascades impressionnantes, écarts bis assumés (Van Damme use d’un serpent à sonnettes pour confectionner un piège mortel), répliques typiques du cinéma d’action de l’époque (« How did you get a name like Chance? » demande l’héroïne à laquelle Mr Muscles répond « My mamma took one! »), final dévastateur,…CHASSE A L’HOMME assume son statut de divertissement pur et s’avère de plus en plus satisfaisant au fil des années.

Définitivement un bon cru !

 

Fred Pizzoferrato - Février 2014