HARD GORE
Titre: Hardgore / Gore Whore
Réalisateur: Michael Hugo
Interprètes: Joan Devlon

 

Dianne Galke
Justina Lynn
Turk Lyon
Toni Scott
 
 
Année: 1974
Genre: Porno / Horreur / Gore
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Le cinéma pornographique est probablement le genre qui connut le plus rapidement un début, une ascension et un déclin puisque sa grande période ne dura qu’une courte dizaine d’années. En effet, si il a de tous temps existé un porno clandestin, il faudra attendre le début des années 70 pour voir débarquer dans les salles de cinéma les premiers longs-métrages sexuellement explicites.

Après l’alibi du documentaire (PORNOOGRAPY IN DENMARK de Alex de Renzy) et les compilations de cours-métrages coquins (HISTORY OF THE BLUE MOVIE du même cinéaste) le genre s’orienta vers les films d’une durée normale (à savoir un peu plus d’une heure) et doté d’un scénario, fut-il embryonnaire.

La révolution lancée par le triomphe de GORGE PROFONDE était en marche. Mais peu de films s’orientaient dans la voie de la simple succession de séquences hard et les réalisateurs de la grande période (1972 à 1975) se réfugiaient souvent derrière l’alibi d’un autre genre cinématographique plus respectable.

Le fantastique offrit alors un beau terrain d’expérimentations pour des cinéastes tels que Gerard Damiano (L’ENFER POUR MISS JONES, PSYCHOSES ET FANTASMES DE MISS AGGIE) ou Jonas Middleton (THROUGH THE LOOKING GLASS) avant que les cadors du X ne se lancent dans la mode plus juteuse des adaptations de classiques (THE OPENING OF MISTY BEETHOVEN décalquant MY FAIR LADY, ERUPTION s’inspirant d’ASSURANCE SUR LA MORT) ou des transpositions de romans érotiques (STORY OF JOANNA reprenant l’argument de « L’Histoire d’O », PUNISHMENT OF ANNE adaptant fidèlement « L’Image »).

A partir de la seconde moitié des années 70 le porno cessa de se chercher des justifications « intellectuelles » pour devenir un genre à part entière via des titres comme DEBBIE DOES DALLAS, TABOO ou PRETTY PEACHES. Puis vinrent les lois édictées par le gouvernement Reagan, l’arrivée de la video et de ses tournages expédiés en une journée, la dominance des produits amateurs, gonzo ou crade et la fin du cinéma X en tant que genre cinématographique digne d’intérêt.

Mais, durant une brève période, certains cinéastes décidèrent d’emprunter une voie beaucoup plus déviante et, au milieu des années 70, on vit surgir une vague de métrages complètement déviant. Joe Davian se spécialisa dans les titres sadiques et cruels (NIGHT OF SUBMISSION, APPOINTEMENT WITH AGONY, HOUSE OF THE SADE,…déjà tout un programme !), Zebedy Colt livra TERRY’s REVENGE et THE FARMER’s DAUGHTER avant de jouer dans le fameux DEVIL INSIDE HER et Shaun Costello réalisa des titres comme TORTURED WOMEN, FORCE ENTRY et le culte WATERPOWER. Bref, l’heure n’était pas à l’érotisme chic du porno du samedi soir mais bien au mélange entre thriller, cul et horreur.

De toute cette vague HARDGORE demeure une référence, en particulier grâce à son titre qui parle immédiatement aux amateurs et tente de concilier les spectateurs de GORGE PROFONDE et ceux des films de Hershell Gordon Lewis comme GORE GORE GIRLS.

L’intrigue de ce métrage est minimaliste, pour ne pas dire totalement incohérente. La jolie et très naturelle Dianne Galke incarne Maria, emmenée dans un hôpital psychiatrique pour soigner une nymphomanie dévorante. Sitôt arrivée la jeune femme est confiée aux bons soins du Dr George. Emmenée dans sa chambre par une charmante infirmière Maria laisse ses pulsions prendre le dessus et nos deux coquines commencent à se frotter et se lécher dans tous les sens d’abord sur le lit puis sous la douche. L’infirmière prévient ensuite Maria qu’elle ferait mieux de fuir au plus vite et, la nuit venue, tente de la faire évader de l’hôpital. Après un nouvel intermède porno incluant deux vibromasseurs dont Maria fera bon usage nous passons à la tentative d’évasion qui tourne court lorsque nous découvrons la pauvre infirmière dont la gorge tranchée laisse échapper de gros jets écarlates.

Capturée par un inconnu Maria est emmenée dans une autre pièce où elle sera abusée par un homme qui la force à lui faire une fellation. Mais au terme de l’acte le pénis de notre personnage est tranché d’un coup sec et Maria voit son beau visage souillé par un flot de sang. Tout cela ne serait il qu’un rêve ou une hallucination ?

Peu après Maria est témoin d’une nouvelle orgie. Une des participantes est alors conduite vers une guillotine tandis que son partenaire la besogne énergiquement. Au moment de l’orgasme l’homme lâche la lame, décapitant l’infortunée demoiselle. La suite du métrage verra encore Maria violée dans une pièce emplie de cadavres féminins mutilés alors qu’un médecin besogne un des cadavres. Des vibromasseurs volants, un crâne parlant suintant du sang, diverses orgies sataniques, des coups de hache, une séquence de copulation bercée par une musique rappelant le bis italien entrecoupée de gros plan de tripailles ou de corps en piteux état suivent encore jusqu’à la conclusion sanglante.

HARDGORE constitue donc l’exemple le plus effectif du courant porno-horreur des années 70, bien avant le récent revival de ce genre via des productions allemandes comme THE MAN-NIAC ou EXITUS INTERRUPTUS. Difficile de dire à quel public s’adresse une telle production. La majorité du métrage consiste en séquences porno assez traditionnelles mais les passages gore devraient rebuter les amateurs de chair fraiche. A contrario les fans de gore risquent de trouver le temps long durant les innombrables passages chauds. Reste les amateurs de métrages décalés, cultes, barrés et transgressifs qui seront sans doute les seuls véritablement intéressé par ce HARD GORE des plus malsains. Car techniquement le métrage est lamentable et on voit même à plusieurs reprises un micro très visible s’inviter dans le cadre sans que le cinéaste ne songe à tourner une seconde prise, petit budget oblige…à moins qu’il ne s’agisse de pur « je m’en foutisme ».

Réalisé n’importe comment, HARD GORE part de nulle part pour logiquement n’arriver à rien mais propose durant 60 petites minutes un spectacle rythmé uniquement constitué de sexe bien hard et de gore gentillet. Une curiosité des seventies à redécouvrir pour les plus pervers.

Une bonne addition, par exemple, pour une soirée Halloween bien arrosée : HARDGORE devrait faire son petit effet projeté à minuit dans les bonnes conditions et avec les bonnes personnes. A voir donc même si, objectivement, tout cela se révèle plutôt mal fichu.

Fred Pizzoferrato - Septembre 2008