UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL
Titre: Il rosso segno della follia
Hatchet for the Honeymoon / Baie Sanglante 2
Réalisateur: Mario Bava
Interprètes: Stephen Forsyth

 

Dagmar Lassander
Laura Betti
Jesús Puente
Femi Benussi
Alan Collin
Antonia Mas
Année: 1970
Genre: Thriller / Giallo / Horreur
Pays: Italie
Editeur Mad Movies
Critique:

Parfois considéré comme un giallo, un genre que Mario Bava inventa, ou du moins codifia, au début des années ’60 via LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP et SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN, ce thriller se place résolument du côté d’un criminel à l’esprit dérangé dont nous suivons les exactions.

John Harrington, séduisant trentenaire marié à Mildred, dont il désire divorcer, cache sa nature de psychopathe ayant déjà tué cinq jeunes femmes. Se définissant comme « complètement fou », Harrington a développé une obsession fétichiste des robes de mariées, qu’il confectionne pour ses futures victimes, estimant qu’une « femme ne devrait vivre que jusqu’à sa nuit de noce, aimer une seule fois puis mourir ». Mais la police soupçonne Harrington et fouille sa demeure, à la recherche de cadavres, sans toutefois découvrir la moindre preuve de sa culpabilité.

Une jeune femme, sœur d’une des futures mariées assassinées, enquête également sur cette sinistre affaire et ébauche une relation avec Harrington même si elle suspecte qu’il pourrait être le mystérieux tueur. Lors d’une crise, le jeune homme, vêtu d’une robe de mariée, finit par supprimer son épouse et découpe son corps. Pourtant son entourage continue de se comporter comme si Mildred vivait encore…

Etude de la psychologie criminelle camouflée sous forme de thriller horrifique, UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL plonge dans les méandres tortueux de la psyché de son antihéros, incarné par le peu expressif Stephen Forsyth. Ce-dernier, originaire du Canada, quitte d’ailleurs le métier juste après le tournage, mettant un terme à une carrière-éclair débuté au milieu des années 60 et ne comptant que dix longs-métrages dont le plus célèbre reste sans doute un sous-James Bond, FURIA A MARRAKECH dans lequel il incarnait l’agent secret Bob Flemming (!). Aux côtés de Forsyth, le film invite quelques charmantes actrices dont Femi Benussi, familière du giallo vue, entre autre, dans NUE POUR L’ASSASSIN et LA PEUR AU VENTRE. Dagmar Lassender (APOCALYPSE DANS L’OCEAN ROUGE, LA LOUVE SANGUINAIRE, L’IGUANE A LA LANGUE DE FEU) et Laura Betti, que Bava réutilisa juste après dans son classique BAIE SANGLANTE, sont également de la partie.

Braconnant sur les terres d’Alfred Hitchcock, UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL s’inspire clairement du classique PSYCHOSE tout en anticipant sur certaines réalisations ultérieures comme MANIAC, HENRY PORTRAIT OF A SERIAL KILLER ou AMERICAN PSYCHO, lesquels se focalisent sur le meurtrier et non sur ses victimes ou même l’enquête policière, totalement accessoire. Mario Bava propose toutefois l’une ou l’autre scène de suspense efficace, en particulier lorsque des gouttes de sang s’écoulent lentement aux pieds d’un inspecteur de police opiniâtre bien décidé à établir la culpabilité de notre maniaque homicide.

Les aspects fantastiques, pour leur part, sont laissés à la libre opinion du spectateur, partagé entre une explication rationnelle ou surnaturelle. La première se base sur la folie du principal protagoniste, consécutive à son traumatisme enfantin et la seconde implique, au contraire, une véritable hantise. Dans la seconde partie du métrage, en effet, « le héros » finit par assassiner son épouse mais chacun, dans son entourage, continue à agir comme si elle était toujours vivante. Seul le psychopathe ne peut la voir, excepté dans ses rêves macabres où la jeune femme affirme qu’elle ne le quittera jamais et restera pour toujours à ses côtés.

Mario Bava illustre cette dualité réalisme / fantastique en optant pour une mise en scène travaillée jouant sur les effets de style, comme des reflets, des zooms énergiques ou des déformations visuelles visant à traduire, par l’image, le désarroi mental de notre psychopathe. Les plans sont, en tout cas, fort joliment composés et photographiés, le cinéaste conférant au métrage un cachet remarquable, peut-être même un peu trop soigné en regard du sujet choisi.

Desservi par une musique assez inadéquate et un rythme mollasson, UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL vire malheureusement à l’exercice de style un peu gratuit et pas vraiment passionnant, laissant au final le spectateur plus dubitatif que convaincu. Les deux intrigues (meurtres et hantise) coexistent mais apparaissent plaquées l’une après l’autre plutôt que fondue en un tout harmonieux. Le scénariste a manifestement tenté de fusionner deux scripts, tous deux intéressants mais trop courts pour être développés sur la durée d’un long-métrage, sans parvenir à les lier de manière convaincante. Saupoudré un humour difficilement perceptible pour les non-initiés mais bien présent et politiquement incorrect par son usage des pires clichés sexistes, UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL se révèle intéressant mais ne peut prétendre égaler les plus belles réussites de Mario Bava.

En dépit d’une réputation flatteuse, UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL constitue, au final, une déception et ne s’élève jamais au-dessus d’une plaisante – et datée – curiosité, plutôt ennuyeuse en dépit de son indéniable beauté plastique.

Notes: Quoique réalisé avant BAIE SANGLANTE, le métrage est également connu sous le titre éminemment trompeur de BAIE SANGLANTE 2 et sous celui, plus imagé, de LE SIGNE ROUGE DE LA FOLIE.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2011