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Roger Corman, au début des années 60, devient un spécialiste des adaptations d'Edgar Allan Poe. Il signe de nombreux titres qui réussissent à attirer le public tout en récoltant de bonnes critiques de la part des journalistes, y compris ceux qui - généralement et particulièrement à cette époque - n'ont que mépris pour le fantastique. Il suffit alors, apparemment, de réunir le triumvirat de l'épouvante (Corman, Price et Poe) pour obtenir un succès. Mais le cinéaste, sans doute un peu lassé, décide de tourner son regard vers des terres encore inexplorées en adaptant une œuvre d'Howard Philip Lovecraft, déjà une source d'inspiration officieuse de plusieurs de ses films (et je renvoie ici le lecteur à l'essai "Lovecraft / Corman" paru chez Dreamland). Bien sûr, les producteurs - AIP - ne sont guère enclins à lancer sur le marché un titre rassemblant uniquement les deux tiers du trio magique évoqué plus haut: si Corman et Price répondent présent, pourquoi pas Poe? L'idée est donc de tiré l'essentiel de l'intrigue de l'unique roman de Lovecraft, "L'Affaire Charles Dexter Ward", d'y adjoindre quelques éléments puisés dans d'autres œuvres du reclus de Providence (le Necronomicon, Les Grands Anciens) et de prétendre le tout inspiré par un poème (oui, un poème!) de Poe intitulé "The Haunted Palace". Pas très honnête mais, heureusement, le métrage est plutôt réussi. Il reste même une des meilleures adaptations de Lovecraft, lequel ne fut pas souvent gâté durant les sixties (voir à ce sujet DIE MONSTER DIE! et DUNWICH HORROR de Daniel Haller ou CURSE OF THE CRIMSON ALTAR de Vernon Sewell). Il fallut d'ailleurs attendre les années 80 (et suivantes) pour relancer l'intérêt envers Lovecraft grâce à THE UNNAMABLE et, surtout, aux réalisation de Stuart Gordon et Bryan Yuzna comme RE-ANIMATOR, FROM BEYOND, CASTLE FREAK, DAGON et DREAM IN THE WITCH's HOUSE. Pour en revenir à LA MALEDICTION D'ARKHAM, le récit se centre sur Charles Dexter Ward (Vincent Price, of course!), le petit fils d'un sorcier nommé Joseph Curwen brûlé vif par les habitants d'Arkham. Evidemment, il ne meurt pas sans lancer une implacable malédiction. Charles Dexter Ward arrive donc à Arkham avec son épouse Ann et, bien sûr, il ne reçoit pas vraiment un accueil chaleureux de la part des habitants du village. Seul le médecin, le Dr Willet, se montre moins superstitieux et plus amical. La maison familiale est un véritable petit château, déplacé depuis l'Espagne par le sorcier décédé, et entretenu (façon de parler) par un certain Simon (Lon Chaney Jr, déjà très malade du cancer qui devait l'emporter 6 ans plus tard). Dès son entrée dans la maison, Charles commence à ressentir l'influence pernicieuse de son aïeul (et sosie) et, fatalement, sombre dans une sorte de folie, possédé par l'esprit du sorcier Joseph Curwen. Et Charles comprend également l'étendue de la malédiction lancée un siècle auparavant en voyant les nombreux enfants malades et déformés peuplant Arkham… LA MALEDICTION D'ARKHAM, quoique totalement tributaire de Lovecraft, reprend pourtant certains éléments narratifs et stylistiques du cycle de Poe. En particulier, un rythme lent qui privilégie l'atmosphère intrigante et angoissante au détriment des effets de terreur plus faciles. Mais les décors de Daniel Haller contribuent aux frissons, comme l'ambiance utilisant les ténèbres et la brume envahissant les extérieurs désolés alors que rodent les menaçants mutants aux visages déformés. Bel exemple d'épouvante subtile usant d'un script à la mécanique bien huilée - quoique plutôt prévisible - et efficace, LA MALEDICTION D'ARKHAM s'impose comme une réussite indéniable mais qui demande aux spectateurs un minimum d'investissement et de participation afin de se laisser pénétrer par l'angoissante présence d'un mal venu du fond des âges. Cyniques et amateurs de gore ou d'effets horrifiques gratuits peuvent donc passer leur chemin! |
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Fred Pizzoferrato - Juin 2007 |
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