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Considéré comme un des plus grands films d'épouvante de l'histoire du cinéma, LA MAISON DU DIABLE est également l'une des rares œuvres du genre unanimement appréciée par la critique, même celle généralement dédaigneuse envers le fantastique. Le métrage constitue d'ailleurs une parfaite illustration de la formule "less is more", que l'on pourrait traduire approximativement par "moins on en voit, plus on a peur", et une indéniable réussite du fantastique traditionnel, en noir et blanc, héritier des mystères situés dans une "old dark house", à une époque où la Hammer triomphait avec ses métrages colorés, pavant la voie aux excès gore d'Hershell Gordon Lewis et de ses séides. L'intrigue se base sur un roman bien ficelé mais très classique, "The Haunting of Hill House" ("Maison Hantée" chez Pocket Terreur), écrit par Shirley Jackson. Dès les premières images, Robert Wise nous présente la demeure maudite, via un montage efficace de différentes scènes. Un procédé qui tranche avec la norme des récits de maison hantée, laquelle ménage le suspense quant à l'origine de la hantise, ainsi que le feront, bien plus tard, AMITYVILLE ou POLTERGEIST. Pas de ça ici: depuis la mort de l'épouse de Hugh Crain, la demeure exerce une influence maléfique sur ses habitants, encore renforcée par son étrange architecture dénuée d'angles qui, apparemment, sert de catalyseur à des forces encore ignorées de l'homme. John Markway, un expert du surnaturel, Eleanor et Theodora, deux femmes possédant des perceptions extrasensorielles, et Luke, l'héritier - très sceptique - de la propriété, s'installent à Hill House pour en percer le mystère. LA MAISON DU DIABLE plonge d'emblée le spectateur dans un climat d'angoisse savamment entretenu sans jamais recourir à la démonstration pataude (une leçon évidemment complètement oubliée par Jan De Bont dans son remake, HANTISE) mais en usant efficacement, et très sérieusement, des manifestations paranormales, aujourd'hui devenues des clichés de l'épouvante: froid glacial, bruits martelant, portes déformées par des coups venus de nulle part ou se fermant de façon autonome, message menaçant apparaissant sur un mur… Robert Wise joue la carte de la suggestion et se permet un grand moment de flippe souvent copié depuis (y compris dans EVIL DEAD 2) lorsque Julie Harris demande avec insistance à Claire Bloom de lui lâcher la main…avant de se rendre compte que celle-ci est trop loin pour avoir plus la saisir ainsi! Les deux actrices livrent ici de fort belles performances. D'un côté Julie Harris incarne la vierge timide et réservée, incapable de s'assumer et rêvant de se trouver un foyer accueillant, ainsi que des amis fidèles. Claire Bloom en est l'exact opposé: femme libre et sensuelle, lesbienne jouant de ses charmes sur Julie Harris qui semble sensible à ces marques d'attention tout en les considérant ouvertement "anormales et monstrueuses". Cinéaste largement sous-estimé, Robert Wise (1914 - 2006) a pourtant réalisé une quantité appréciable de classiques. D'abord monteur pour le compte de la RKO (il a travaillé avec Orson Welles sur CITIZEN KANE et LA SPLENDEUR DES ANDERSON), Wise débuta sous l'égide de Val Newton en réalisant LA MALEDICTION DES HOMMES CHATS, la suite de LA FELINE. Ensuite sa carrière est jalonnée de grandes réussites artistiques et commerciales comme WEST SIDE STORY, LA MELODIE DU BONHEUR, LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA, NOUS AVONS GAGNE CE SOIR, LE MYSTERE ANDROMEDE, L'ODYSSEE DU HINDENBURG, AUDREY ROSE et STAR TREK. Souvent, le talent de Wise fut minimisé, et, dans le cas de cette MAISON DU DIABLE, la plupart des critiques expliquent la réussite du métrage par le travail de David Boulton, le directeur photo, qui crée des effets proprement terrifiants et l'interprétation des deux actrices principales. Il est pourtant indéniable que la mise en scène de Wise sert magnifiquement le propos - assez conventionnel - et contribue largement à la réussite de ce petit chef d'œuvre de l'épouvante. Même si son potentiel effrayant est aujourd'hui bien diminué (en partie par le pillage en règle de la plupart de ses effets chocs dans des titres comme LA MAISON DES DAMNES ou la saga AMITYVILLE), l'œuvre conserve une bonne part de son efficacité par une utilisation judicieuse d'effets sonores propices à instaurer une atmosphère angoissante. A voir! |
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Fred Pizzoferrato - Juin 2007 |
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