HELGA LA LOUVE DE STILBERG
Titre: Helga, la louve de Stilberg
Réalisateur: Alain Payet
Interprètes: Patrizia Gori

 

Malisa Longo
Richard Allan
Alban Ceray
Pamela Stanford
Jacques Marbeuf
Olivier Mathot
Année: 1977
Genre: Nazi-exploitation
Pays: France
Editeur Artus Films
Critique:

Dans un état fasciste, Stilberg est une forteresse médiévale, perdue au milieu de la forêt. Avec l'arrivée du Général Steiner au pouvoir, elle a été reconvertie en camp de détention pour opposants au régime, sous le commandement d'Helga, une femme sadique qui y fait régner une discipline de fer. C'est dans ce climat de terreur qu'arrive à la forteresse Lisbeth, fille de Vogel, chef des résistants opposés au régime. Un jour, aidée par Jenny, une autre des prisonnières, elle réussit à s'enfuir. Elle se fait rattraper, et, prise pour une espionne, elle est ramenée jusqu'à Stilberg. Mais la révolution s'est déclenchée, et les résistants investissent la forteresse.

HELGA LA LOUVE DE STILBERG reprend les principaux poncifs de la nazi-exploitation mais les transpose dans une république bananière imaginaire, rendant l'ensemble beaucoup plus proche des bandes dessinées érotiques et des films de Prison de Femmes. Ceux qui supportent difficilement le contexte politique un peu douteux des "porno nazi" seront donc heureux de cette approche plus propice au second degré. Si le modèle évident de cet Helga reste la figure emblématique de la sadique Ilsa, notons que le métrage se rapproche encore davantage du quatrième volet, l'épisode "pirate" ILSA ULTIMES PERVERSIONS (alias GRETA LA TORTIONNAIRE) signé Jésus Franco, lui aussi situé dans un Etat imaginaire d'Amérique Latine.

Les actrices coutumières d'Eurociné sont évidemment de la partie, à commencer par Malisa Longo qui joua toujours plus ou moins le même rôle au sein de la firme de Marius Lessoeur. Elle incarne ici Helga (quoique les dialogues parlent d'une certaine Elsa), tortionnaire bisexuelle aimant fouetter les pensionnaires de sa prison. La performance de composition est donc restreinte mais il faut reconnaître que la belle Malissa Longo dégage un indéniable érotisme dans des tenues suggestives qui mettent en valeur son anatomie. Patrizia Gori et Pamela Stanford complètent la distribution féminine tandis que les habituées du porno français des seventies et eighties (Richard Allan, Alban Cerray, Dominique Avaline, Jacques Marboeuf, Carmelo Petrix,…) viennent cabotiner dans des rôles un peu plus habillés que de coutume.

Les connaisseurs du X français ne seront guère surpris de ce casting puisque la mise en scène d'HELGA est signée Alain Payet, alias John Love, grand pourvoyeur de hard crade en 35 millimètres décédé en décembre 2007 et ici prudemment caché sous le pseudonyme de James Gartner. Pour la petite histoire, le cinéaste se cite néanmoins à la fin du film puisque les résistants précisent que la sinistre forteresse a été construite par un français nommé Payet. Bonjour le clin d'œil facile!

Difficile donc de prendre au sérieux ce grand concentré de comique involontaire: un château typiquement français (situé près de Paris), entouré d'arbres parfaitement européens, figure la forteresse d'un Etat dans lequel circulent des chars d'assaut "seconde guerre mondiale". Ne pas manquer non plus les uniformes des soldats ornés d'emblèmes pseudo-nazi ni les attitudes hilarantes du président, un barbu à la Fidel lançant de grandes tirades avec un accent espagnol impossible tout en mâchouillant son cigare. Les dialogues sont d'ailleurs de grands moments de ringardise encore assez appréciables pour les amateurs et certaines répliques sauront à coup sûr dérider les plus réfractaires.

Niveau érotisme, le produit aligne les scènes attendues (lesbianisme, viol, masturbation féminine, examens "pseudo médicaux", scènes de douche), avec une certaine bonne volonté mais aussi une timidité un peu déconcertante pour ce genre de métrage. Payet semble se retenir (à moins qu'il ne soit contraint par ses producteurs?) et hésite à se lancer vraiment dans les séquences dérangeantes, restant bien en deçà des productions similaires signées par les Italiens (ou par Jésus Franco) à la même époque. Eurociné dut pourtant se montrer satisfait du résultat puisque Payet, qui venait de signer TRAIN SPECIAL POUR HITLER, tourna dans la foulée - et les mêmes décors - NATHALIE RESCAPEE DE L'ENFER NAZI. A noter également qu'Alain Payet tourna simultanément une version porno de HELGA sous le titre immédiatement plus parlant de GAMINES A TOUT FAIRE. De bonnes intentions, donc, mais le résultat reste tout de même assez décevant.

Le scénario prétexte s'avère, lui, mollement mené et se termine par une guerre civile hallucinante: trois ou quatre types prennent le château d'assaut et combattent une poignée de figurants alors qu'une radio pirate annonce des affrontements "par centaine". Des stock-shots explosifs entrecoupent l'action dans la grande tradition du cinéma économique. Une fois encore, le résultat à l'écran s'avère rigolo. Parmi les points positifs citons surtout la musique complètement décalée et kitsch de Daniel White, grand compositeur des titres les plus Z (ou X) du cinéma français. Le reste étant d'un intérêt limité. En résumé cette variation / imitation de ILSA ULTIMES PERVERSIONS constitue un divertissement fortement ringard dont le comique involontaire devrait cependant enchanter les amateurs de nanar bien goûtu.

Suppléments : présentation de Daniel Lesoeur, entretien avec Christophe Bier, bandes-annonces, galerie de photos, filmographies, fiche technique.

Remerciements: Artus Films pour nous avoir envoyé ce DVD.

Fred Pizzoferrato - Mai 2008