HELLRAISER IV - BLOODLINES
Titre: Hellraiser Bloodlines / Hellraiser IV
Réalisateur: Alain Smithee (Kevin Yagher & Joe Chapelle)
Interprètes: Doug Bradley

 

Bruce Ramsay
Valentina Vargas
Charlotte Chatton
Adam Scott
Kim Myers
Mickey Cottrell
Année: 1996
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Créée par Clive Barker, d’abord sous forme d’une nouvelle puis d’un long-métrage devenu rapidement culte, la saga HELLRAISER, entamée sur les écrans en 1987, s’est poursuivie régulièrement au fils des années. Après HELLRAISER 2 – LES ECORCHES en 1988 et HELLRAISER 3 en 1992, la série revient en 1996 sous la direction du spécialiste des effets spéciaux Kevin Yagher. Ce-dernier, peu satisfait du résultat, demanda à retirer son nom du générique et les producteurs, pour leur part, remontèrent le film à leur guise avant que Joe Chapelle (HALLOWEEN 6, PHANTOMS puis beaucoup de séries télé comme « Les Experts Miami » ou « Fringe ») ne retourne l’une ou l’autre séquences.

Après ces divers tripatouillages, le métrage finit par sortir en créditant à la mise en scène le célèbre et inexistant Alan Smithee, pseudonyme utilisé par les cinéastes désavouant leur œuvre, ce qui n’augure rien de bon pour cette troisième séquelle. Ce fut également le dernier épisode à connaître les joies des salles obscures, les suivants ayant été filmés directement pour le marché des vidéoclubs.

Pourtant, en dépit de ses faiblesses, HELLRAISER – BLOODLINE reste regardable pour les inconditionnels de Pinhead et comporte suffisamment de séquences efficaces pour compenser, du moins en partie, les ratés du métrage.

L’intrigue débute au XXIIème siècle, sur une station spatiale où travaille le docteur Paul Merchant. Son but est de détruire la boite maléfique connue sous le nom de « Lament Configuration », laquelle empoisonne l’existence de sa famille depuis plusieurs siècles. En effet, au XVIIIème siècle, Philip Le Marchand, un fabriquant de jouets réputé, reçu une commande d’un magicien, de L’isle, pour créer le cube infernal, ce qui permit au démon Angélique d’accéder à notre univers. Les divers descendants de Le Marchand travaillèrent ensuite à la construction d’un mécanisme susceptible de détruire la Lament Configuration. A la fin du XXème siècle, John Merchant semble prêt à y parvenir mais Angélique et les Cénobites, menés par Pinhead, ne souhaitent pas voir fermer le portail entre l’Enfer et la Terre…

HELLRAISER – BLOODLINE adopte une construction proche du film à sketches en choisissant de relater trois histoires quasi indépendantes liées par la malédiction de la famille Merchant et, bien sûr, la présence de la Lament Configuration et des démoniaques Cénobites. Si le montage original présentait les faits de manière chronologique, le métrage existant aujourd’hui débute dans un lointain futur et révèle les événements en flashbacks.

Comme souvent, les trois intrigues s’avèrent inégales et pas toujours très bien menées. La partie située dans le futur se montre ainsi intéressante et se suit sans déplaisir, au contraire du segment se déroulant à notre époque et dont l’intérêt reste limité. Toutefois, le « sketch » prenant place au XVIIIème siècle demeure le plus réussi et offre quelques informations complémentaires utiles aux fans désireux d’en connaître davantage sur la création de la fameuse boîte et l’origine des Cénobites.

Le scénario original de Peter Watkins se montrait d’ailleurs ambitieux et souhaitait éclaircir les zones laissées dans l’ombre par les trois premiers volets mais, malheureusement, le passage des mercantiles producteurs de Dimension modifia le film au point de le rendre difficilement compréhensible.

La cohérence n’étant pas la qualité première de HELLRAISER – BLOODLINE l’amateur devra se contenter de la prestation de Doug Bradley, toujours convaincant dans son rôle de Pinhead, et de l’une ou l’autre scène potables, disséminées dans un ensemble banal et routinier, pour ne pas dire médiocre. Cependant même le personnage de Pinhead semble mal exploité et ses répliques pseudo-philosophiques provoquent plus d’ennui que de frissons. Ce n’est d’ailleurs pas le seul protagoniste à souffrir d’une caractérisation schématique et de dialogues hâtivement écrits tant l’ensemble du casting parait peu concerné par les événements, une possible conséquence d’un remontage effectué en dépit du bon sens!

Tout n’est pas noir pour autant et, au niveau des effets spéciaux, Kevin Yagher montre ses compétences – et celle de son équipe – en proposant quelques séquences impressionnantes même si certains maquillages paraissent bâclés. Une fois encore, le manque de budget handicape fortement l’entreprise, laquelle oscille, niveau trucages, entre le bon et le tout juste passable. Les effets gore, pour leur part, sont réussis et suffisamment nombreux pour maintenir l’intérêt mais, malheureusement, HELLRAISER – BLOODLINE ne donne guère le change lors des séquences futuristes et historiques. Les premières paraissent très pauvres et s’apparentent à un décalque de troisième zone des décors de ALIEN, les secondes manquent d’ampleur et ne parviennent jamais à se montrer crédibles, tant la reconstitution souffre des pesantes contraintes budgétaires.

En dépit de toutes ces faiblesses, HELLRAISER – BLOODLINE se laisse regarder distraitement mais sans déplaisir, la riche mythologie instaurée par Clive Barker, même réduite à l’essentiel comme ici, possédant suffisamment d’attraits pour motiver une vision de cette décevante séquelle. Néanmoins, difficile de ne pas se désoler devant ce semi ratage tant les prémices étaient prometteuses et auraient pu donner lieu à une brillante exploration d’un univers fascinant. Il faudra par conséquent se contenter du minimum.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2016