HELLRAISER: HELLWORLD
Titre: Hellraiser Hellworld / Hellraiser VIII
Réalisateur: Rick Bota
Interprètes: Lance Henriksen

 

Doug Bradley
Katheryn Winnick
Christopher Jacot
Khary Payton
Henry Cavill
Anna Tolputt
Année: 2005
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

La saga HELLRAISER ayant un lourd passif derrière elle, il faut un certain courage (et beaucoup de bonne volonté) pour aborder ce huitième épisode une nouvelle fois signé Rick Bota. Lancée au milieu des années ’80 avec un premier long-métrage réalisé par Clive Barker en personne, la série alterna ensuite les réussites modestes (HELLRAISER 2 – LES ECORCHES, HELLRAISER INFERNO) et les titres tout juste passables (HELLRAISER 3, HELLRAISER BLOODLINES).

Au début du XXIème siècle, la destinée de Pinhead et ses amis se voit reprise en main par un réalisateur débutant, Rick Bota, qui propose, quasiment coup sur coup, trois nouveaux « Hellraiser » destinés à la vidéo : HELLRAISER HELLSEEKER, HELLRAISER DEADER et, finalement, cet ultime HELLRAISER HELLWORLD tourné en 2005. Du moins pensait on qu’il s’agissait du dernier opus mais l’annonce d’un remake a motivé le producteur Joel Soisson à engager Victor Garcia (RETOUR A LA MAISON DE L’HORREUR) pour boucler, avec le budget pharaonique de 300 000 dollars (!) un HELLRAISER REVELATIONS en 2011 !

Après les deux précédents volets, routiniers et sans imagination (quoique pas nécessairement désagréables), Bota décide de varier la donne et de refondre la mythologie imaginée vingt ans plus tôt par Clive Barker. Une initiative louable (excepté pour les puristes qui ne pardonnèrent pas cette hérésie !) pour un résultat mitigé et loin de faire l’unanimité auprès des fans.

En effet, le brouillon de scénario concocté par le réalisateur et scénariste Joel Soisson (PROPHECY 3, 4 et 4, L’HOMME SANS OMBRE 2, MIMIC 2 et 3, DRACULA 2000, DRACULA 3, PULSE 2 et 3, CHILDREN OF THE CORN 8, HIGHLANDER ENDGAME…un curriculum qui laisse rêveur !) n’a, au départ, rien à voir avec l’univers de la saga mais Carl Dupré (HELLRAISER HELLSEEKER) se charge, tant bien que mal, de connecter cette intrigue au mythe des Cénobites. HELLRAISER HELLWORLD laisse donc, au mieux, le spectateur dubitatif…

L’univers fictif d’Hellraiser a donné naissance à un site de jeu en ligne nommé « Hellworld ». Une poignée d’amis, accros à ce monde virtuel, se retrouvent chez un hôte mystérieux qui organise une soirée thématique consacrée à Hellraiser dans sa vaste demeure. La fête bat rapidement sont plein et les jeunes se laissent aller à une nuit d’alcool, de sexe et d’excès. Cependant, le souvenir de leur ami Adam, mort deux ans plus tôt lors d’une partie d’Hellworld ayant dégénéré, revient les hanter. Et pour quelle raison leur hôte les a-t-il réellement conviés à cette soirée ?

Sans doute inspiré par les mises en abymes que constituent, par exemple, SCREAM ou FREDDY SORT DE LA NUIT, Rick Bota se pique lui-aussi au jeu et présente dès le départ « Hellraiser » comme un monde fictif que les protagonistes connaissent sur le bout des doigts. D’où un scénario relativement original mais qui paraîtra sans doute cousu de fil blanc aux spectateurs les plus sagaces. Le twist, même si il fonctionne de façon efficace, s’avère un tantinet prévisible et fortement tiré par les cheveux, la crédibilité n’étant surement pas le point fort de cette intrigue. Notons d’ailleurs qu’une fois la révélation éventée, le métrage perd une grande partie de son intérêt et laisse au public une impression un peu amère, voire désagréable, de s’être fait possédé en beauté par un scénariste se croyant sans doute très futé. La première heure, assez mystérieuse, reste par conséquent nettement plus intéressante que la demi-heure finale même si l’ultime rebondissement (encore une fois très prévisible !) rend l’entreprise sympathique.

Les quelques séquences gore, sans verser dans les excès de HELLRAISER 2 – LES ECORCHES, se révèlent satisfaisantes même si elles ont perdu leur aspect malsain hérité des tortures et du sadomasochisme pour verser dans un grand guignol spectaculaire, sanglant mais inoffensif.

Au rayon des interprètes, HELLRAISER HELLWORLD convie inévitablement Doug Bradley, interprète indissociable de Pinhead depuis le premier film. Un rôle que le comédien maîtrise parfaitement même s’il se place ici en pilotage automatique et se voit relégué à de brèves apparitions, jouant les épouvantails en déclamant l’une ou l’autre répliques menaçantes.

Lance Henricksen, visage familier de l’horreur (la saga PUMPKINHEAD, ALIENS, HOUSE 3,…) s’en tire avec les honneurs dans un rôle plus intéressant de manipulateur sadique mais sa présence semble toutefois plus motivée par l’appart du gain que par une réelle volonté de s’impliquer dans le métrage. Bradley et Henricksen ayant sans doute englouti une partie du budget, le reste du casting se compose d’acteurs de seconde zone, de débutantes prêtes à tomber le sous-tif et de pseudo bellâtres.

Difficile en outre de comprendre où est passé le budget confortable (5 millions de dollars !) tant le métrage paraît fauché et bâclé, concentrant l’intrigue dans un décor unique d’une banalité désespérante. Au final, HELLRAISER HELLWORLD clôture la saga sur une note très moyenne, le souci de sortir des sentiers battus ne compensant pas l’aspect linéaire et prévisible d’un film sans intérêt une fois son twist révélé.

Même si Rick Bota essaie de rendre un peu de mystère et d’originalité à une franchise exsangue, il propose en définitive un métrage décevant ne ressemblant pas vraiment à un « authentique » HELLRAISER. Toutefois, dans la masse des direct to video et pour une septième (!!!) séquelle HELLRAISER HELLWORLD se tire honorablement d’une entreprise casse-gueule. Rick Bota offre un petit film très oubliable mais pas déshonorant pour autant, à condition de se contenter d’une poussive exploitation d’un concept usé jusque la corde. Les amateurs de Clive Barker et de son univers sado-maso torturé risquent, par contre, d’être atterrés du résultat.

(Précédemment publié dans Medusa Fanzine)

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2016