HER NAME WAS LISA
Titre: Her Name was Lisa
Réalisateur: Roger Watkins
Interprètes: Samantha Fox

 

Vanessa Del Rio
Robin Byrd
Barbara Daniels
Ron Hudd
Rick Iverson
Randy West
Année: 1979
Genre: Porno / Drame
Pays: USA
Editeur  
Critique:

A la fin des années ’70, sort l’étrange et devenu culte LAST HOUSE ON DEAD END STREET. Tous les participants de l’entreprise travaillent sous pseudonyme et il faut attendre un quart de siècle pour que Roger Watkins admette l’avoir écrit, monté et réalisé. En réalité, le film fut filmé en 1972 sous le titre de "The Cuckoo Clocks of Hell" mais ne connut une sortie limitée que sept ans plus tard suite à un conflit entre le cinéaste et une de ses actrices impliquées dans des passages hardcore. D’une durée de trois heures (!), LAST HOUSE ON DEAD EN STREET (un retitrage effectué, bien sûr, pour profiter du succès du DERNIERE MAISONS SUR LA GAUCHE de Wes Craven) sera ramené à seulement 75 minutes par le distributeur qui encouragea également diverses rumeurs évoquant un tournage aux mains de la mafia et des meurtres non simulés.

Si LAST HOUSE ON DEAD EN STREET s’attira les foudres de la censure, il gagna cependant une notoriété importante dans le circuit « grindhouse » et devient un cult-movie mineur auprès des amateurs d’aberrations cinématographiques. Roger Watkins, malheureusement, ne put exploiter cette soudaine célébrité et fut rapidement condamné, par manque d’argent, à tourner du porno, alors commercialement porteur. Son approche, désenchantée, reste néanmoins personnelle et a donné quelques titres réputés pour leur cynisme et leur noirceur comme CORRUPTION, MIDNIGHT HEAT ou AMERICAN BABYLON.

Son premier X, HER NAME WAS LISA, bénéficie ainsi d’une réputation enviable auprès des connaisseurs qui louent ses qualités scénaristiques, la caractérisation développée des principaux protagonistes et la bonne intégration des séquences hard dans l’intrigue. Toutefois, la vision du film tempère quelque peu l’enthousiasme et le mélange entre drame et pornographie fonctionne parfois difficilement même si l'atmosphère nihiliste, la conclusion dépressive et le sous-texte anti-drogue apparaissent originaux dans le contexte, souvent enthousiaste et déluré, du X des seventies.

L’intrigue débute par les funérailles de Lisa, laquelle commença sa carrière en tant que mannequin pour un photographe désargenté avant de sombrer dans la déchéance. Racontée en flashbacks, nous suivons l’existence de la demoiselle qui, de mauvaises rencontres en expériences douloureuses, sombre dans la drogue et finit par en mourir malgré l’amour de la mystérieuse Carmen.

Interprétée avec une réelle conviction par Samantha Fox (rien à voir avec la chanteuse !), Lisa est le pivot central du scénario et sa performance soutient l’entièreté du métrage. Starlette du X ayant connu une importante notoriété au début des années ’80, Samantha Fox apparut dans quelques classiques prestigieux (L’ENFER POUR MISS JONES 2, ODYSSEY, AMANDA BY NIGHT) mais aussi dans le slasher culte A NIGHT TO DISMEMBER.

A ses côtés, nous retrouvons Vanessa Del Rio, élue en 2002 huitième plus grande « porn star » de tous les temps et qui eut même droit à sa biographie fictionnelle (DEEP INSIDE VANESSA DEL RIO) sous la caméra de l’iconoclaste Gregory Dark. Les deux demoiselles délivrent des performances efficaces, y compris dans la partie dramatique, loin des mornes fornications mécaniques du porno actuel. Du côté des mâles on remarque essentiellement le vétéran Randy West vu dans près de mille (!) films en quatre décennies de carrière.

Atypique, déprimant, HER NAME WAS LISA démontre les bonnes dispositions de Roger Watkins pour le glauque et le malsain mais, également, son absence d’imagination lors des scènes chaudes. Peut-être volontairement, celles-ci sont, en effet, particulièrement ternes et dénuées du moindre potentiel érotique, privilégiant des cadrages inesthétiques qui désavantagent les comédiens et ôtent au film ses aspects sensuels. Certains affirment d’ailleurs que Watkins n’était intéressé que par la partie dramatique de ses scénarios et ne se souciaient guère du hardcore, qu’il filmé au contraire de manière la moins érotique et la moins satisfaisante possible pour la « foule en imperméable ». Au vu de HER NAME WAS LISA, ils pourraient bien avoir raison. A noter que la copie visionnée est coupée d’une vingtaine de minutes : manque, en particulier, une scène au cours de laquelle Lisa se venge d’un homme ayant abusé d’elle en le violant à son tour à l’aide d’un gode ceinture.

La bande originale, efficace, alterne pour sa part quelques tubes disco d’époque avec le « Robots » de Kraftwerk, le "Gimme Some Lovin'" version Kongas et le « Dazed & confused » de Led Zeppelin au mépris des règles du copyright. Le titre de Kraftwerk illustre avec humour la déshumanisation des jeunes filles tandis que celui du Zep est utilisé pour une intéressante scène où l’héroïne est sous l’influence de la drogue.

Inférieur à sa réputation, HER NAME WAS LISA demeure cependant un honnête compromis entre le drame et le porno que les curieux du hard seventies visionneront avec intérêt si ce n’est enthousiasme. Les amateurs de porno enjoué et excitant se tourneront toutefois vers d’autres titres sous peine de déchanter (débander ?) dès l’entame.

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2016