HERCULE SE DECHAINE
Titre: La furia di Ercole
Réalisateur: Gianfranco Parolini
Interprètes: Brad Harris

 

Luisella Boni
Serge Gainsbourg
Mara Berni
Carlo Tamberlani
Alan Steel (Sergio Ciani)
Franco Gasparri
Année: 1962
Genre: Péplum
Pays: Italie / France
Editeur
Critique:

Au début des années ’60, alors que le péplum mythologie italien (ou muscle opera) triomphe au box-office, Gianfranco Parolini (qui s’illustra par la suite dans le western en proposant les personnages de SABATA et SARTANA) se lance dans l’aventure en tournant, avec des comédiens identiques, des scénarios interchangeables et des décors réutilisés, deux productions typiquement bis : SAMSOM CONTRE HERCULE et HERCULE SE DECHAINE.

Sans beaucoup de moyens mais cependant avec une figuration encore acceptable et des décors antiques qui font illusions (certes loin du faste hollywoodien mais pas encore au niveau des sous-produits qui déferleront rapidement sur les écrans européens), Parolini convie Brad Harris dans le rôle d’Hercule, lequel combat, cinq siècles avant Jésus-Christ, une reine ambitieuse mal conseillée par le roublard politicien Menistus (Serge Gainsbourg !). Bien sûr, Hercule tombe amoureux d’une demoiselle en détresse, Daria, et s’associe à des rebelles (car « Hercule prend toujours parti pour les causes perdues ») afin de triompher de la tyrannie. 

Le film, tourné en Yougoslavie, suit donc un schéma très balisé ayant déjà servi dans d’innombrables productions similaires (et qui, vingt ans plus tard, sera recyclé dans l’heroic-fantasy post CONAN) : un barbare musculeux et valeureux, une reine tyrannique, un conseiller maléfique, un peuple asservi, etc. Les dialogues sont nombreux et occupent une large partie du temps de projection, rendant le film assez indolent pour ne pas dire ennuyeux. Quelques scènes, très classiques mais plaisantes, animent cependant le récit, notamment une série d’épreuves à remporter par Hercule pour sauver une jeune femme : combat contre un lion puis contre une sorte de gorille (un costume de singe miteux), chute dans un piège supposé mortel, ... Dans tous les cas le demi-dieu remporte les challenges ce qui lui permet, dans la seconde partie du film, de mener la révolte contre la souveraine despotique. Le tout se terminera par une inévitable bataille, plutôt bien troussée dans les limites d’une telle réalisation. Bref, les décors sont réussis, la figuration importante et les combats raisonnablement crédibles, ce qui n’est pas si mal pour ce genre de péplum alors que le genre semble déjà à bout de souffle et tenté par la surenchère parodique. 

Le musculeux Brad Harris s’en tire raisonnablement dans le rôle du fiston de Zeus (il eut une carrière correcte dans le sword & sandal avant de se reconvertir dans le western puis le polar) mais un Gainsbourg cabotin lui vole la vedette dans un grand numéro de conseiller sournois. Ce-dernier avouait d’ailleurs que, lors du tournage, il ne savait plus s’il était confronté à Hercule (dans cet HERCULE SE DECHAINE) ou à Samson (dans SAMSON CONTRE HERCULE) tant les deux films, tournés en simultanés, se ressemblent. Brad Harris aurait d’ailleurs dû camper Samson dans les deux long-métrages mais, pour d’obscures raisons (sans doute commerciales), il fut ici rebaptisé Hercule quoique le personnage ait peu de lien avec le héros mythologique. A vrai dire, il aurait tout aussi bien pu être nommé Samson, Hercule, Ursus ou Maciste sans que cela change quoi que ce soit à l’intrigue. 

Routinier et sans grand intérêt, HERCULE SE DECHAINE se suit néanmoins sans déplaisir – mais d’un œil distrait – pour les curieux, les fans de Gainsbarre ou les inconditionnels du cinéma d’aventures antiques italien. Dans le genre il y a d’ailleurs (bien) pire que cette agréable petite production.

Fred Pizzoferrato - Mars 2017