HEX
Titre: Xie
Réalisateur: Chih-Hung Kuei
Interprètes: Ni Tien

 

Yung Wang
Szu-Chia Chen
Lap Ban Chan
Yung Chan
Hsi Chang
Chok Chow Cheung
Année: 1980
Genre: Thriller / Horreur / "Giallo"
Pays: Hong Kong
Editeur  
Critique:

HEX appartient à cette vague horrifique lancée par la Shaw Brothers à la fin des seventies pour renouveler l’intérêt d’un public lassé des Kung-fu interchangeables et des Wu Xia alambiqués. Probablement inspiré par le cinéma «démoniaque» ayant triomphé en Occident durant les années précédentes (via les succès de L’EXORCISTE, LA SENTINELLE DES MAUDITS, LA MALEDICTION ou encore AMITYVILLE) la vénérable compagnie hongkongaise se lance, à son tour, dans l’exploitation des frayeurs locales et propose des récits peuplés de fantômes, de maisons gantées et de malédiction.

Toutefois, HEX prend ses distances avec des titres comme BLACK MAGIC ou THE BOXER’S OMEN puisque la référence transparente reste, ici, le classique français Les Diaboliques, déjà abondamment pillé par tout un pan du giallo (dit « de machination »). Le cinéaste s’inspire donc effrontément, du moins durant les trois premiers quarts d’heure, de la surprenante intrigue jadis imaginés par les duettistes Boileau et Narcejac.

Un mari violent, Yeung Chu Yu, dilapide son argent dans les maisons de jeu ou en compagnie de femmes vénales. Alcoolique, il attend la mort de son épouse, Chan Sau Ying, atteinte d’une tuberculose incurable et n’hésite pas à la martyriser dans l’espoir d’hâter son trépas. Le tyran domestique s’en prend également à sa servante, Kei Wah qu’il bat sans vergogne. Un jour, celle-ci se rebelle et, avec l’aide de Chan Sau Ying, noie la brute dans une barrique emplie d’eau. Les deux femmes se débarrassent ensuite du cadavre en l’immergeant au fond d’un étang voisin. Mais, peu après, des phénomènes étranges se produisent. L’assassiné serait-il revenu du royaume des morts pour se venger ?

Débutant comme un thriller, HEX s’oriente par la suite vers l’épouvante et ne lésine pas sur les effets horrifiques outranciers. Le métrage multiplie en effet les apparitions spectrales et les manifestations surnaturelles, ponctuées d’une pincée de gore et d’un soupçon d’érotisme, essentiellement présent lors de la danse lascive d’une demoiselle totalement nue mais couverte de tatouages censés éloigner les esprits malfaisants.

Si la première partie du film s’avère relativement prévisible (quiconque a vu Les Diaboliques comprendra rapidement où conduit l’intrigue), la seconde partie joue, elle, la carte des rebondissements en cascades. Les twists se succèdent, par conséquent, sans grand souci de logique ni même de vraisemblance mais fonctionnent plaisamment jusqu’à la grande révélation finale façon «Scooby-Doo». Sans la dévoiler, le fantastique bat alors en brèche devant le thriller plus cartésien qui rationalise le récit de hantise précédemment développé. Un twist pas franchement crédible mais indéniablement efficace et étonnant dans la tradition du giallo transalpin.

Bénéficiant de toutes les qualités des productions Shaw Brothers (une excellente photographie aux couleurs contrastées typique de l’école italienne représentée par Bava et Argento, des décors à l’artificialité assumée mais à l’esthétique somptueuse), HEX se regarde avec intérêt et présente une facette différente et plus méconnue du cinéma hongkongais. A découvrir.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2014