HIGHLANDER
Titre: Highlander
Réalisateur: Russell Mulcahy
Interprètes: Christophe Lambert

 

Sean Connery
Clancy Brown
Roxanne Hart
 
 
 
Année: 1986
Genre: Aventures / Fantasy
Pays: USA
Editeur  
4 /6
Critique:

De nos jours, Connor McLeod quitte le Madison Square Garden et se rend dans le parking, où il rencontre un certain Fasil. Lequel sort son épée et commence à combattre McLeod, qui parvient cependant à le décapiter. Connor McLeod est en réalité un immortel, né en 1518 en Ecosse. Il n'est pas le seul de son espèce. Mais les immortels doivent se combattrent afin que le dernier survivant puisse recevoir un "prix" mystérieux…Car, à la fin, "il ne peut en rester qu'un".

HIGHLANDER déchaîna la passion et la critique à l'époque de sa sortie. Il suffit de se rappeler, par exemple, les commentaires diversifiés de Mad Movies, un rédacteur criant au génie et l'autre à la fumisterie affligeante. Mal accueilli outre-Atlantique (où il fut coupé de vingt minutes et devint incompréhensible), HIGHLANDER y récolta de très mauvaises critiques et ne rapporta qu'un ridicule six millions de dollars. Ce fut pourtant un film culte en Europe et il obtient un succès suffisant pour motiver la mise en chantier de quatre séquelles et d'une série télé dérivée. Le revoir aujourd'hui est donc une expérience étrange, entre la joie nostalgique et la déception, à la manière de vieux amis perdus de vue avec lesquels on ne partage plus grand-chose si ce n'est de vagues souvenirs à demi estompés.

En 1986, HIGHLANDER faisait pourtant bonne impression, surtout auprès des amateurs de récits fantasy épiques ne négligeant pas l'humour et un brin de violences. La mise en scène de Russel Mulcahy se voulait inventive et multipliait les plans impossibles, les raccords audacieux et les coquetteries formelles. Christophe Lambert s'y montrait convaincant (et trouver là le rôle sa vie) tandis que la prestation extravagante de Sean Connery ajoutait une plus value certaine au métrage. Il est amusant, délirant et plein de panache, au point de voler la vedette à Lambert à chacune de ses apparitions. Un Christophe Lambert qui a rarement (jamais?) retrouvé, par la suite, cette intensité et cette conviction. Quant à Clancy Brown, il compose un méchant mémorable, réellement dangereux et sadique. Si les acteurs de premiers plans sont convaincants, certains seconds rôles sont malheureusement franchement grotesques et surjoués à l'excès.

Le scénario était de plus assez habile, la quête de l'immortalité ayant motivé l'humanité depuis ses origines. L'intrigue, d'ailleurs, laissait planer quelques zones d'ombres et refusait d'expliciter complètement la riche mythologie mise en place. Et les personnages, pour leur part, possédaient une véritable épaisseur, encore accentuée par des réactions souvent logiques et crédibles. Ainsi, pour se dissimuler aux yeux du monde, McLeod exerce le métier d'antiquaire. Il connaît logiquement les secrets et trésors du passé tandis que son adversaire est lui une sorte de criminel sans scrupule. Chacun passe ainsi inaperçu, au sein d'un monde en constante évolution tandis qu'eux restent les mêmes. Parmi les meilleurs passages du métrage, la mort de la femme de McLeod reste mémorable: elle s'éteint dans son lit, de vieillesse, alors que le guerrier n'a pas pris une seule ride. Une séquence similaire, durant la Seconde Guerre Mondiale, est tout aussi réussie: l'immortel protège une petite fille d'une rafale de mitrailleuse nazie avant de se relever et de châtier le criminel.

Pas mal de bons points, donc, à l'actif de ce film au scénario agréable et original. La musique celtique et grandiose de Michael Kamen, associée aux chansons de Queen fait toujours son petit effet (en particulier l'immortel "Who wants to live forever") et donne une vraie grandeur épique à l'ensemble. Voilà ce qu'on aurait pu écrire, grosso modo, à l'époque de la sortie du film.

Et aujourd'hui? Vingt ans ont malheureusement passés et l'enthousiasme s'est étiolé. Les effets spéciaux si impressionnant en 1986 paraissent aujourd'hui vieillots et complètement dépassés. La mort de Ramirez, dans un décor de carton-pâte devant un ciel horriblement ringard, est vraiment mal fichue et ne parvient jamais à émouvoir. Plus grave, comment McLeod peut-il se souvenir de cet épisode alors qu'il n'est pas présent? Et comment Mulcahy peut-il nous montrer le viol de l'épouse de McLeod alors que celui-ci l'ignore??? On a là un gros problème de narration, pas vraiment apparent à la première vision mais carrément choquant à la seconde. Beaucoup trop de trous s'ouvrent au fil du scénario et rien ne viendra vraiment colmater certaines erreurs et invraisemblances à la fois criantes et grossières. Les chorégraphies des combats, pour leur part, sont encore plus imbuvables.

Le cinéma asiatique est passé par là et les passes d'arme maladroites (dans le parking par exemple) sont à présents assez pénibles à suivre. L'absence d'un directeur de combat digne de ce nom étonne car ces affrontements paraissent aujourd'hui vraiment patauds et maladroits, incapables de la moindre étincelle de folie. Quant aux expérimentations visuelles très clip de Mulcahy, très mode en 1986, elles ont, forcément, pris de méchantes rides puisque, par définition, la mode est ce qui se démode le plus vite. Déjà dépassées quelques années après la sortie d'HIGHLANDER elles paraissent à présent complètement anachroniques et vides de sens, à l'image de tout un pan du cinéma des eighties formaté pour la génération clip de la MTV.

Pour ne rien arranger, le montage n'est pas exempt d'erreurs et certains effets sont franchement trop tape à l'œil pour convaincre. Heureusement, les transitions entre le présent et le passé, toutes gratuites qu'elles puissent paraître, demeurent relativement bien pensées et ne sont jamais choquantes, à l'inverse de certains mouvements de caméra jouant ouvertement la "pose".

Si tout n'est pas négatif pour autant, HIGHLANDER a vieilli…et plutôt mal. Mulcahy cherchait manifestement l'effet à tout prix, anticipant d'une décennie sur les cinéastes de la fin des nineties, soucieux d'en mettre plein la vue au spectateur en dépit de toute cohérence et de la plus élémentaire grammaire cinématographique. Michael Bay et quelques autres se reconnaîtront sans doute. Pourtant, en dépit de toutes ses faiblesses, HIGHLANDER possède encore un certain charme, grâce à l'alchimie de ses acteurs et à l'originalité de son scénario.

Le film se laisse donc regarder avec un relatif plaisir et ce n'est déjà pas si mal.

Fred Pizzoferrato - Mai 2007