HOLOCAUSTE 2000
Titre: Holocausto 2000 / Holocaust 2000 / Rain of Fire / The Chosen
Réalisateur: Alberto De Martino
Interprètes: Kirk Douglas

 

Simon Ward
Agostina Belli
Anthony Quayle
Virginia McKenna
Alexander Knox
 
Année: 1977
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: Italie / Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Le début des années 70 vit l’arrivée sur les écrans d’une vague de long-métrages d’inspiration religieuse lancée par le succès du ROSEMARY’s BABY de Roman Polanski tourné en 1968. A la suite de ce classique nous eûmes droit à L’EXORCISTE puis LA MALEDICTION, ces trois métrages engendrant à leur tour de nombreuses imitations, parfois en Angleterre (UNE FILLE POUR LE DIABLE) ou aux Etats-Unis (ABBY, LE FAISEUR D’EPOUVANTE) mais plus souvent encore en Italie. Durant trois ou quatre ans la Péninsule se passionna en effet pour les productions traitant de possession, satanisme et malédiction démoniaques, via des décalques à petit budget comme RETURN OF THE EXORCIST, LA MAISON DE L’EXORCISME (de Mario Bava), LA POSSEDEE, etc.

Alberto De Martino se lança lui aussi rapidement dans la course avec un ANTE-CHRIST sorti en 1974. Sans doute satisfait de cette première incursion dans l’épouvante théologique, le cinéaste italien récidiva dès 1977 avec cet HOLOCAUSTE 2000 qui s’inspire effrontément de LA MALEDICTION.

Kirk Douglas incarne Robert Caine, un très puissant homme d’affaires décidé à bâtir une toute nouvelle centrale thermonucléaire dans un pays du Moyen Orient. Caine désire offrir une source d’énergie suffisante pour alimenter en énergie une bonne partie de la planète et ce vaste projet semble en bonne voie. Néanmoins, la découverte d’une grotte intrigue le businessman : à l’intérieur il découvre d’étranges peintures annonçant l’Apocalypse. Bien sûr, Caine ne prend pas tout cela au sérieux mais, peu après, son épouse – farouchement opposée à la construction de la centrale – meurt assassinée par un fanatique.

Ensuite c’est au tour du nouveau premier ministre du pays concerné de périr, le crane fracassé par les pâles de son hélicoptère. Peu à peu, Caine, commence à prendre davantage au sérieux les prédictions apocalyptiques, d’autant que l’ordinateur de sa société semble se détraquer et n’offre comme seule réponses aux questions posée qu’une formule mathématique qui, lue à l’envers, se traduit par « Jésus ». Une connaissance de Caine, évêque de son état, le presse de stopper son projet et lui annonce que le fils qu’il attend de sa nouvelle compagne, Sara, sera l’Ante Christ annoncé par la Bible.

Alberto De Martino connaît manifestement ses classiques et nous ressert un métrage suivant dans les grandes lignes le scénario de LA MALEDICTION sorti peu avant avec un énorme succès. Pour appuyer son intrigue le cinéaste puise dans l’Apocalypse de Saint Jean, livre prophétique censé avertir l’Humanité de la fin du monde. Adroitement, HOLOCAUSTE 2000 va alors reprendre des éléments de la Bible pour les transposer dans notre monde moderne. Ainsi le Dragon à sept têtes pourvues de dix cornes et dix couronnes devient une centrale nucléaire, dotée de sept réacteurs, dix systèmes de sécurité et dix générateurs. L’Ordinateur (dont la vision peu faire sourire aujourd’hui tant il s’apparente aux « créatures » gigantesques de la science-fiction capable de répondre à toutes les questions humaines) ne peut que donner aux Hommes une formule mathématique signifiant à la fois Jésus et se référant, une fois déchiffrée, au dossier médical du Diable lui-même, incarné sous la forme de l’Ante Christ, lequel se choisit 21 apôtres au sein d’une multinationale pour asseoir son pouvoir sur la Terre.

Les transpositions opérées par De Martino sont habiles et convaincantes si on accepte le postulat de base du métrage, tandis que quelques répliques assez ironiques sont glissées dans les dialogues, suggérant par exemple que les humains ont à présent davantage confiance en une machine qu’en Dieu et que cette même machine pourrait un jour causer leur perte. Kirk Douglas déclare également que nous vivons dans le siècle du progrès et que, pourtant, nous cherchons tous à retourner vers la nature et à vivre plus simplement, débarrassé d’une technologie envahissante. S’ensuit une scène bien mielleuse au cours de laquelle Kirk Douglas et sa nouvelle compagne apprivoisent une biche et, un peu plus tard, un petit passage sexy dans le plus pur esprit baba cool.

Kirk Douglas découvre une étrange inscription...

I,e,s,u,s...qu'est ce que ça peut vouloir dire?

Si on peut considérer le symbolisme utilisé comme naïf et quasiment hippie sur les bords (on note aussi un Kirk Douglas courant nu devant des éléments en furie lors d’un cauchemar au visuel typiquement seventies), cette diabolisation (au sens propre !) de l’énergie nucléaire n’en est pas moins bien amenée. Evidemment, n’importe quel spectateur un minimum attentif aura rapidement compris que le fils de l’homme d’affaire, un certain Angel (sic !) ne peut être que l’Ante Christ sous son apparence de dandy blondinet impeccablement vêtu de blanc à la politesse parfaite.

La bande sonore, assurée par un Ennio Morricone toujours efficace, n’hésite pas à convoquer la grosse artillerie sans ménager ses effets. Du côté des interprètes Kirk Douglas se montre concerné et croit manifestement à cette histoire. Les vétérans Anthony Quayle (LES CANONS DE NAVARONNE) et Alexander Knox (LES VIKINGS, LE JOUR LE PLUS LONG) complètent la distribution aux côtés du jeune Simon Ward et de la belle Agostina Belli. Un beau casting international, « de prestige », pour un métrage soigné et globalement convaincant.

HOLOCAUSTE 2000 constitue donc un très sympathique métrage de fin du monde. En dépit de certains symboles assez lourdement assénés, de quelques maladresses et d’une imagerie ayant parfois mal vieilli, l’ensemble se suit avec plaisir et intérêt. A redécouvrir.

A noter que la version remaniée pour le marché américain, intitulée RAIN OF FIRE, propose une fin très différente de l'original et bien moins convaincante.

Fred Pizzoferrato - Septembre 009