HORRIBLE
Titre: Rosso Sangue / Absurd
Réalisateur: Joe D'Amato
Interprètes: George Eastman

 

Annie Belle
Charles Borromel
Katya Berger
Edmund Purdom
Hanja Kochansky
Kasimir Berger
Année: 1981
Genre: Horreur / Gore
Pays: Italie
Editeur Bach Films
Critique:

Aujourd’hui quelque peu oublié, HORRIBLE fut pourtant un incontournable des vidéos-clubs au début des années ’80. A l’époque, le bisseux Joe d’Amato surfait efficacement sur le succès de son précédent ANTROPOPHAGOUS tout en capitalisant également sur la mode du slasher alors triomphante. D’abord envisagé comme la séquelle du ANTROPOPHAGOUS précité, cet HORRIBLE bien nommé s’en est pourtant éloigné et n’entretient, au final, que des liens ténus avec ce-dernier, quoiqu’il fut présenté dans différents pays comme sa suite « officielle » sous des titres imaginatifs comme « Antropophagus 2 », « The Grim Reaper 2 » ou même un très curieux « Zombie 6 ».

George Eastman, toujours scénariste, y reprend un rôle similaire à celui qu’il tenait dans ANTROPOPHAGOUS, celui d’un Grec devenu fou, nommé cette fois Mikos Stenopolis, qui, après une course poursuite, s’empale sur une grille avant d’être conduit dans un état critique à l’hôpital le plus proche. Là, il se réveille et entame une croisade sanguinaire en massacrant toute les demoiselles croisées sur sa route. Un prêtre le prend alors en chasse et révèle la vérité aux autorités: Mikos est le fruit d’une expérience scientifique sécrète du Vatican qui lui a donné une capacité de régénération surhumaine et l’a, par conséquent, rendu pratiquement immortel.

Reprenant des recettes sans doute rodées dans l’érotisme et le porno, Joe d’Amato envisage essentiellement son métrage comme une succession de scènes « marquantes » liées entre elles par une intrigue prétexte. A défaut de « cum shot », le cinéaste délivre ainsi de nombreux « gore shot » propres à contenter les amateurs les plus exigeants : un homme voit son crane ouvert à la scie électrique, une jeune femme est tuée à coup de pioche en pleine tête, une autre est carbonisée dans un four (la scène, interminable, met la patience du spectateur à rude épreuve), une infirmière est brutalement assassinée à la perceuse chirurgicale, etc. Bref, ça saigne beaucoup, sans réelle justification excepté la volonté louable de surenchérir sur la copie du besogneux voisin, l’Italie s’étant découvert une passion récente pour la tripaille.

Le film eut donc l’honneur de figurer sur la liste des video-nasties anglaises, reçu un infâmant classement X aux Etats-Unis et fut totalement interdit en Allemagne durant plusieurs années. Des arguments suffisant pour valoir à HORRIBLE sa réputation, quelque peu usurpée, de classique du gore.

Roublard, Joe d’Amato tente également de conférer une patine américaine au produit, parfois de manière très maladroite ou appuyée. Il convoque ainsi une poignée de notables à un souper spaghetti devant un match de football US. Des scènes inutiles (qu’il est grandement conseillé de zapper en usant de l’avance rapide) permettant simplement d’atteindre la durée réglementaire et d’affirmer ce souhait d’imiter les slashers de la même époque. Les plus distraits auront d’ailleurs constatés, dès l’entame, à quel point le cinéaste lorgne sur le HALLOWEEN de John Carpenter (ponctué d’emprunts à HALLOWEEN 2 pour faire bonne mesure) dans le déroulement de sa linéaire intrigue.

Les invraisemblances criantes et les longueurs, additionnées de baisses de rythme préjudiciables, ne peuvent toutefois pas complètement entamer l’enthousiasme ravivé par des séquences sanglantes imaginatives en dépit de maquillages assez médiocres. Dépassé aujourd’hui, HORRIBLE reste un agréable artefact horrifique des années ’80 qui intéressera sans doute davantage les nostalgiques que les spectateurs actuels biberonnés à SAW et HOSTEL.

La copie proposée par Bach Film fit, pour sa part, couler beaucoup d’encre (virtuelle) suite à l’intégration, pour privilégier une version intégrale, de scènes de qualité déplorables semblant sorties d’une vhs bien usée. Pourtant, ces courts passages sont peu nombreux et, du reste, d’un intérêt limité. Il eut sans doute été plus judicieux de les proposer en bonus sous forme de scènes coupées ou de les laisser dormir dans un tiroir tant les fans frustrés se sont focalisés sur ces plans épars (et finalement assez rares) pour fustiger cette édition. Pour le reste, la copie se révèle des plus correctes. Le master n’a pas été nettoyé et souffre parfois de légères griffures mais celles-ci n’impactent guère le plaisir à revoir HORRIBLE dans des conditions sommes toutes honorables, loin des vhs sombres et neigeuses d’antan.

Si les puristes rechigneront à visionner le métrage dans ces conditions, potables mais loin de la perfection, les amateurs moins pointilleux pourront redécouvrir ce film dans une copie correcte qui reste probablement la meilleure disponible aujourd’hui officiellement. Dans l’attente d’une très hypothétique remasterisation, le dvd Bach Films assure donc le boulot.

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2014