HORROR CANNIBAL 2: MONDO CANNIBAL
Titre: Cannibal World / Cannibal Holocaust 2 /
Cannibal Holocaust: The Beginning / The Real Cannibal Holocaust
Réalisateur: Bruno Mattei
Interprètes: Helena Wagner

 

Claudio Morales
Cindy Matic
Antoine Reboul
Kevin Maxwell
Brad Santana
 
Année: 2003
Genre: Horreur / Aventures / Gore
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Cinéaste bien connu des amateurs de nanars ultra Z, Bruno Mattéi a œuvré dans tous les genres populaires au cours d’une riche carrière. Plus de 50 films (il faut bien les appeler ainsi !) au compteur, de SS GIRLS à L’ILE DES MORTS VIVANTS en passant par VIRUS CANNIBALE, L’AUTRE ENFER, PENITENCIER DE FEMMES, LES RATS DE MANHATTAN, CALIGULA ET MESSALINE, SCALPS, WHITE APACHE, TERMINATOR 2 (sic !), ROBOWAR, STRIKE COMMANDO et CRUEL JAWS, lequel marque la retraite du maître.

Heureusement, la passion du…euh…cinéma…se montre la plus forte et, a 70 ans, Mattei revint pour un ultime baroud d’honneur, tournant frénétiquement à l’approche de la mort. Quinze titres, tous shootés en vidéo, avec un budget riquiqui et sous pseudonyme, se succèdent en cinq ans, jusqu’au décès du « Ed Wood italien », des suites d’une tumeur au cerveau le 21 mai 2007, à l’âge de 75 ans. Depuis ce jour, le Septième Art est un peu moins drôle…

A la fin de sa carrière (et de sa vie), Bruno Mattei décide de retourner sur les terres des cannibales, un sous-genre typiquement italien auquel il n’a pourtant, étonnamment, touché que par la bande, via son incroyable VIRUS CANNIBALE, un zombie movie d’une bêtise abyssale devenu culte auprès des cinéphages les plus pervers. En 2003, Mattei tourne donc LAND OF DEATH (alias HORROR CANNIBAL) et enchaine directement avec un CANNIBAL WORLD (alias HORROR CANNIBAL 2, alias MONDO CANNIBAL) réalisé avec la même équipe et une intrigue tout aussi simpliste, cette fois directement décalquée du chef d’œuvre CANNIBAL HOLOCAUST.

Un plagiat éhonté démontrant le génie de Deodatto par rapport au tâcheron Mattei et qui sorti aux Etats-Unis sous le titre THE REAL CANNIBAL HOLOCAUST et au Japon sous celui de CANNIBAL HOLOCAUST : THE BEGINNING ou, carrément, CANNIBAL HOLOCAUST 2.

Quel est donc le scénario ? Enfin je veux dire l’intrigue ? Ou disons simplement l’argument de ce MONDO CANNIBAL ? Il est simpliste et rappellera sans doute quelque chose à beaucoup d’amateurs de cinéma d’horreur mais l’important n’est pas dans l’histoire mais bien dans la manière de la raconter. Et, avec Bruno Mattei, le spectateur en a pour son argent en matière de Z rigolard.

La journaliste Grace Forsyte découvre la triste réalité de la télévision lorsque son émission de grands reportages, en perte d’audience, est condamnée à disparaître de sa chaine hongkongaise. Voulant offrir au public davantage de frissons pour conserver l’antenne, Grace prend contact avec un anthropologue baroudeur, Bob Morane…euh, non Bob Manson, spécialiste des peuplades cannibales les plus primitives de la terre, lesquelles ne connaissent même pas « les stars ou la télévision ».

Avec une équipe réduite, Grace part pour les jungles de l’Amazonie, décidée à ramener des images chocs concernant les mœurs des anthropophages. Mais, rapidement, appâtée par les bons échos de l’audimat, la journaliste perd tout sens critique et, afin de rendre son émission la plus racoleuse possible, fabrique de faux reportages et multiplie les exactions à l’encontre des populations locales. Celles-ci, bien sûr, finissent par se rebeller et se venger des journalistes de la plus cruelle des manières.

Production d’une ringardise incroyable, MONDO CANNIBALE pille CANNIBAL HOLOCAUST de la première à la dernière seconde (même si Mattei ajoute aussi quelques emprunts à CANNIBAL FEROX pour faire bonne mesure) sans le moindre talent et pas la plus infime trace d’inspiration. Ponctué de déclarations stupides et de répliques affligeantes dans la grande tradition crapoteuse du mondo, saupoudré de ridicules considérations pseudo écologiques et d’une morale absurde (Mattei dénonce l’exploitation de la violence et la bassesse humaine de la téléréalité en se vautrant dans le gore complaisant et la nudité gratuite), MONDO CANNIBAL se révèle, cependant, plus distrayant que le précédent et pénible LAND OF DEATH. Mais cela ne veut quand même pas dire grand-chose…

Visuellement, tout d’abord, MONDO CANNIBAL s’avère d’une pauvreté affligeante et, conséquence d’un tournage en digital à la manière d’un porno basique, l’image est lisse et moche au possible. Le budget étant minimal, les décors sont réduits à leurs seuls éléments signifiants, à la manière du système D instauré par le grand Ed Wood. Par exemple, pour le bureau d’un directeur général d’une chaine de télévision, Bruno Mattei se contentera de placer une table, d’y poser un ordinateur portable et d’empiler quelques bouquins sur des étagères. Pas plus compliqué que ça ricane le cinéaste, lequel se fiche que son décor soit situé au rez-de-chaussée et non au dernier étage d’un gratte-ciel, comme il tente de le faire croire.

Les extérieurs, pour leur part, sont emballés aux Philippines et les figurants locaux, peinturlurés de manières ridicules, mastiquent des steaks hachés couverts de ketchup achetés à la boucherie du coin…La misère même si on note, malgré tout, une poignée de scènes gore artisanales aux maquillages approximatifs mais plaisants, dans la tradition du bis italien des années ’80.

La nudité, pour sa part, reste modérée, les actrices hésitant visiblement à tomber le sous-tif pour permettre aux spectateurs de se concentrer davantage sur leur jeu, lequel est, en un mot…lamentable ! Essentiellement interprété (le mot est fort) par une poignée de débutants déjà has-been, MONDO CANNIBAL se distingue par des performances sidérantes et consternantes, généralement outrées ou à côté de la plaque. Nos braves journalistes sourient ainsi jusqu’aux oreilles en filmant des dépeçages ou des viols, arborant des expressions inappropriées hilarantes au second degré. De grands moments de comique involontaire.

Au terme des 90 minutes réglementaires, Bruno Mattei termine le métrage par un clin d’œil cynique et nous assène une petite morale à présent bien connue des amateurs de « cannibal movies », à savoir que, à bien y réfléchir, le plus sauvage reste l’homme soi-disant civilisé, représenté par un public « abrutis de chips et de bière » comme le précise le directeur de TF1…pardon... de la chaine hongkongaise de télévision.

Plus traditionnel que LAND OF DEATH (et ses affrontements entre militaires et indigènes féroces), MONDO CANNIBAL se révèle un bon gros nanar bien juteux, à réserver exclusivement aux amateurs de Bruno Mattei. En tout cas, aussi nul qu’il soit, le métrage parvient à n’être jamais ennuyeux et c’est déjà un exploit appréciable. A voir cependant en toute connaissance de cause et, pour faire plaisir au cinéaste, avec des chips et de la bière.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011