LES HORREURS DE FRANKENSTEIN
Titre: The Horrors of Frankenstein
Réalisateur: Jimmy Sangster
Interprètes: Ralph Bates

 

Kate O'Mara
Veronica Carlson
Dennis Price
Jon Finch
Bernard Archard
David Prowse
Année: 1970
Genre: Epouvante
Pays: Grande-Bretagne
Editeur  
Critique:

Le brillant scénariste anglais Jimmy Sangster est indissociable des plus grandes réussites de la Hammer, une compagnie pour laquelle il écrivit des classiques tels FRANKENSTEIN S’EST ECHAPPE et LA REVANCHE DE FRANKENSTEIN. Très prolifique durant les années ’60, Sangster se lance dans la réalisation en 1970 avec LES HORREURS DE FRANKENSTEIN puis enchaîne avec LUST FOR A VAMPIRE et SUEUR FROIDE DANS LA NUIT, trois métrages qui témoignent de l’essoufflement de l’épouvante anglaise et de la Hammer.

Rétrospectivement, il parait d’ailleurs surprenant que Sangster ait choisi, pour sa première mise en scène, d’adapter une nouvelle fois les aventures du Baron Frankenstein tant la série de long-métrages précédents, signés Terence Fisher, avait exploré toutes les dimensions du mythe. De plus, alors qu’on espérait une approche novatrice, LES HORREURS DE FRANKENSTEIN se contente de reprendre une intrigue connue et guère inventive dont la seule originalité consiste à donner une part plus importante à l’humour noir et au gore, anticipant timidement sur les ultérieurs CHAIR POUR FRANKENSTEIN ou même RE ANIMATOR.

Le génial Victor Frankenstein, fort en colère envers son père qui le somme de mettre un terme à ses expérimentations médicales, trafique le fusil du paternel et provoque ainsi son décès inopiné. Héritant de la fortune familiale, Victor entre à l’université de Viennes où il engrosse la fille du doyen, causant son renvoi des sphères académiques. Persuadé de sa supériorité intellectuelle, Victor construit son propre laboratoire et reprend ses expériences anatomiques dont le but ultime vise à ramener les morts à la vie.

Sixième variation sur le mythe de Frankenstein produite par la Hammer, ces HORREURS DE FRANKENSTEIN font pâles figures en comparaison de l’excellent LE RETOUR DE FRANKENSTEIN, réalisé quelques mois auparavant par Terence Fisher. En réalité, Sangster livre ici un remake à peine déguisé de FRANKENSTEIN S’EST ECHAPPE dans lequel le rôle de Frankenstein, interprété par Peter Cushing dans les six autres épisodes de la saga, est confié à Ralph Bates. Ce-dernier, actif à la télévision depuis le milieu des années ’60, était à l’époque un des grands espoirs de la Hammer qui voyait dans le jeune et séduisant acteur (tout juste trentenaire) une manière de rajeunir son audience habituelle. En une paire d’années, la Hammer offrit à Ralph Bates la possibilité de figurer en tête du générique de LUST FOR A VAMPIRE, Dr JEKYLL AND SISTER HYDE, SUEURS FROIDES DANS LA NUIT ou UNE MESSE POUR DRACULA, sans d’ailleurs réellement parvenir à faire décoller sa carrière. La Hammer, confiante dans le potentiel de Bates, organisa pourtant des séances photos qui montrent Cushing « passer le relais » à son jeune prétendant. Hélas, LES HORREURS DE FRANKENSTEIN fut un échec commercial et annonça l’inéluctable déclin de la compagnie britannique au cours des années ‘70.

Le principal problème du long-métrage réside dans l’incapacité de Sangster a trouvé le bon mélange entre sérieux, humour noir, mélodrame et horreur sanglante. Le résultat, par conséquent, hésite entre la parodie, l’hommage respectueux au fantastique gothique et les tentatives de modernisme.

Plus ouvertement sanglant et sexualisé que son modèle (FRANKENSTEIN S’EST ECHAPPE), le film de l’apprenti réalisateur commence de manière plaisante et développe une ironie bienvenue durant sa première moitié mais la suite ne se montre pas à la hauteur des attentes. Si Ralph Bates livre une performance de bon niveau, sans toutefois éclipser celle de Peter Cushing, David Prowse (le futur Darth Vador de LA GUERRE DES ETOILES) constitue un piètre substitut à Christopher Lee et transforme la créature en un tueur brutal dénué de la moindre émotion.

La composition, plaisante et enlevée de Bates, s’avère le principal intérêt du film et transforme l’austère Frankenstein en un jeune homme plein d’entrain, séducteur et arrogant. Le savant fou, qui se moque de l’autorité comme des figures reconnues du monde universitaire, cause une vive frayeur à un vieux professeur hypocondriaque avant d’engrosser la fille du doyen. De bons moments à l’ironie efficace. Dommage que, par la suite, LES HORREURS DE FRANKENSTEIN ne poursuive pas dans cette veine iconoclaste et se contente de raconter, une fois de plus, une histoire sans surprise.

Le final, pour sa part, renoue enfin avec l’humour noir et Frankenstein assiste, dépité, à la destruction involontaire de son monstre par une gamine maladroite. Cette conclusion, drôle mais finalement décevante, ne résout rien et laisse en outre le spectateur dans l’expectative, dans l’attente d’une suite, sans doute prévue mais jamais tournée vu les piètres résultats du long-métrage.

Prudente, la Hammer rappela Peter Cushing et Terence Fisher pour un très moyen FRANKENSTEIN ET LE MONSTRE DE L’ENFER qui clôt définitivement cette saga. En dépit des intentions de la Hammer de moderniser cette intrigue balisée, LES HORREURS DE FRANKENSTEIN demeure étonnamment timoré. Le gore est minimal, y compris selon les standards de l’époque, et la nudité peu présente : seul l’humour caustique trahit, parfois, l’appartenance du film aux années ’70.

Bref, mieux vaut revoir les précédentes, et brillantes, adaptations signées Terence Fisher et oublier cette peu convaincante tentative d’un Sangster certainement plus doué comme scénariste que comme metteur en scène.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2015