LES TORTIONNAIRES DU CAMP D'AMOUR 2
Titre: Orinoco: Prigioniere del sesso / Hotel Paradise / Hotel du Paradis
Réalisateur: Edoardo Mulargia
Interprètes: Anthony Steffen

 

Ajita Wilson
Cristina Lay
Luciano Rossi
Stelio Candelli
Gota Gobert
Aldo Minandri
Année: 1980
Genre: Women In Prison / Aventures
Pays: Italie / Espagne
Editeur  
Critique:

Dernier film d’Edoardo Mulargia, HOTEL PARADISE est un banal Women In Prison exotique situé dans la lignée de sa précédente réalisation, LES EVADEES DU CAMP D’AMOUR, au point qu’il fut présenté en France comme une suite au métrage précité, d’où cette appellation approximative de LES TORTIONNAIRES DU CAMP D'AMOUR 2 (ou, parfois, LA FIN DES TORTIONNAIRES DU CAM

P D'AMOUR). Inutile, par conséquent, de chercher un véritable « Tortionnaires du camp d’amour 1 ». En 1985, les Américains compliquent encore la donne et sortent une version remontée de ces deux titres pour accoucher d’un pseudo troisième volet baptisé SAVAGE ISLAND, qu’ils agrémentent d’un quart d’heures de nouvelles scènes impliquant Linda Blair. Une belle escroquerie, à rapprocher, dans un tout autre registre, du fameux SHOGUN ASSASSIN, remontage bidouillé des deux premiers volets de la saga « Baby Cart ». Mais le cinéma bis nous a si souvent habitué à ces traficotages que nous pouvons passer sur cette gentille arnaque et nous concentrer sur la très classique histoire de ces TORTIONNAIRES DU CAMP D’AMOUR 2.

L’action se déroule au cœur de la jungle d’Amérique du Sud, dans un camp de travail où des dizaines de femmes triment sans relâche pour extraire de la fange des émeraudes. Désirant renverser ce régime tyrannique, une poignée de mercenaires menés par Laredo (Anthony Steffen) décident de s’emparer des pierres précieuses et, accessoirement, de libérer les détenues réduites à l’état d’esclaves sexuels.

D’une prévisibilité sidérante, HOTEL PARADISE s’inscrit dans le registre des films tellement linéaires qu’ils en perdent immédiatement tout intérêt. Quoiqu’il se situe dans un environnement exotique, ce long-métrage paresseux se conforme à tous les clichés du « Women In Prison ». Au programme : des détenues exploitées qui ne dédaignent pas des séances de frotti-frotta entre elles pour oublier les rigueurs de l’incarcération, une gardienne lesbienne forcément sadique, des mâtons brutaux et violeurs qui aiment manier le fouet, une traitresse qui dénonce ses copines pour échapper à de nouveaux sévices, etc.

Lors du dernier quart d’heure, HOTEL PARADISE propose la sempiternelle évasion des prisonnières, bien aidées par un commando de mercenaires. Le long-métrage se transforme dès lors en modeste film d’action à petit budget même si le metteur en scène parvient à lui insuffler un minimum d’ampleur et propose un climax riche en fusillades, explosions et violences. Cela ne suffit malheureusement pas à sauver les meubles vu la mollesse qui précède mais cela permet, à tout le moins, de conclure HOTEL PARADISE sur une note légèrement plus positive.

Mulargia, qui navigua au gré des modes comme la plupart de ses collègues de la Péninsule, livra des westerns (W DJANGO), un giallo (TROPIQUE DU CANCER), une comédie érotique (VEUVES EXCITEES), etc. Rien de transcendant mais l’homme dispose cependant d’un minimum de savoir-faire qui évite à ses films l’indigence technique de nombreux besogneux du WIP.

La copie visionnée (« strong uncut ») bénéficie (hum !), en outre, d’une dizaine de minutes « hardcore » disséminées dans le métrage, de médiocres passages pornos insipides et peu érotiques qui ne servent à rien, si ce n’est à diluer davantage l’intérêt déjà vacillant du spectateur. Excepté ses passages inutilement graphiques, HOTEL PARADISE reste timoré, tant au niveau du sexe que des tortures. On note, bien sûr, une flagellation brutale, des scènes de douches, plusieurs viols et l’une ou l’autre condamnées pendues jusqu’à ce que mort s’ensuive mais, comparativement aux fleurons italiens du WIP, HOTEL PARADISE paraitra sans doute bien timide pour les habitués du genre.

Pour un produit de ce style, HOTEL PARADISE s’octroie un casting intéressant et place en vedette le vétéran du western spaghetti (puis du giallo) Anthony Steffen, ici quinquagénaire et en fin de carrière. L’Américain(e) Ajita Wilson, né George Wilson, le (la) célèbre transexuel(le) vue dans une quarantaine de soft et hardcore et Gota Gobert, familière de la naziexploitation, complètent cette distribution hétéroclite aux côtés de Luciano Rossi, un habitué des seconds rôles dans le western, le polar ou le giallo.

Sans surprise, routinier et laborieux, HOTEL PARADISE joue la carte du drame, de l’aventure à l’ancienne, du sexe, de la violence et même de la politique fiction via quelques tirades légèrement incongrues déclamées par un Anthony Steffen qui prend manifestement très au sérieux son rôle de mercenaires révolutionnaires.

Malheureusement, en dépit d’un programme plutôt alléchant, HOTEL PARADISE souffre du pire défaut pour un film d’exploitation : il ennuie. A réserver par conséquent aux inconditionnels des WIP exotiques qui pourront se contenter de ce plat certes comestible mais bien trop fade pour réellement les satisfaire.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2013