LE CHIEN DES BASKERVILLE
Titre: The Hound of the Baskervilles
Réalisateur: Sidney Lanfield
Interprètes: Richard Greene

 

Basil Rathbone
Wendy Barrie
Nigel Bruce
Lionel Atwill
John Carradine
Barlowe Borland
Année: 1939
Genre: Policier / Sherlock Holmes
Pays: USA
Editeur  
Critique:

En 1939, Sherlock Holmes, le prince des détectives, a déjà connu de nombreuses adaptations cinématographiques et divers acteurs l’ont déjà incarné, entre autre Viggo Larsen, George Tréville, Eille Norwood (plus de trente fois durant les années ‘20 !). Le film de Sydney Lanfield succède donc à une centaine (!) d’autres, allant du court au long-métrages, qui mettent en scène Holmes et à une dizaine d’adaptations du roman le plus célèbre de Sir Arthur Conan Doyle, « Le Chien des Baskerville ».

Pour la première fois, Basil Rathbone incarne le fin limier de Baker Street aux côtés de Nigel Bruce, lequel compose un Watson bon vivant, gaffeur et débonnaire, censé apporter l’indispensable élément humoristique afin de contrebalancer la froide logique de Holmes.

Ce dynamique duo revint d’ailleurs dans treize autres productions, d’abord sous l’égide de la Fox pour l’excellent LES AVENTURES DE SHERLOCK HOLMES puis sous celui de la Universal pour les douze aventures suivantes. Ces dernières transposent le personnage dans un monde alors contemporain, celui de la Seconde Guerre Mondiale, et tiennent davantage de la série B.

Cependant, ce premier film déçoit quelque peu les amateurs de déductions policières en se focalisant avec insistance sur le personnage d’Henry Baskerville, joué par le jeune premier Richard Greene (qui fut l’adversaire de Fu Manchu dans les sixties et, surtout, Robin des Bois dans les 143 épisodes d’une série télévisée des années ’50) dont les amours occupent une (trop) large part du temps de projection.

L’intrigue du CHIEN DES BASKERVILLE est, aujourd’hui, bien connue : après la mort de Charles, victime d’une supposée crise cardiaque, l’héritage de la famille Baskerville échoit à son fils Henry. Mais un ami de la famille, le docteur Mortimer, pense que Charles a été victime de la terrible malédiction qui s’acharne sur les Baskerville depuis des décennies. Un chien monstrueux, tout droit sorti de l’enfer, viendrait, en effet, prendre la vie des mâles de la famille et Henry risque d’être sa prochaine victime. Le brave Mortimer rend donc visite à Sherlock Holmes, le fameux et unique détective conseil londonien, pour l’aider à résoudre cette énigme. Pris par ses occupations, Holmes décline l’invitation mais envoie toutefois son assistant, Watson, mener l’enquête auprès du dernier Baskerville…

Relativement fidèle à sa source littéraire, LE CHIEN DES BASKERVILLE éloigne Sherlock Holmes de l’intrigue pour une large partie du métrage, laissant libre cours aux investigations de Watson et, surtout, à la romance naissante entre Henry Baskerville et la mignonne Beryl Stapleton, jouée par Wendy Barrie. Ces intermèdes purement romantiques se révèlent, aujourd’hui, bien niais et d’un intérêt limité, le spectateur attendant impatiemment l’arrivée du plus grand détective de la terre.

Heureusement, une fois Holmes dans la place, le film retrouve son tonus et le rythme s’accélère au fur et à mesure des retournements de situation et des découvertes qui conduisent, peu à peu, Holmes sur la piste du coupable.

Le casting du CHIEN DES BASKERVILLE concourt, pour une large portion, à la réussite de l’entreprise. Basil Rathbone compose un Holmes définitif (auquel seul Jeremy Brett dans la série télévisée des 80 et peut-être Peter Cushing peuvent se mesurer) et Nigel Bruce donne le sourire par son interprétation très enjouée de Watson même si les scénaristes, au cours des épisodes suivants, en firent progressivement un clown gaffeur plutôt qu’un assistant efficace. Deux familiers de l’épouvante (Lionel Atwill et John Carradine) assurent également le lien entre ce Sherlock Holmes et les films fantastiques de l’âge d’or, impression accentuée par le cadre gothique et, surtout, cette lande sinistre et désolée perpétuellement noyée d’un brouillard menaçant.

En dépit de quelques longueurs préjudiciables (essentiellement causées par cette love story aussi prévisible que caricaturale), LE CHIEN DES BASKERVILLE demeure un plaisant divertissement, mené avec rythme, énergie et humour.

Trois quart de siècle après sa réalisation, l’œuvre de Sidney Lanfield reste une des meilleures illustrations du mythe et, même si on peut lui préférer la version plus colorée et horrifique signée par Terence Fisher vingt ans plus tard, le film constitue une belle réussite. A découvrir pour tous les amateurs de Sir Arthur Conan Doyle.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2012