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La série des FRANKENSTEIN, débutée en 1931 par l’excellent métrage de James Whale (suivi du définitif chef d’œuvre LA FIANCEE DE FRANKENSTEIN en 1935) s’est poursuivie avec un certain bonheur par un FILS DE FRANKENSTEIN de bonne tenue et un FANTOME DE FRANKENSTEIN encore très correct. Mais, au milieu des années ’40, le filon du fantastique commence à se tarir et un seul monstre ne suffit plus à assurer le succès d’un métrage. Après FRANKENSTEIN RENCONTRE LE LOUP-GAROU, dans lequel nous retrouvions les deux créatures vedettes promises par le titre, cette petite série B délirante pousse le bouchon encore plus loin en présentant non seulement le Loup-Garou et le Monstre de Frankenstein mais aussi Dracula, un savant fou assassin et son assistant bossu, amoureux transi d’une jolie gitane. Beaucoup pour un seul film, d’autant que l’ensemble dure seulement 67 minutes et propose un scénario partant dans tous les sens pour ressembler au final davantage à un récit à sketches qu’à un produit cohérent. Tout débute dans un pays non identifié d’Europe de l’Est et plus précisément dans une prison où est enfermé le Dr Gustav Nieman (Boris Karloff) et son assistant, le bossu Daniel (J. Carol Naish, lequel – ironie cruelle – termina sa carrière en incarnant le Dr Frankenstein en personne dans le similaire et calamiteux DRACULA CONTRE FRANKENSTEIN de Al Adamson). Nieman se définit comme un disciple de Frankenstein dont il admire les travaux en avance sur leur temps. Malheureusement, la populace n’étant jamais très réceptive aux idées des visionnaires, Nieman a échoué en prison depuis 15 ans pour ses expériences impies. Le savant continue toutefois à promettre à Daniel de lui offrir un nouveau corps d’Adonis le jour où ils quitteront leur geôle. Or, providentiellement, un éclair frappe la cellule et détruit la muraille, permettant à Nieman et Daniel de prendre la poudre d’escampette. Le dynamique duo échoue peu après dans une attraction foraine itinérante menée par un certain Lampini (George Zucco, vu dans LA TOMBE DE LA MOMIE, LA MAIN DE LA MOMIE et LE FANTÔME DE LA MOMIE), lequel se vante de posséder le véritable squelette du comte Dracula. Il ajoute même que si un imprudent ôtait le pieu fiché dans ses os le vampire reviendrait immédiatement à la vie. Nieman voit là une opportunité de se venger des notables du village de Regalberg qui l’avaient jadis condamné à la prison. Lorsque Lampini refuse de changer d’itinéraire, le savant demande à Daniel de le tuer (« yes, master ! ») avant d’endosser son identité. Et les voilà parti pour le petit village de Regalberg. Dès leur arrivée, Nieman et Daniel exhibent leur petit spectacle aux villageois bientôt rejoint par le bourgmestre Hussman en personne, venu s’encanailler en famille tout en riant des attractions proposées. Très en colère, Nieman retire le pieu du squelette de Dracula dès la fin de la représentation et, surprise !, un comte vampire tout habillé (John Carradine) apparaît aussitôt à la place du tas d’os poussiéreux. Le brave Nieman comprend très vite comment tirer partie de la situation et propose à Dracula de veiller sur lui durant la journée en échange de l’extermination des notables du village. Après diverses péripéties, Dracula finit pourtant détruit par les forces du Bien (menée par l’inévitable Lionetl Atwill, lequel fut « le flic » dans quasiment tous les films de monstres de l’âge d’or de la Universal).
Le reste de HOUSE OF FRANKENSTEIN (soit les 30 minutes suivantes) n’aura que peu de rapport avec cette première partie. Nous suivons toujours Nieman et Daniel, lesquels partent alors dans leur roulotte vers le village de Frankenstein afin de retrouver les notes laissées par le baron. En chemin, Daniel se prend d’affection pour une belle bohémienne qui finit par les accompagner dans leur voyage. Nieman s’installe dans la demeure détruite des Frankenstein, découvre la Créature (Glen Strange, réduisant le rôle à celui d’un figurant grognant de manière menaçante) et le Loup Garou Larry Talbot, tous deux pris dans les glaces depuis leur duel à la fin du précédent film. Pour d’obscures raisons (« ils peuvent nous être utiles » annonce le scientifique d’un ton sentencieux), Nieman décide de ramener à la vie les deux monstres. Larry Talbot (un Lon Chaney Jr bien empâté), dès son réveil, commence à se plaindre de sa terrible malédiction lunaire mais prend toutefois le temps de compter fleurette à la jolie bohémienne dont le bossu Daniel est tombé amoureux. D’où grosse colère de celui-ci d’autant que Nieman se propose de transférer le cerveau de ses anciens ennemis dans les corps du Monstre et du Loup Garou (rire cruel et sardonique de rigueur !). Daniel, jaloux de Talbot, eut pour sa part préférer obtenir le corps de l’Homme Loup afin d’aller rouler dans les foin avec sa chaudasse de gitane. Bref, tout finira mal, d’autant que, comme d’habitude, les paysans locaux partent vers le château de Frankenstein armés de fourches et de torches en poussant des cris de révolutionnaires un soir de 14 juillet.
Revu aujourd’hui HOUSE OF FRANKENSTEIN procure un certain plaisir pervers mais ne peut masquer une véritable tristesse devant une si riche mythologie transformée en attraction de train fantôme. Dracula joue les utilités, sortant de son cercueil pour commettre quelques méfaits avant de retomber en poussière, le Monstre n’est qu’un épouvantail sans émotion s’agitant vainement et le Loup Garou se contente de se lamenter sur l’horrible malédiction qui l’accable. Quand aux gitans et à l’assistant bossu, ils donnent, tout au plus, un peu de couleur « traditionnelle » à une intrigue relâchée. Chaque personnage, en fait, vient effectuer un petit tour de piste, pousse quelques cris effrayants, s’agite un peu et retrouve rapidement un statu quo, tout rentrant dans l’ordre jusqu’au film suivant, un HOUSE OF DRACULA qui reprendra les mêmes protagonistes dans des situations similaires. Malheureusement, en dépit de la présence de trois monstres vedettes, le scénario de Curt Siodmak peine à présenter une véritable bataille royale entre Dracula, Le Loup Garou et le Monstre. Le premier disparaît du métrage après une apparition éclair et les deux autres attendent patiemment la fin du film pour retrouver un peu de vigueur, le Loup Garou étant surtout pressé de culbuter la charmante gitane alors que le Monstre passe l’essentiel du film allongé sur une table d’opération dans l’attente d’un transfert de cerveau. Cependant, malgré tous ses défauts, HOUSE OF FRANKENSTEIN garde un certain charme et se montre relativement soigné. La mise en scène assure l’essentiel en privilégiant un spectacle tonique et rythmé laissant peu de place au moindre temps mort. Si Boris Karloff se montre à son avantage, Lon Chaney Jr ne fait pas de miracle mais utilise ses acquis dans le rôle du Loup Garou tandis que J. Carol Naish cabotine joyeusement. John Carradine tente de son côté d’impressionner le public (sans grand succès) avec son chapeau haut de forme et Glen Strange, pour sa part, n’est guère plus qu’un figurant portant l’encombrante défroque de la Créature. Toute production un peu bâclée et sans ambition que soit cet HOUSE OF FRANKENSTEIN, le spectacle, même bancal, reste gentillet et sa durée extrêmement réduite permet de faire passer la pilule, même si tout cela ne vole pas bien haut. Bref, un petit divertissement finalement plus sympathique que honteux propre à divertir les nostalgiques du fantastique à l’ancienne.
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Fred Pizzoferrato - Aout 2009 |
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