HOUSE OF THE DEVIL
Titre: House of the devil
Réalisateur: Ti West
Interprètes: Jocelin Donahue

 

Tom Noonan
Mary Woronov
Greta Gerwig
Dee Wallace
AJ Bowen
 
Année: 2009
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Précédé d’une réputation des plus enviables, HOUSE OF THE DEVIL se définit comme un retour au fantastique et à l’épouvante des années 80 via une intrigue simple à l’efficacité maximale.

Sam est une étudiante comme les autres supportant de plus en plus difficilement la cohabitation avec sa « camarade » de chambre. Décidée à louer son propre appartement, la jeune fille cherche désespérément un moyen de gagner quelques dollars. L’annonce laissée par un certain Mr Ulman, lequel recherche une baby-sitter, attire finalement son attention. Après une série de rendez-vous manqués, Sam décide de se rendre chez Mr Ulman. Son amie Megan accepte de la conduire jusque la demeure isolée perdue en pleine forêt en lui disant que si les choses sont étranges elles repartiront aussitôt.

Les époux Ulman semblent gentils et attentionnés, quoique plutôt bizarres. Ils apprennent à Sam qu’il ne s’agit pas de baby-sitting à proprement parler mais plutôt de surveiller la mère infirme de Madame Ulman, confinée dans sa chambre. Après avoir renégocié son salaire à la hausse et obtenu 400 dollars pour une soirée de travail, Sam accepte de s’occuper de la vieille dame alors que les Ulman partent observer le grand événement de la nuit, à savoir une éclipse totale de la lune. Mais serait il possible que la virginale demoiselle soit destinée à un sacrifice humain ?

HOUSE OF THE DEVIL tente de renouer avec la définition même de l’épouvante et adopte un rythme lent et posé qui pourrait en rebuter certain. Quelques séquences, essentiellement lors des 30 premières minutes, paraissent ainsi légèrement tirées en longueurs en dépit de louables tentatives pour donner un minimum d’épaisseur au personnage principal, joué avec beaucoup de conviction par la mignonne Jocelin Donahue.

HOUSE OF THE DEVIL tranche donc radicalement avec les tentatives récentes du cinéma horrifique qui désirent en mettre immédiatement plein la vue aux spectateurs. Ici pas d’excès de gore, pas de scène de torture au bout de la cinquième minute de projection et pas de vannes pseudo humoristiques semblant toutes droit sortie d’un quelconque AMERICAN PIE. Ti West, lui-même né en 1980, et responsable précédemment du piteux THE ROOST, privilégie en effet une approche nuancée qui s’inspire du cinéma de Roman Polanski (et de ROSEMARY’s BABY en premier lieu, bien sûr) ou même d’HALLOWEEN pour bâtir un suspense solide.

Pour se rapprocher des classiques des années 80, HOUSE OF THE DEVIL propose également, dès son générique, un style typique de cette période : musique référentielle, carton affirmant que 70% des Américains croient en l’existence de cultes sataniques et générique constitué d’une série d’images fixes. Les éléments les plus signifiants de cette décennie (coiffure, vêtements, cabine téléphonique à pièces, walkman,…) répondent eux aussi présents pour situer l’intrigue dans la première moitié des eighties. Seul les quinze dernières minutes, plus démonstratives, adoptent une tonalité plus moderniste en jouant plus franchement la carte du gore, toutefois sans véritables excès. Le rythme s’accélère alors que le final se rapproche, se permettant une petite révélation probablement quelque peu attendue mais néanmoins efficace et bien amenée.

A noter que les producteurs ont poussé le vice jusqu’à sortir le film en VHS, ce qui n’était plus arrivé depuis la sortie de A HISTORY OF VIOLENCE en 2005.

Outre la talentueuse débutante Jocelin Donahue, le film se paie aussi la présence de l’impressionnant Tom Noonan, lequel jouait le maniaque Ripper opposé à Schwarzenegger dans LAST ACTION HERO et que l’on vit également dans MANHUNTER, F/X, WOLFEN ou ROBOCOP 2. Une très belle composition, suave et lourde de menaces, bien secondée par une Mary Woronov qui fut jadis la Calamity Jane du film culte DEATH RACE 2000 de Paul Bartel. Enfin, citons la participation sans doute « amicale » de l’icône des années ’80 Dee Wallace (E.T., CUJO, CRITTERS, LA COLLINE A DES YEUX, HURLEMENTS,…) dans un rôle très secondaire.

Très référentiel, HOUSE OF THE DEVIL frôle souvent le simple exercice de style et demande un minimum d’implication et de patience au spectateur, lequel pourra s’agacer d’une construction dramatique très lente, mais constitue en définitive une sympathique réussite. Tous les amateurs de cinéma horrifique ayant grandi en louant d’innombrables séries B sur les étagères des vidéo clubs entre 1982 et 1987 devraient se réjouir de cet hommage sincère et sans prétention, suffisamment angoissant et divertissant pour mériter une vision attentive.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2010