FLAGELLATIONS
Titre: House of Whipcord
Réalisateur: Pete Walker
Interprètes: Barbara Markham

 

Patrick Barr
Ray Brooks
Ann Michelle
Sheila Keith
Dorothy Gordon
Robert Tayman
Année: 1974
Genre: Comédie / Horreur / Women In Prison / Thriller
Pays:  Grande Bretagne
Editeur  Artus (blu ray)
Critique:

Cinéaste devenu « culte », Pete Walker fut, de la fin des années ’60 au début des années ’80, un des principaux pourvoyeurs britanniques de l’exploitation. Ayant débuté avec une bande érotique au titre prometteur (L’ECOLE DU SEXE), Walker proposa, par la suite, une quinzaine de long-métrages, alternant les films sexy (comme FOUR DIMENSIONS OF GRETA, proposé en trois dimensions) et l’horreur avec DIE SCREAMING MARIANNE, LE THEATRE DE L’ANGOISSE, FRIGHTMARE, THE COMEBACK ou le « giallo » SCHIZO. Après un dernier film nostalgique rassemblant les principales stars de l’épouvante (HOUSE OF THE LONG SHADOWS), Pete Walker quitte le métier, en 1983, alors qu’il n’a que 43 ans.

Ironiquement dédié « à tous ceux qui trouvent notre morale trop laxiste et souhaitent le retour des châtiments corporels », FLAGELLATIONS (plus connu sous son titre original de HOUSE OF WHIPCORD) constitue une plaisante variation sur le thème des « Women In Prison », laquelle joue davantage la carte de l’humour noir que celle de l’horreur graphique.

La top modèle française Anne-Marie Di Verney est condamnée à une légère amende pour avoir accepté de poser nue en public. Peu après elle rencontre, lors d’une soirée, le séduisant Mark E. Desade (hum !), lequel invite la demoiselle à le rejoindre pour le week-end dans sa vaste propriété. Une fois arrivée, Anne-Marie tombe aux mains d’une étrange bande d’illuminés dirigés par l’autoritaire Madame Wakehurst et un certain juge Bailey. Estimant que la société moderne bafoue la morale par son laxisme et sa décadence, le Juge, aidé par une poignée de dames en apparence respectable, dirige un tribunal privé visant à « réformer » les jeunes dépravées. Enfermées et soumises à une discipline de fer, les « filles perdues » doivent réapprendre, à la dure, les règles de moralité élémentaire. La première incartade conduit à deux semaines d’isolement, la seconde à une cruelle flagellation… et la troisième à la mort par pendaison !

Attaque virulente à l’encontre du puritanisme, spécialement lorsqu’il est soutenu par une idéologie nourrie de religiosité (ici le catholicisme), HOUSE OF WHIPCORD parait étonnamment moderne. Outrancier à l’époque de sa sortie, il semble, par contre, pratiquement plausible quarante ans plus tard, à l’heure où certains estiment naturel d’injecter aux textes de lois des considérations puisées dans une quelconque religion.

Dans des rôles pouvant facilement sombrer dans le ridicule, les acteurs se révèle, dans l’ensemble, convaincants, en particulier Barbara Markham, laquelle incarne la directrice de prison Wakehurst, librement inspirée par Mary Whitehouse. Cette dernière, lançant dans les années ’60, une campagne contre la « société permissive », multiplia les attaques contre la sexualité (surtout homosexuelle), la pornographie, la violence dans les médias, les séries télévisées (même l’institution britannique « Dr Who » n’y échappa pas) et, bien sûr, les films d’horreur. Une cible de choix pour Pete Walker qui n’hésite pas à la personnifier en matrone allant jusqu’à l’emprisonnement, la torture et le meurtre pour imposer ses vues !

Obsédée par la décadence morale personnifiée par des nymphettes libérées (« ces filles sont des animaux », déclare t’elle), soucieuse de les humilier et de réprimer leur sexualité (« je te rendrais honteuse de ton corps »), la directrice, à l’image de ses complices déments, déteste les femmes, une position qui parait remonter à la Bible et au mythe d’une Eve menant les Hommes au péché.

Pete Walker privilégiant la critique sociale sarcastique, les aspects de pure exploitation paraissent, eux, en retrait : la nudité reste timide et la violence modérée par rapport aux standards du genre. HOUSE OF WHIPCORD se conforme néanmoins aux codes du Women In Prison en présentant quelques tortures, une scène de douche et, durant le dernier tiers, une évasion des prisonnières désireuses d’échapper à leurs tourmenteurs.

Dommage que le cinéaste se sente obliger d’ajouter à sa caustique parabole politique une sous-intrigue proche du polar voyant une amie de la disparue partir à sa recherche et découvrir, après enquête, l’existence de la « maison de correction ». Un peu cliché même si Pete Walker mène suffisamment bien sa barque pour maintenir l’attention du spectateur.

Beaucoup plus convaincants sont, toutefois, les éléments fantaisistes, nourris des rumeurs de traite des blanches, alors largement répandues, qui transforment HOUSE OF WHIPCORD en une œuvre empreinte de sadisme mais à l’humour constant, ne serait ce que par le patronyme du héros, Mark E. Desade ! 

En dépit d’un budget restreint, Pete Walker emballe efficacement son métrage et l’originalité de l’intrigue compense les faiblesses pour aboutir à une œuvre rythmée et estimable, en tout cas surprenante.

Alors que les visuels laissent présager une œuvre d’exploitation pure (dans la veine alors fructueuse des ILSA et de leurs dérivés), HOUSE OF WHIPCORD se révèle, finalement, davantage une comédie noire à l’ironie mordante ponctuée de rares séquences chocs. Sans être un chef d’œuvre, le film de Pete Walker, entre drame politique, thriller horrifique, comédie grinçante et « Women In Prison » sadique mérite coup d’œil pour les curieux.

Enfin édité en blu ray par Artus, le film bénéficie d'une belle copie et surtout d'un copieux bonus d'une heure où David Didelot nous détaille la carrière de Pete Walker.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2018