HURLEMENTS
Titre: The Howling
Réalisateur: Joe Dante
Interprètes: Dee Wallace

 

Patrick Macnee
Dennis Dugan
Christopher Stone
Belinda Balaski
John Carradine
Kevin McCarthy
Année: 1981
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Réalisé au tout début des années 80, HURLEMENTS reprend, en les peaufinant, les recettes du précédent métrage de Joe Dante, PIRANHAS, en usant d’un semblable mélange d’humour, d’horreur et de références cinéphiliques plus ou moins évidentes. A la même époque sorti un autre métrage mettant en scène des loups-garous, le superbe LOUP GAROU DE LONDRES de John Landis, lequel adoptait une approche à la fois moderne et traditionnel. Moderne par l’inclusion de davantage d’horreur, de sexe et d’humour, traditionnel par le déroulement de son intrigue centrée sur le personnage du lycanthrope, figure tragique par excellence du cinéma d’épouvante.

En effet, si les vampires jouissent souvent de leur condition, les loups-garous se sont toujours lamentés de la malédiction qui pèse sur ses épaules poilues. Du MONSTRE DE LONDRES à la saga du LOUP-GAROU joué par Lon Chaney Jr en passant par LA NUIT DU LOUP GAROU de Terence Fisher, LA LEGENDE DU LOUP GAROU de Freddie Francis et l’interminable sage consacrée à EL HOMBRE LOBO, les métrages consacrés aux loups-garous suivaient jusqu’alors un schéma similaire. Joe Dante bouleverse les conventions et livre, pour sa part, une intrigue très différente basée sur le roman homonyme de Gary Brandner.

L’intrigue suit d’abord les pas d’une jeune journaliste de la télévision, Karen White (jouée par Dee Wallace, vue précédemment dans LA COLLINE A DES YEUX de Wes Craven et que l’on retrouvera ensuite dans E.T., CUJO, CRITTERS et POPCORN) qui tente de coincer un tueur en série prénommé Eddie. Karen finit par rencontrer Eddie dans un cinéma porno et le maniaque agresse la jeune femme, laquelle est sauvée par deux policiers qui abattent Eddie. Traumatisée par cette expérience, Karen ne parvient pas à se souvenir de ce qui s’est réellement passé dans le cinéma et elle ne parvient plus à assumer son travail correctement. Sur les conseils de son mari et d’une de ses amies, Karen se rend finalement chez le célèbre psychiatre George Waggner (interprété par Patrick Macnee, alias John « chapeau melon » Steed) qui lui conseille de prendre un peu de repos dans un endroit appelé « la colonie » situé à la campagne. Mais Karen découvre peu à peu que les personnes résidant à la « colonie » cachent un terrible secret.

HURLEMENTS peut être considéré comme un des classiques du film de loup-garou et en dépit d’un méchant coup de vieux, il continue de posséder un intérêt certain pour les amateurs. Tout d’abord les créatures sont très réussies, réellement animales et menaçantes alors que les lycanthropes vus précédemment ressemblaient souvent à des types déguisés en chien.

Les acteurs, pour leur part, sont convaincants et on retrouve avec plaisir un certain nombre de figures familières du genre comme Patrick Macnee, Dee Wallace, Christopher Stone (le futur mari de Dee Wallace, décédé en 1995, a surtout joué pour la télévision), l’éternel vétéran John Carradine, la belle Belinda Balaski (vue dans SOUDAIN…LES MONSTRES, CANNONBALL, PIRANHAS, GREMLINS, etc.), Kevin McCarthy (L’INVASION DES PROFANATEURS, PIRANHAS), Robert Picardo (ensuite rendu célèbre par ses rôles récurrents dans les séries « Star Trek : Voyager » et « Stargate ») sans oublier les caméos de Forrest J. Ackerman, Dick Miller, John Sayles et Roger Corman. Bref, des interprètes solides qui campent des personnages intéressants (même si certains auraient grandement mérités davantage de développement) avec une vraie conviction. Dommage toutefois qu’Elisabeth Brooks, aussi belle soit-elle, peine à convaincre dans son rôle de nymphomane lycanthrope et que Dee Wallace ne parvient jamais vraiment à se montrer totalement crédible dans les passages les plus dramatiques.

L’intrigue, pour sa part, est intéressante et relativement bien menée même si on peut clairement lui reprocher un manque de rythme surtout perceptible durant les trois premiers quarts d’heures. Le suspense et le mystère (éventé à notre époque) devaient bien fonctionner à la sortie d’un métrage qui laissait planer le doute sur l’identité des « monstres ». Les séquences de transformation sont, elles, très impressionnantes et, à l’époque, se plaçaient clairement dans le haut du panier (même si LE LOUP GAROU DE LONDRES allaient objectivement les dépasser !). Aujourd’hui certains procédés (les poches gonflables) semblent un peu limite mais la mise en scène de Joe Dante, jouant efficacement du montage et des zones d’ombre, assurent encore leur efficacité.

Quelques passages restent très réussis, en particulier la transformation de Robert Picardo et la très chaude scène de sexe au coin du feu qui vire au bizarre complet lorsque les amants commencent à laisser parler la bête cachée en eux. Rob Bottin livre là quelques prodiges de maquillages « de plateau » qui possèdent une authenticité brute inégalable par les techniques plus modernes de l’image de synthèse. Photographie, musique et réalisation sont, enfin, de qualité et emballés avec un véritable professionnalisme. L’humour est discret mais bien présent, ainsi que les clins d’œil comme les noms de la plupart des personnages, tous empruntés à des cinéastes ayant, un jour ou l’autre, commis un film de loup-garou.

Difficile de toucher à un métrage comme HURLEMENTS qui a depuis 25 ans acquis un statut de classique, voire de chef d’œuvre. Pourtant il faut admettre que l’ensemble ne fonctionne plus aussi bien aujourd’hui qu’à sa sortie, l’ennui pointant parfois durant une première partie assez languissante. Enfin, même si Joe Dante n’y est pour rien, les séquelles successives ont fortement atteint la réputation de l’œuvre originale, la plupart étant d’une rare médiocrité, seuls les chapitres IV et VI possèdent un minimum d’intérêt, le 5 étant très moyen et les II, III et VII repoussant les limites du grotesque et de la nullité.

En conclusion, HURLEMENTS garde suffisamment d’atout pour mériter une vision attentive mais l’intérêt de ce métrage s’est aujourd’hui en partie émoussé.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2009