HUMAINS
Titre: Humains
Réalisateur: Jacques-Oliver Molon et Pierre-Olivier Thevenin
Interprètes: Lorent Deutsch

 

Sara Forestier
Dominique Pinon
Manon Tournier
Philippe Nahon
Élise Otzenberger
 
Année: 2008
Genre: Aventures / Survival / Horreur
Pays: France
Editeur  
Critique:

Réalisé par les deux maquilleurs Jacques-Oliver Molon et Pierre-Olivier Thevenin (ayant entre autre œuvrés sur A L’INTERIEUR), ce premier essai de mise en scène se révèle malheureusement décevant en dépit d’un à priori plutôt favorable.

L’intrigue suit le professeur Schneider, son fils Thomas et son assistante, la belle paléontologue Nadia (accessoirement l’ex de Thomas) parti dans le Lötschental dans les Alpes suisses pour enquêter sur une fabuleuse découverte scientifique. Le professeur Schneider, en effet, soutient la thèse généralement jugée fantaisiste par ses collègues, que l’Homo Sapiens n’est pas l’unique espèce intelligente (enfin c’est vite dit !) sur terre. Sur place, nos trois scientifiques tombent sur une famille recomposée : Gildas, sa fille et sa nouvelle épouse, en vacances pour assister au fameux carnaval du Lötshental. Les touristes en panne et les savants, victimes d’un accident de voiture, vont donc devoir se serrer les coudes pour échapper à de mystérieuses créatures tapies dans la montagne.

Depuis quelques années la France tente de s’imposer sur le marché de l’horreur et des titres comme HAUTE TENSION, A L’INTERIEUR et MARTYRS ont définitivement prouvés qu’un cinéma français extrême et efficace était possible au pays de Descartes. Certes les productions BeeMovies et le décevant FRONTIERE(S) avaient quelques peu tempérer les ardeurs des cinéphiles mais HUMAINS s’annonçait néanmoins prometteur : déclinaison du survival agrémenté d’un élément fantastique, thriller et récit d’aventures. Bref, une œuvre voulue dans la lignée des classiques DELIVRANCE ou LA COLLINE A DES YEUX. Et c’est hélas peu dire que les deux cinéastes tentent maladroitement de se positionner en dignes héritiers de ces récits des seventies sans jamais parvenir à se hisser au-delà d’une sorte de mélange pesant d’influences mal digérées. Dès le départ, HUMAINS essaie pourtant de jouer la carte de l’efficacité en se privant justement de l’élément primordial aux classiques précités : l’implication du spectateur via une caractérisation intéressante des personnages.

Le métrage va donc droit à l’essentiel en schématisant à outrance sa maigre galerie de protagonistes, expédie en trois lignes son alibi scientifique et tente de terrifier en recourant au cliché des présences menaçantes rodant autour de nos infortunés égarés. Qui sont ces créatures ? Des hommes préhistoriques maintenus en vie par les autochtones qui leur offrent de la viande fraiche et des femelles à engrosser en échange d’une aide assez nébuleuse. Mais pour arriver à cette fracassante (!) révélation HUMAINS met une bonne heure et veut se la jouer film d’aventures tendu au suspense implacable tandis que les répliques stupides et les rebondissements éculés tirent davantage l’ensemble vers une séquelle des RANDONNEURS voire des BRONZES FONT DU SKI.

Les acteurs, pourtant chevronnés, font ce qu’ils peuvent mais semblent tous s’ennuyer un brin, essayant de donner vie à des caricatures de personnages brossés à gros traits. C’est bien simple, on ne croit pas à ces héros, on ne croit pas à ce qui leur arrive et on ne tremble jamais pour eux. Les dialogues versent assez rapidement dans le comique involontaire et les interprètes n’hésitent pas à donner dans l’hystérie contrôlée en criant très fort, en lançant des « putain ! » ou en s’agitant pour générer une impression de panique.

Les scènes embarrassantes s’enchaînent donc mollement, en particulier la traversée du torrent, moment incontournable du film d’aventures montagnard et grand moment de frousse souhaitée. Dommage que le torrent en question paraisse à peine plus impressionnant qu’une attraction de style « rivière sauvage ». L’arrivée des hommes de Neandertal mal fagotés et maquillés comme dans un ersatz italien de LA GUERRE DU FEU du début des années 80 ne parvient pas vraiment à sauver le métrage mais, au moins, la dernière demi-heure adopte enfin un minimum de rythme.

Histoire de se démarque, les deux cinéastes se refusent à la « facilité » du gore et usent donc d’une suggestion déplacée tant la tension se révèle toujours absente. Les révélations et retournements de situation se succèdent cependant mais HUMAINS ressemble alors, plus que jamais, à une suite de clichés. Reste la beauté des paysages qui sauve ce qui peut l’être, à savoir pas grand chose Attendu avec espoir, HUMAINS se révèle donc être une terrible déception que l’on se prend finalement à trouver vaguement sympathique, à l’image des bisseries de Bruno Mattéi ou Andrea Bianchi.

Les cinéastes visaient surement plus haut mais il n’existe malheureusement qu’une seule façon d’aborder ce ratage et d’y prendre un certain plaisir : le prendre pour un nanar rigolo et sans prétention !

Présenté au BIFFF - Festival International du Film Fantastique de Bruxelles - en avril 2009

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2009