JE SUIS UN MONSTRE
Titre: I, Monster
Réalisateur: Stephen Weeks
Interprètes: Christopher Lee

 

Peter Cushing
Mike Raven
Richard Hurndall
George Merritt
Susan Jameson
Kenneth J. Warren
Année: 1971
Genre: Fantastique
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Cette obscure production de la Amicus revisite fidèlement le roman Dr Jekyll and Mr. Hyde même si, pour des raisons inexplicables, les noms des principaux protagonistes ont été changé. Le docteur Jekyll devient ainsi Marlowe et Hyde se voit renommé Blake. L’intrigue, elle, reste fidèle au texte de Robert Louis Stevenson (crédité au générique) et même davantage que la plupart des adaptations cinématographiques antérieures. Un classicisme estimable mais également embarrassant lorsqu’on compare ce I, MONSTER au brillant et novateur Dr JEKYLL AND SISTER HYDE tourné la même année par la Hammer.

Londres, en 1906. Le scientifique Charles Marlowe, intéressé par les travaux de Freud, tente de percer les secrets de la nature humaine. L’Homme est il naturellement bon puis corrompu par la société comme certains le prétende ou, au contraire, existe-t-il des individus mauvais depuis leur plus jeune âge ? Après une discussion sur l’inné et l’acquis, le psychologue expérimente une drogue visant à supprimer les barrières mentales et autres inhibitions afin d’accélérer le processus de traitement et se passer des longues et fastidieuses analyses thérapeutiques vantées par Freud. Après un essai raté ayant transformé son chat en un redoutable prédateur, Marlowe se sent prêt pour une nouvelle injection. Une de ses patientes, à la sexualité réprimée, devient une chaude nymphomane dont le bon docteur profite langoureusement avant de lui injecter l’antidote. Après divers tentatives concluantes, le médecin se sent suffisamment confiant pour se prendre lui-même comme cobaye. Hélas, il devient rapidement accro à sa drogue, laquelle libère les côtés les plus sombres de sa personne, incarné par son maléfique alter-ego, Mr Blake.

I, MONSTER, malgré un scénario intéressant, souffre, hélas, d’une grande paresse d’exécution qui rend le métrage bavard et languissant. En dépit d’une durée ridiculement basse (à peine 75 minutes), le film se traine péniblement et se montre inutilement explicatif, choisissant souvent de raconter les événements via le dialogue plutôt que par l’image. D’autres éléments du script, plutôt intéressants, comme la dégradation progressive de Mr Blake (empruntée sur le principe au « Portrait de Dorian Gray ») sont, en outre, peu utilisés.

Le peu connu Stephen Weeks signe ici la première de ses quatre réalisations (la plus connue étant sans doute la dernière, L’EPEE DU VAILLANT, tournée en 1984) et peine à donner du rythme à ce I, MONSTER désespérément plat. D’autant qu’à l’origine, le métrage a été tourné en utilisant un procédé 3-D peu onéreux qui produit, par le placement de la caméra, un « Pulfrich effect » (nécessitant pour être apprécié des lunettes dont le verre droit est teinté). Cette option fut finalement abandonnée par les producteurs mais beaucoup de scènes furent cependant tournées de cette manière et possèdent, par conséquent, les « tics » coutumiers du cinéma en relief, essentiellement des objets destinés à jaillir de l’écran ou placés au premier plan pour « surgir » devant le spectateur. Un gadget visant, peut-être, à masquer la médiocrité du produit et aujourd’hui amusant à redécouvrir, certains effets tridimensionnels surprenants donnant au métrage un côté sympathique indéniable. Malheureusement, cela ne suffit pas vraiment à rendre I, MONSTER réussi même si l’interprétation, toujours impeccable, des deux stars de l’épouvante (Christopher Lee et Peter Cushing) sauve, en partie, les meubles.

Adaptation peu concluante d’une histoire déjà trop vue pour générer la moindre surprise, I MONSTER se révèle une déception et ne pourra intéresser que les inconditionnels de Lee et Cushing, lesquels apprécieront leurs belles performances au sein d’un métrage sinon globalement raté. Reste toutefois, pour les curieux et les nostalgiques, de plaisants effets 3D.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2014