I SAW THE DEVIL (J'AI RENCONTRE LE DIABLE)
Titre: Akmareul boatda / I Saw the devil
Réalisateur: Jee-woon Kim
Interprètes: Byung-hun Lee

 

Min-sik Choi
Gook-hwan Jeon
Ho-jin Jeon
San-ha Oh
Yoon-seo Kim
 
Année: 2010
Genre: Thriller / Horreur
Pays: Corée
Editeur  
Critique:

Précédé d’un buzz conséquent, de critiques souvent dithyrambiques et d’une réputation sulfureuse, conséquente d’une censure pour “atteinte à la dignité humaine” dans son pays natal, I SAW THE DEVIL est le dernier né des thrillers horrifiques coréens à base de vengeance et de tueur en série.

Succédant à SYMPATHY FOR Mr VENGEANCE, MEMORIES OF MURDER, THE CHASER et quelques autres, le métrage de Kim Jee-won (célèbre pour l’excellent DEUX SŒURS et le déjanté LE BON LA BRUTE ET LE CINGLE) ne se montre, malheureusement, pas tout à fait à la hauteur des espoirs suscités.

Pour commencer, l’intrigue ne cherche pas vraiment à innover et nous présente un jeune policier, Soon-hyun Kim, dont la fiancée, Joe-yeon, vient d’être brutalement assassinée par un tueur en série sadique. Décidé à faire souffrir le meurtrier « dix milles fois plus », le policier prend deux semaines de congé et obtient du père de sa défunte compagne la liste de quatre suspects possibles. Soon-hyun Kim agresse les deux premiers, les brutalise et les force à confesser leur crime à la police par la torture.

Le troisième suspect, le chauffeur de bus scolaire Gyongchul Jang, s’avère le coupable du meurtre de Joe-yeon. Découvert par le policier alors qu’il s’apprête à tuer une nouvelle jeune fille, Gyongchul Jang est passé à tabac mais Soon-hyun Kim se refuse à l’achever. A la place, il le force à avaler un traceur et le piste dans sa vie quotidienne, surgissant régulièrement pour infliger les pires souffrances au serial killer. Mais ce-dernier finit par comprendre la situation et renverse à son avantage un jeu du chat et de la souris échappant à tout contrôle…

Avec I SAW THE DEVIL, le cinéaste Kim Jee-won pousse à son paroxysme un schéma classique du « vigilante movie » montrant un quidam se transformer en justicier mais dont les actes, de plus en plus extrêmes, le rapprochent inexorablement de ses proies. De UN JUSTICIER DANS LA VILLE à DEATH SENTENCE, le cinéma de genre s’est souvent amusé à dépeindre de tels héros ambigus mais, dans I SAW THE DEVIL, le policier revanchard s’acharne sur une seule victime, le responsable du meurtre de sa fiancée, qu’il va impitoyablement traquer et torturer.

Une idée simple mais forte laissant augurer un suspense prenant et une violence gore brutale. Hélas, en dépit de ses indéniables qualités, le film de Kim Jee-won manque de punch pour tenir en haleine durant plus de 2 heures et vingt minutes. Cette durée excessive accentue, en effet, l’impression générale d’un film tournant rapidement en rond, la partie centrale constituant un véritable ventre mou particulièrement répétitif. Durant trois quart d’heures, le film offre un schéma sans surprise et lassant : le criminel s’apprête à frapper, le flic surgit et le tabasse, le laisse à moitié mort et s’éloigne, prêt à recommencer ce petit jeu encore et encore.

Il faut attendre près de cent minutes pour voir I SAW THE DEVIL redevenir intéressant, le tueur renversant alors la donne pour devenir chasseur et non plus chassé. Très lent, le métrage adopte un rythme peu adapté au sujet, que l’on espérait plus nerveux et rentre-dedans.

La vraisemblance, pour sa part, n’est pas la préoccupation première du réalisateur qui dépeint l’habituelle police incapable de boucler un tueur en série suprêmement intelligent qu’un flic novice va, lui, retrouver en quelques jours. Le basculement progressif du héros dans une folie de vengeance mettant bien des innocents en danger se révèle, pour sa part, à peine effleurer par Kim Jee-won, lequel se focalise sur des éclairs de violence cruels, proches du torture-porn. Notons toutefois que la supposée extrême brutalité du métrage reste largement dans les limites acceptables (et bien en deçà de nombreuses productions similaires), laissant penser que la censure fut davantage gênée par le côté amoral du héros que par ses actions graphiques.

Au niveau des interprètes, Min-silk Choi (OLDBOY) se montre convaincant mais son personnage de serial killer semble insuffisamment développé et confiné à une passivité un peu problématique durant la quasi-totalité du temps de projection. Byung-hun Lee, pour sa part, reste froid et unidimensionnel, sa plongée progressive dans les ténèbres étant à peine esquissée.

Linéaire et prévisible, I SAW THE DEVIL essaie, dans ses dernières minutes, d’humaniser le psychopathe et de brouiller les pistes entre le flic justicier et sa victime serial killer mais cette tentative méritoire survient sans doute trop tardivement pour parvenir à convaincre, d’autant qu’elle n’a rien de franchement originale dans le domaine du « vigilante movie ». Le climax, attendu, reste efficace mais aucune surprise ne viendra se manifester dans ce dernier quart d’heure tout aussi prévisible que ce qui précède.

Sans être un mauvais film, loin de là, I SAW THE DEVIL peine donc à maintenir l’intérêt durant l’intégralité de son temps de projection. Trop long (élaguer une demi-heure aurait certainement rendu le métrage plus tendu et digeste), l’œuvre de Kim Jee-won demeure un honnête thriller, ponctué de quelques scènes corsées, mais s’avère, malheureusement, décevant en regard des attentes.

I SAW THE DEVIL a été présenté au Festival du Film Fantastique de Bruxelles 2011 où il a obtenu le Grand Prix.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2011