I SPIT ON TOUR GRAVE
Titre: Day Of The Woman /
Oeil pour Oeil
Réalisateur: Meir Zarchi
Interprètes: Camille Keaton

 

Richard Pace
Aron Tabor
Anthony Nichols
 
 
 
Année: 1976
Genre: Rape And Revenge / Thriller / Video Nasty / Culte
Pays: USA
Editeur  
4 /6
Critique:

I SPIT ON YOUR GRAVE constitue un des plus fameux exemple des fameuses Video-Nasty, ces films bannis en leur temps (au milieu des années 80) par la censure britannique. Il appartient à un des sous-genres les plus incriminés lors de la vague "Nasty", à savoir le rape and revenge, genre associant nudité et violences, même si cette association est loin d'avoir le côté "érotique" des Nazi-exploitations, lesquels ont une évidente volonté de titiller le spectateur mâle, à l'image des Women In Prison, des Nunsploitations, des porno-peplums, etc.

Le Rape And Revenge, lui, n'a pas ce côté "sexy", ce qui le rend parfois encore plus indéfendable aux yeux de certains, puisque les réelles motivations des cinéastes sont souvent floues. Quoiqu'il en soit I SPIT ON YOUR GRAVE est aujourd'hui considéré comme la référence absolue de ce type de cinéma, aux côtés du DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE de Wes Craven qui lança véritablement cette mode. Car, durant les années 70, un grand nombre de métrages suivirent cette voie comme par exemple LA PROIE DE L'AUTO-STOP, LA BÊTE TUE DE SANG FROID, L'ANGE DE LA VENGEANCE, LA MAISON AU FOND DU PARC, EXPOSE, etc.

Des cinéastes réputés comme Sam Peckinpah et John Boorman y apportèrent même leur contribution par le biais, respectivement, des CHIENS DE PAILLE et de DELIVRANCE, également ancêtre du survival. Sans oublier certains polars plus respectables qui, clairement, empruntent un chemin similaire, citons ainsi UN JUSTICIER DANS LA VILLE ou même SUDDEN IMPACT - LE RETOUR DE L'INSPECTEUR HARRY. Au cours des décennies suivantes, l'idée inspira encore bien des cinéastes, avec par exemple IRREVERSIBLE ou BAISE MOI, du côté des titres "prestigieux" mais également des produits beaucoup plus underground - parfois difficilement défendables - comme le référentiel I PISS ON YOUR GRAVE, la saga hongkongaise RAPED BY AN ANGEL ou encore RAPE AND REVENGE.

L'édition en DVD de I SPIT ON YOUR GRAVE permet donc de faire le point sur cette œuvre importante à l'intrigue minimaliste. Une jeune femme, Jennifer Hill (interprétée par Camille Keaton) se rend à la campagne pour écrire son premier roman après une série de nouvelles publiées dans des magazines féminins. Très vite, quatre types du patelin vont s'intéresser à elle, immédiatement identifiée comme "une salope des grandes villes". Johnny, le pompiste, Matthew, un livreur de superette un peu attardé, Stanley et Andy, deux glandeurs obsédés. Rapidement, cette bande d'abrutis décide de violer Jennifer et de forcer Matthew à la tuer ensuite. Néanmoins, l'attardé ne peut se résoudre à poignardé la jeune femme agonisante et la laisse pour morte. Deux semaines plus tard, Jennifer se vengera…

Comme souvent avec les Rape And Revenge, l'intrigue est simpliste et la séquence centrale, à savoir le viol, occupe près d'une demi-heure de projection. Il faut dire que chacun des quatre imbéciles passera tour à tour sur le corps de Jennifer: battue, violée à plusieurs reprises, sodomisée de force et finalement violentée avec une bouteille d'alcool.

I SPIT ON YOUR GRAVE prend clairement le parti de Jennifer et n'entretient aucune ambiguité quand aux positions du cinéaste en matière de justice personnelle: les quatre salopards méritent clairement leur sort et ils vont récolter les fruits qu'ils ont semés. La vengeance de Jennifer sera d'ailleurs longuement mûrie et réfléchie, n'ayant pas "l'excuse" de la plupart des films de ce genre qui montrent la victime (ou ses proches) réagir à la suite du viol. Ici, elle attend et prépare sa revanche, séduisant ses agresseurs tour à tour, leur laissant croire qu'elle a finalement aimé ça, avant de les tuer brutalement. L'attardé sera ainsi pendu alors qu'il fait l'amour à Jennifer, Johnny aura le sexe tranché par un couteau et se videra de son sang dans une baignoire et les deux derniers crétins seront noyés. L'un d'entre eux aura même le visage déchiqueté par l'hélice d'un hors-bord après que Jennifer lui a lancé un ironique "suce ça, salope".

Bref, I SPIT ON YOUR GRAVE ne donne pas dans la suggestion mais constitue un exemple très brutal et épuré de cinéma extrême. Le réalisateur prend si complètement position en faveur de la jeune femme et de l'auto justice que l'on ne peut que l'applaudir d'avoir oser - enfin - un traitement aussi radical du sujet. Les quatre imbéciles méritent leur sort et Jennifer sera leur bourreau, triomphante, superbement belle et finalement impunie. Le réalisme de la séquence de(s) viol(s) reste pourtant difficilement supportable et l'expérience n'a rien de plaisant: avec force détails, le cinéaste capture la douleur de son héroïne, refuse toute érotisation (fut-elle fantasmatique) de l'acte et donne à ces trente et quelques minutes une impression de malaise constant, au point que le spectateur lui-même est placé dans une situation inconfortable et n'attend qu'une chose: la fin de ce passage éprouvant et interminable! De plus, le métrage se passe totalement de musique, lui conférant une authenticité brute même si la photographie, à contrario, est belle et travaillée, évitant l'écueil des images granuleuses et du style pseudo documentaire.

Camille Keaton offre une composition très courageuse et pleinement convaincante, contrairement à Richard Pace (le demeuré) qui cabotine outrageusement et devient rapidement irritant. Les trois autres acteurs masculins ne sont guère plus que des silhouettes de machos débiles et fiers de l'être, même si le personnage de Johnny a droit à un minimum de caractérisation, il possède même une famille mais on n'en saura guère plus sur sa vie.

Violemment critiqué, tant par le critique Roger Ebert (qui le qualifie de "pire film jamais tourné") que par de nombreux groupes féministes (au nom de sa prétendue "pornographie de la violence"), I SPIT ON YOUR GRAVE est pourtant un cri de rage, une expérience limite et un authentique plaidoyer pour les femmes. Il est particulièrement incroyable d'entendre parfois, à son encontre qu'il s'agit "simplement d'un film érotique avec quelques meurtres sanglants" car l'ensemble n'est aucunement érotique et n'est guère porté sur le gore. Il s'agit d'un drame dans lequel la volonté d'exploitation s'efface au profit d'une démarche revendicatrice, l'ensemble ressemblant donc davantage aux CHIENS DE PAILLE qu'à DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE, tourné, lui, dans la volonté manifeste de choquer le public.

Néanmoins, l'ensemble demeure si déplaisant pour le spectateur qu'il est difficile d'avoir envie de le revoir une seconde fois.

Fred Pizzoferrato - Février 2007