L'IGUANE A LA LANGUE DE FEU
Titre: L'iguana dalla lingua di fuoco
Réalisateur: Riccardo Freda
Interprètes: Luigi Pistilli

 

Dagmar Lassander
Anton Diffring
Arthur O'Sullivan
Werner Pochath
Valentina Cortese
Dominique Boschero
Année: 1971
Genre: Giallo
Pays: Italie / France / Allemagne
Editeur  
Critique:

Sous ce titre référentiel (inspiré de la « trilogie animalière » de Dario Argento) se cache un giallo trop classique et finalement peu convaincant réalisé sans conviction par un Riccardo Freda essoufflé.

Une femme est agressée, à Dublin, par un maniaque qui lui jette de l’acide au visage avant de l’égorger. Son cadavre est, par la suite, découvert dans le coffre d’une limousine, propriété de l’ambassadeur suisse Sobiesky. Ce-dernier s’avère, en réalité, l’amant de la défunte mais il refuse de collaborer avec la police, protégé par son immunité diplomatique. Chargé de l’enquête, John Norton rencontre la belle-fille de l’ambassadeur, Helen, avec qui il entame une liaison. De nouveaux crimes surviennent…

Noyé dans la masse, L’IGUANE A LA LANGUE DE FEU constitue un giallo routinier à la photographie terne et à la mise en scène sans inspiration. Dommage étant donné la présence, derrière la caméra, du célèbre Ricardo Freda. Ce-dernier, en effet, a livré au cours de sa riche carrière (débutée en 1942) de beaux exemples de cinéma populaire, tant dans le « cape et épée » (DON CESAR DE BAZAN, SEPT EPEES POUR LE ROI), que dans le péplum (THEODORA IMPERATRICE DE BYZANCE, SPARTACUS, MACISTE EN ENFER) avant de s’imposer comme un maître de l’épouvante gothique. Dans ce domaine, Freda a réalisé de belles réussites comme LES VAMPIRES ou le diptyque consacré au « docteur Hichcock » mais, à partir des années ’70, son activité se raréfie (il tourne 5 films en 10 ans contre une quarantaine aux cours des trois précédentes décennies) et perd son inspiration. Si son premier giallo, LIZ & HELEN (adapté d’Edgar Wallace), se laisse regarder, cet IGUANE A LA LANGUE DE FEU manque de nerfs et échoue à passionner.

Les suspects sont pourtant nombreux…trop sans doute puisque même l’inspecteur au passé trouble ferait un bon coupable potentiel. Mais la quantité nuit en tout et les fausses-pistes, proposées puis explorées succinctement avant d’être abandonnées, finissent par lasser au point que la solution, forcément révélée dans les dernières minutes, laisse le public froid…pour ne pas dire perplexe.

L’intrigue, labyrinthique, traine hélas en longueur et perd rapidement son intérêt, devenant un simple prétexte à aligner des séquences de meurtres. Ceux-ci sont nombreux et raisonnablement gore pour un film du début des seventies mais manquent de l’ampleur théâtrale vue chez Dario Argento, Mario Bava ou même Sergio Martino. Ils permettent cependant quelques passages spectaculaires : acide projeté sur une victime, égorgement bien saignant, cervelle éclaboussant les murs lors d’un flashback traumatisant…La bonne volonté du cinéaste excuse la platitude des maquillages, peu crédibles et parfois même franchement grossiers, mais tout ce sang versé dénote le souhait de provoquer, de manière facile, afin d’épicer un plat bien fade.

L’érotisme participe à cette même envie et semble utilisé pour différencier le produit fini d’un quelconque téléfilm policier tant l’ensemble reste confondant de platitude. Ces deux ingrédients se combinent d’ailleurs lors du climax outrancier qui voit le tueur s’en prendre violemment à la fille adolescente (et à demi-nue) de l’inspecteur. Une séquence efficace mais insuffisante pour sauver cette entreprise en perdition.

Heureusement, un casting de spécialistes du bis composé de Luigi Pistilli (BAIE SANGLANTE, LA QUEUE DU SCORPION), Dagmar Lassender (LA LOUVE SE DECHAINE, BLACK EMANUELLE 2) et Anton Diffring (LES DIABLESSES, LE CIRQUE DES HORREURS) compense, en partie, la mollesse générale et les extérieurs brumeux de Dublin, joliment photogéniques, changent agréablement de l’Italie, vue et revue dans la majorité des giallo. C’est toutefois bien peu pour justifier la vision de cet IGUANE A LA LANGUE DE FEU, souvent léthargique et inintéressant en dépit de rares moments bien ficelés.

Moins maitrisé que LIZ & HELEN et moins déjanté que MURDER OBESSION (le dernier long-métrage du cinéaste, mélange amusant mais inabouti de giallo, de gore et d’horreur gothique), cet IGUANE A LA LANGUE DE FEU constitue une sévère déception de la part de Freda.

Comme la plupart des thrillers italiens de son époque, le film se regarde néanmoins d’un œil distrait, essentiellement grâce au « whodunit » et aux mises à mort bien sanglantes qui ponctuent l’intrigue.

Le film, globalement raté, ne mérite cependant une vision que pour les inconditionnels du genre. Les autres se tourneront vers de plus évidents classiques et laisseront de côté cette insipide production, sitôt vue et sitôt oubliée.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2012