LA FLEUR AUX PETALES D'ACIER
Titre: Il fiore dai petali d'acciaio
Réalisateur: Gianfranco Piccioli
Interprètes: Gianni Garko

 

Carroll Baker
Ivano Staccioli
Pilar Velázquez
Paola Senatore
Umberto Raho
Angelo Bassi
Année: 1973
Genre: Giallo / Thriller
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Producteur italien né en 1944, Gianfranco Piccioli débute sa carrière au milieu des années ’70 et, en 2011, est toujours actif. Si Piccioli a financé une trentaine de long-métrages, il n’en a, par contre, réalisé que trois, dont il a également, à chaque fois, signé le scénario. Le deuxième d’entre eux, joliment titré IL FIORE DAI PETALI D'ACCIAIO constitue, en 1973, sa modeste contribution au giallo, alors en vogue.

Loin des tueries sanglantes à la Argento, le metteur en scène presque débutant opte pour la veine machination, proche du thriller érotique. Il s’inspire grandement, comme bien d’autres, de l’intrigue du classique LES DIABOLIQUES écrites par les duettistes français Boileau et Narcejac et se rapproche également des premiers essais d’Umberto Lenzi ou Lucio Fulci dans le giallo, comme PARANOIA ou PERVERSION STORY.

Le séduisant Andrea Valenti est un brillant chirurgien auquel tout réussi. Un jour, au cours d’une dispute, il tue de manière accidentelle une jeune femme dans son appartement. La tête de l’infortunée percute une étrange sculpture représentant une fleur stylisée aux pétales d’acier et Valenti, se sachant en mauvaise posture, fait disparaître le corps après l’avoir découpé en morceau. Un peu plus tard, la belle Evelyn signale à la police la disparition de sa sœur, Daniela, une des (nombreuses) maîtresses de Valenti. Evelyn soupçonne le chirurgien du meurtre de Daniela mais ne peut fournir aucune preuve pour étayer ses dires. L’inspecteur Garrano, lui aussi, pense que Valenti est responsable de cette disparition mais reste incapable de l’inculper, faute de corps et de preuves ! Toutefois, Valenti, de son côté, reçoit de mystérieux coups de téléphone. Qui cherche à le faire chanter ? Et quelle est le rôle de Lisa, l’assistante du chirurgien, avec qui il couchait également à ses heures (pas si) perdues ?

Même s’il dispose de l’une ou l’autre qualité, à commencer par son plaisant casting, IL FIORE DAI PETALI D'ACCIAIO reste, hélas, un giallo très moyen et peu passionnant. Le point de départ de l’intrigue apparaît immédiatement « capilotracté » à l’extrême et, passé le premier meurtre, il ne se déroule, à vrai dire, pas grand-chose durant près d’une heure.

Gianfranco Piccioli tente d’instaurer une ambiance sordide et à recours aux ingrédients coutumiers du giallo (usurpation d’identité, machination, chantage, scène de douche, bouteilles de J&B) auquel il adjoint une forte dose de sexualité mais rien n’y fait : le long-métrage reste plat et dénué du moindre suspense. Si l’aspect thriller manque de tonus, l’érotisme, par contre, fonctionne gentiment et IL FIORE DAI PETALI D'ACCIAIO joue largement la carte « sexy » via ses trois interprètes féminines principales, bien jolies et régulièrement dévêtues.

Comme souvent dans le cinéma d’exploitation italien, les demoiselles sont toutes bisexuelles et se papouillent joyeusement à la moindre occasion, entre autre sous l’eau, ce qui nous vaut une plaisante et assez originale scène aquatique entre filles. Histoire d’ajouter un brin de perversion à cette histoire, le cinéaste insiste également sur la relation charnelle entre les deux sœurs, lesquelles sont « plus que des sœurs et plus que des amies ».

Les interprètes, donc, comprennent Gianni Garko, fameux visage du bis italien vu dans un paquet de westerns bien carrés et, en particuliers, la saga SARTANA. L’Américaine Carroll Baker, pour sa part, joue de ses charmes. Sa prestigieuse carrière hollywoodienne (BABY DOLL, LES GRANDS ESPACES, CHEYENNE, GEANT) des années ’50 et ’60 semble déjà loin et, à la quarantaine, la belle s’est reconvertie dans le giallo dont elle est devenue une des égéries. On la retrouve, sur une période de cinq ans, dans une petite dizaine de long-métrages de ce style dont quelques classiques d’Umberto Lenzi comme PARANOIA ou ORGASMO. Autre habituée du bis, la madrilène Pilar Velazquez (EXORCISME TRAGIQUE, EROTICOFOLLIA) complète la distribution aux côtés de Paola Senatore (EMANUELLE EN AMERIQUE, CARESSES DOMICILE).

IL FIORE DAI PETALI D'ACCIAIO bénéficie encore de décors et costumes typiques des seventies, à savoir d’un incroyable mauvais goût, à l’époque faussement branché et aujourd’hui particulièrement ringard. Ce décorum est pourtant plaisant et pourvu d’un charme suranné qui inscrit immédiatement le film dans son époque, celle de l’insouciance, de la sexualité libérée et du kitsch vaguement psychédélique. Hélas, tout ça ne compense pas une intrigue tarabiscotée et cornichonne qui évolue à la vitesse d’un gastéropode shooté aux tranquillisants.

Pendant près de trois quarts d’heure, en effet, l’œuvre patine et se réduit à une simili enquête fort ennuyeuse et sans grand intérêt. Seule les dernières trente minutes s’avèrent plus nerveuses et multiplient les révélations et coups de théâtre surprenants, quitte à plonger à pieds joints dans le n’importe quoi assumé. Difficile d’en dire davantage sans déflorer les twists abracadabrants du climax, lesquels sont aussi étonnants qu’invraisemblables. L

es habitués du giallo « machination » auront toutefois éventé les grandes lignes du scénario bien avant l’ironique scène finale. Toutefois, certains points du scénario restent obscurs et d’autres ridicules, à commencer par les interrogations du héros concernant l’identité de sa victime : aurait-il découpé un mauvais cadavre ? Pour ce chirurgien réputé, ayant en outre partagé l’intimité de la défunte, on conseille volontiers de réviser ses leçons d’anatomie. Autre invraisemblance de taille (mais uniquement dans la version internationale qui dispose d’une conclusion moraliste exempte des copies italiennes) : les policiers arrêtent, au final, les coupables alors qu’ils ont été mené en bateau durant toute la durée du long-métrage et qu’ils ne disposent pas du moindre embryon de preuves pour étayer leurs soupçons.

Si IL FIORE DAI PETALI D'ACCIAIO commence de fort belle manière et possède de solides atouts pour divertir l’amateur de giallo biscornu, difficile de ne pas sentir l’ennui poindre son nez durant une partie centrale mollassonne et interminable.

Heureusement, les trente dernières minutes remontent la pente et offrent quelques twists agréables même si IL FIORE DAI PETALI D'ACCIAIO ne s’élève guère au-dessus de la moyenne des « giallo machination » des années ’70. A réserver aux inconditionnels de manigances tordues et de jolies demoiselles peu avares de leurs charmes.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2013