ILSA - LA LOUVE DES S.S.
Titre: Ilsa - She Wolf of the S.S.
Réalisateur: Don Edmonds
Interprètes: Dyanne Thorne

 

Gregory Knoph
C.D. Lafleur
Wolfgang Rohem
Nicole Ridell
George "Buck" Flowers
Sandy Richman
Année: 1974
Genre: Nazi-exploitation / Horreur / Erotique
Pays: USA
Editeur  
4 /6
Critique:

Ilsa, la blonde doctoresse nazie, mène diverses expériences dans le Camp Médical Numéro 9. Elle torture avec énergie de nombreuses femmes afin de prouver que ces dernières sont supérieures à l'homme. La nymphomane frustrée s'éprend pourtant de Wolfe, un prisonnier américain capable de tenir la distance une nuit entière.

Ce premier volet de la tétralogie culte suscita, lors de sa sortie, une levée de bouclier et l'indignation de l'ensemble des critiques. Il faut dire que le film n'y allait pas de main morte et se positionnait comme un modèle de "nazi porn", à savoir un film érotique ultra violent exploitant, fort complaisamment, les exactions commises durant la Seconde Guerre Mondiale. La recettes n'était pourtant pas neuve puisque le premier exemple en est le fameux et banni CAMP SPECIAL NUMERO 7, datant de 1968.

Apparemment tourné, selon les rumeurs, sur le plateau de la série télé Hogan's Heroes (Stalag 13), le film prend pour cadre un camp de prisonniers, le Medical Camp N°9, dans lequel sévit Ilsa, une doctoresse nazie, blonde et sadique, dotée d'une énorme poitrine. Durant une heure trente vont ainsi se succéder une castration en gros plan, des orteils broyés à la tenaille, des tortures sexuelles diverses, des viols et mutilations, des scènes érotiques sado-masos aux limites du porno, de l'urologie et une foule de violences barbares (les maquillages sont excellents) particulièrement vicieuses. L'hémoglobine coule évidemment à flot dans une série de vignettes gore à souhait d'une cruauté rarement vue à l'écran. Bref, il s'agit d'un authentique catalogue de perversions qui s'achève en bain de sang. La scène la plus marquante intervient sans doute lorsqu'un général nazi dîne en regardant une jeune juive mourir pendue à une corde, les pieds posés sur de la glace qui, lorsqu'elle fond, entraîne un long et douloureux étranglement. Ensuite, Ilsa, seulement vêtue de ses bottes de cuir (mais pas d'un chapeau melon !), pisse longuement sur le gradé, satisfait de ce traitement. D'autres séquences clés montrent, par exemple, la tortionnaire enfoncer un vibromasseur relié à des fils électriques dans l'intimité de plusieurs prisonnières.

ILSA, LOUVE DES S.S. pose, évidemment, la question de la censure et certaines personnes, y compris de fervents adeptes de la pornographie, demandèrent qu'il soit considéré comme illégal et interdit. L'état d'Israël n'apprécia pas, mais alors vraiment pas, ce film qui lança la vague du "nazi-porn" avec, pour exemple: BOURREAUX S.S. 1 & 2, LA DERNIERE ORGIE DU TROISIEME REICH, TRAIN SPECIAL POUR HITLER., KOLOSSAL ORGIES, S.S. GIRLS, S.S. CAMP5, HORREUR NAZIES, LES NUITS CHAUDES DE LA GESTAPO, LES DEPORTES DE LA SECTION SPECIALE S.S., HOLOCAUSTE NAZI, et, dans une genre plus respectable, SALON KITTY de Tinto Brass ou même PORTIER DE NUIT, sans oublier la récente tétralogie chinoise CAMP 731 qui en transpose les conventions dans un autre régime totalitaire. Peu des films précités ont eu droit à une sortie en DVD, excepté SALON KITTY, S.S. CAMP 5 et S.S. GIRLS (sous le titre de PERVERSIONS DU TROISIEME REICH) mais ils bénéficient néanmoins d'un certain culte. La plupart sont d'ailleurs connus sous une multitude de titres différents, ce qui rend leur identification parfois difficiles, les traducteurs casant invariablement "nazi" ou "S.S." dans tous leur retitrage. Le principe, du reste, est tout aussi récurent: un camp d'expérimentations où de jeunes demoiselles sont soumises à diverses tortures durant les derniers jours du régime nazi.

On peut cependant considérer ILSA, au-delà du malsain, comme une bande dessinée pour adulte, érotique, horrible, sanglante et délirante, qui s'impose en vrai classique trash. Le côté irréaliste est d'ailleurs souligné par ces prisonnières aux formes généreuses et cette ambiance de douce folie. Il paraît évident que le produit ne cherche aucunement le réalisme et doit se rapprocher davantage des scénarios de pornos basiques ("bonjour, je suis le plombier", "quelle bonne surprise, justement mes canalisations ont besoin d'être entretenues!") que de l'œuvre historique. Dyanne Thorne gagna ses galons de grande prêtresse du mauvais goût en incarnant trois fois la vicieuse Ilsa (quatre si on inclut le démarquage pirate signé Jésus Franco connu sous le titre ILSA ULTIMES PERVERSIONS ou GRETA LA TORTIONNAIRE). Les autres interprètes n'eurent pas cette chance et tournèrent peu, excepté - parfois - dans l'un ou l'autre pornos des seventies. Wolfgang Rohem, jouant ici le général adepte des douches dorées, reviendra cependant dans la séquelle, ILSA LA CHIENNE DU CHEICK. Enfin, signalons dans le rôle d'un des assistants d'Ilsa la présence de George "Buck" Flower, un familier du cinéma bis qui joua aussi dans le classique THE FOG de John Carpenter.

En résumé, ILSA, LOUVE DES S.S. est une production assez distrayante, qui reprend la plupart des codes en vigueur dans les films de prison de femmes. Ne serait-ce le cadre historique douteux, l'ensemble n'aurait sans doute pas provoqué de tels remous (et les séquelles bien moins controversées et pourtant tout aussi corsées sont là pour le prouver). Les cinéphiles pervers y trouveront certainement leur compte en matière de sexe et de violences, deux éléments largement dispensés. Les autres peuvent s'abstenir.

Décembre 2006