ILSA LA CHIENNE DU SHEIK
Titre: Ilsa, Harem Keeper of the Oil Sheiks /
ILsa, la gardienne du Harem des rois du pétrole
Réalisateur: Don Edmonds
Interprètes: Dyanne Thorne

 

Max Thayer
Jerry Delony
Uschi Digard
Colleen Brennan
Haji
Marilyn Joy
Année: 1976
Genre: Erotique / Horreur / Sexploitation / Aventure
Nazi-exploitation / Women In Prison / Culte
Pays: Canada / USA
Editeur  
Critique:

Auréolé d’un tenace parfum de scandale, ILSA LA LOUVE DES SS récolta suffisamment d’argent pour encourager les producteurs à récidiver en reprenant simplement le personnage d’Ilsa, laissé pour mort à la fin du premier film. Toute suite directe était impossible mais Ilsa, assimilée à une sorte de génie du mal sadique et malfaisante, pouvait vivre de nouvelles aventures sans se soucier de la moindre continuité. Apparaissant à différents lieux et en diverses époques, la cruelle tortionnaire revient cette fois dans le harem du Sheik Hakim, un environnement nettement moins sujet à polémique que le camp de concentration d’ILSA LA LOUVE DES SS.

A la mise en scène, Don Edmonds rempile et poursuit les délires sexy, sadiques et horrifiques du premier film. Toutefois, ce second épisode, toujours bien gore mais beaucoup moins malsain, quitte les eaux saumâtres de la nazi-exploitation pour celles, plus fréquentables, d’une sexploitation adoptant les codes des bandes dessinées pour adultes érotico-sadiques mâtinée d’aventures, d’espionnage et d’horreur. Un beau programme pour les plus pervers.

Dyanne Thorne reprend, évidemment, son rôle de Ilsa, lequel lui valu la célébrité mais ruina également sa carrière. Après sa performance dans ILSA LA LOUVE DES SS, Dyanne Thorne fut en effet considérée comme persona non grata par les pontes de Hollywood et, selon ses dires, ne trouva même plus d’agent acceptant de la représenter dans l’industrie.

Ses amis lui reprochèrent eux-aussi d’avoir accepté le rôle du bourreau nazi et certains la détestèrent même personnellement, assimilant l’actrice à son personnage. Après la trilogie (auquel on peut ajouter le quatrième volet officieux, ILSA ULTIMES PERVERSIONS réalisé par l’opportuniste Jésus Franco), Dyanne Thorne disparut pratiquement des écrans.

Elle aurait, aujourd’hui, trouvé la Foi, président des cérémonies de mariage à Las Vegas en compagnie de son époux.

A ses côtés, le débutant Michael « Max » Thayer (revu par la suite dans KARATE TIGER 2 et LA PLANETE DES DINOSAURES) voisine avec une poignée de demoiselles aux indéniables atouts mammaires. Citons ainsi Haji Cat, habituées des films de Russ Meyer, Colleen Brennan (alias Sharon Kelly, totalisant près d’une centaine de pornos au compteur), Uschi Digard (qui travailla également pour Meyer et aligna, elle aussi, près de 100 films X) et Marylin Joy que l’on revit dans le sketch de HAMBURGER FILM SANDWICH parodiant la blaxploitation.

ILSA LA CHIENNE DU SHEIK (ou LA GARDIENNE DU HAREM DES ROIS DU PETROLE pour parler plus poliment) envoie notre sadique « poumonnée » Ilsa veiller aux bons plaisirs du Sheik Hakim (joué par Jerry Delony sous le pseudonyme de Victor Alexander, vu dans THE HORNY VAMPIRE et NAZI SEX EXPERIMENT…que du bon !). Dans un pays indéterminé du Moyen Orient, Ilsa s’occupe du bien être d’Hakim El Sharif, un cruel tyran avide de chair fraiche et occidentale. Pour approvisionner le Harem du Sheik, Ilsa enlève quelques jeunes filles et organise une petite traite des Blanches, se chargeant ensuite de dresser les nouvelles venues en les menaçant des pires sévices si elle refuse de satisfaire le souverain.

Pourtant, cette petite routine se voit perturbée par l’arrivée d’un diplomate américain, accompagné d’un soi-disant conseiller militaire dissimulant en réalité un agent secret venu enquêter sur les agissements d’Hakim. Ilsa, chargée d’espionner notre Ricain, en tombe bêtement amoureuse, prête à laisser tomber ses fouets et ses instruments de tortures adorés pour aller pouponner dans le monde libre en compagnie du bellâtre. Si c’est pas malheureux, cette femme, qui a une si belle carrière devant elle, renoncerait à violer des prisonniers et à martyriser des captives pour les beaux yeux d’un espion de pacotille. Pendant ce temps, la révolte gronde parmi les esclaves sexuelles du Sheik et l’espion des Etats-Unis, s’improvisant Spartacus du pauvre, mène le combat visant à destituer Hakim El Sharif pour le remplacer par un monarque moins dangereux et plus conciliant, prêt à pactiser avec le Grand Satan Américain pour échanger de bons barils de pétroles contre une poignée de dollars.

Adoptant un ton léger et caricatural, ILSA LA CHIENNE DU SHEIK propose une intrigue simpliste entrecoupée d’intermèdes érotiques ou sadiques bienvenus. La blonde dominatrice peut ainsi compter sur l’aide enthousiaste de Satin et Velours, deux lesbiennes Black expertes en arts martiaux (en réalité leurs chorégraphies sont approximatives mais qu’importe !) « plus féroces que les mâles ». Elles punissent, par exemple, les soldats désobéissants avec une sauvagerie réjouissante mais trouvent également le temps de se papouiller tendrement.

Les passages de violences ne sont en réalité pas très nombreux mais fonctionnent agréablement. Ils reprennent volontiers les clichés de la littérature de gare popularisés par Gérard de Villiers et consorts: seins lentement écrasés entre deux planches, rat introduit dans le vagin d’une prisonnière, pieds dévorés par des fourmis rouges, dents arrachées à la tenaille…Et, bien sûr, le fameux cadeau piégé : la demoiselle dont l’intimité a été emplie d’explosif afin de supprimer un opposant d’Hakim en pleine copulation. « Une belle manière de mourir, pour un homme », précise le Sheik qui, par un retournement de situation typique de la série B d’exploitation, aura lui-même l’occasion d’expérimenter le procédé lors d’un climax rigolo.

Le dernier quart d’heure, pour sa part, verse dans l’action en confrontant les esclaves révoltées, mais toujours dénudées, aux gardes d’El Sharif. Une fusillade tenant surtout de la représentation de patronage mais suffisamment sympathique, dans sa bonne volonté évidente d’étaler du ketchup un peu partout, pour emporter l’adhésion des amateurs de nanars.

Réalisé avec un budget correct en regard de ses modestes ambitions, ILSA LA CHIENNE DU SHEIK déroule donc son érotisme SM, sa violence complaisante et son exotisme de pacotille jusqu’au final adoptant tous les clichés du film d’espionnage des années ’70 singeant maladroitement les James Bond. Moins sujet à caution que les expériences nazies dépeintes avec beaucoup de complaisance dans ILSA LA LOUVE DES SS, les exactions sanglantes de notre blonde tortionnaire relève ici clairement du divertissement sadique et sauront contenter les fans d’exploitation déjantée.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011