LES AMOURS INTERDITES D'UNE RELIGIEUSE
Titre: Immagini di un convento
Réalisateur: Joe d'Amato
Interprètes: Paola Senatore

 

Marina Hedman
Paola Maiolini
Aïché Nana
Donald O'Brien
Maria Rosaria Riuzzi
Giovanna Mainardi
Année: 1979
Genre: Nunsploitation / Erotique / Fantastique
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Dans le domaine du cinéma d‘exploitation, la « nunsploitation » connut son heure de gloire au cours des années ’70, particulièrement en Italie mais également, dans une moindre mesure, en Espagne ou au Japon. Ces métrages se déroulent généralement dans un couvent et présentent des religieuses cloitrées, parfois contre leur gré, et forcées de subir un pénible célibat. Un confinement permettant la réalisation de désirs refoulés et la mise en scène de passages érotiques lesbiens. Utilisant l’image de la bonne sœur à la libido contrariée comme fantasme masculin, la « nunsploitation » recourt souvent à une certaine cruauté, offrant au spectateur des séquences de mortifications, de punitions diverses et de flagellations proche du sadomasochisme.

Parallèlement, les seventies proposèrent d’autres sous-genres apparentés comme les Women In Prison, les Naziexploitations ou les Inquisition-Exploitations, tous ayant la particularité de se dérouler dans des lieux clos permettant la visualisation de scènes chaudes et ou violentes. Contrairement à ceux-là, la « nunsploitation » se pare souvent d’un contenu plus féministe et libertin, généralement doublé d’un sous-texte anticlérical prononcé. Notons aussi un plus grand soin accordé à la mise en scène des passages érotiques et un souci esthétique plus affirmé.

Lancé par des films prestigieux comme LES DIABLES de Ken Russell et LES RELIGIEUSES DE SAINT ARCHANGE, la « nunsploitation » se poursuivit ensuite avec des titres d’intérêt divers comme LES DEMONS, LETTRE D’AMOUR D’UNE RELIGIEUSE PORTUGAISE, LE COUVENT DE LA BÊTE SACREE, FLAVIA LA DEFROQUEE, SŒUR EMANUELLE, ALUCARDA, THE KILLER NUN. En 1978, Walerian Borowczyk réalise un des meilleurs et des plus fameux métrages de ce genre, le très joli INTERIEUR D’UN COUVENT, que Joe d’Amato imite l’année suivante avec LES AMOURS INTERDITES D’UNE RELIGIEUSE qui nous occupe aujourd’hui. A noter que la « nunsploitation » se fit par la suite beaucoup plus rare même si on la voit sporadiquement resurgir, via quelques « roman porno » japonais ou même en Angleterre avec le SACRED FLESH de 1999.

L’intrigue des AMOURS INTERDITES D’UNE RELIGIEUSE s’avère typique du genre : la jeune et jolie Isabella est expédiée au couvent par les autorités cléricales afin d’échapper aux attentions libidineuses de son oncle. Dès son arrivée la demoiselle se sent emprisonnée derrière les murs du couvent. Les religieuses, pour leur part, semblent éprouver de plus en plus de difficultés à contenir leurs pulsions sexuelles, exacerbées par la présence d’une statue de Satan exerçant une influence maléfique sur leur esprit frustré. Plongeant dans la luxure et les amours homosexuelles, les bonnes sœurs sont soumises à de nouvelles tentations lorsqu’un jeune homme blessé est recueilli au couvent. Mais cet inconnu ne serait il pas le Diable en personne ? La situation échappant à tout contrôle, une des dames d’Eglise part demander l’aide d’un exorciste pour combattre les forces du Mal.

En dépit d’un déroulement classique et d’une intrigue prévisible, LES AMOURS INTERDITES D’UNE RELIGIEUSE se hisse au-dessus de la moyenne des productions érotiques d’exploitation sorties durant les seventies. La mise en scène de Joe d’Amato témoigne de son solide métier d’artisan du cinéma populaire et la photographie s’avère de toute beauté, donnant au métrage un cachet luxueux à cent coudées des sous-produits « sexy » actuels.

Au rayon des passages érotiques, LES AMOURS INTERDITES D’UNE RELIGIEUSE se montre explicite sans verser dans la pornographie ni la vulgarité. Joe d’Amato détaille cependant des scènes d’amour assez graphiques entre les demoiselles, des masturbations féminines poussées et un viol aux limites du hardcore avec en prime une fellation imposée à la victime. Les dix dernières minutes se situent, elles aussi, à la frontière de la pornographie tandis que les nonnes, possédées par le Diable ou simplement leurs appétits charnels, se laissent aller à tous les excès. Cependant l’ensemble reste plaisant et jamais malsain, la splendide et envoutante musique de Nico Fidenco rendant le métrage très classieux.

Le casting, pour sa part, se révèle étonnamment concerné et les interprètes sont fort convaincants. L’actrice principale, Paola Senatore, avait déjà goûté de la « nunsploitation » quelques années plus tôt à l’occasion d’UNE HISTOIRE DU XVIIème siècle et elle devint ensuite une figure familière de l’exploitation italienne avec SALON KITTY, CANNIBAL FEROX ou EMANUELLE EN AMERIQUE. A ses côtés, nous découvrons Marina Hedman, laquelle fit ensuite l’essentiel de sa carrière dans le porno en apparaissant dans une centaine de films. Les belles performances des demoiselles sont néanmoins éclipsées par celle de Donald O’Brien, incroyablement crédible en exorciste repoussant les assauts sexuels des religieuses possédées. O’Brien, vu dans de très nombreux films (de EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES au NOM DE LA ROSE en passant par ZOMBIE HOLOCAUST, KEOMA et 2020 TEXAS GLADIATOR), est tout simplement parfait lors du final à la fois érotique et fantastique, l’image du jeune homme recueilli par les bonnes sœurs se fondant dans celle de la statue démoniaque placée dans le parc du couvent. Joe d’Amato convoque ainsi, durant les dernières minutes, un climat vaguement horrifique rappelant l’épouvante gothique mais sa priorité reste l’érotisme et, contrairement à la plupart des « nunsploitation », la violence sera largement mise en retrait et à vrai dire quasi absente, excepté lors d’une timide flagellation et lors du viol précité, même si d’Amato y recourt surtout pour titiller le spectateur mâle.

Production fétichiste efficace techniquement très soignée, LES AMOURS INTERDITES D’UNE RELIGIEUSE offre une réalisation performante, une belle photographie, une musique caressante, une atmosphère lyrique et une ambiance fantas(ma)tique, sans oublier la présence d’un Donald O’Brien impérial et d’une douzaine de peu farouches demoiselles passant une bonne partie du temps de projection à s’amuser entre elles. Nous ne sommes pas en présence d’un chef d’œuvre mais, dans le domaine de l’exploitation sexy des années ’70, LES AMOURS INTERDITES D’UNE RELIGIEUSE demeure une valeur sure.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011