DANS LES REPLIS DE LA CHAIR
Titre: Nelle pieghe della carne /
In The Folds Of The Flesh
Réalisateur: Sergio Bergonzelli
Interprètes: Eleonora Rossi Drago

 

Anna Maria Pierangeli
Fernando Sancho
Alfredo Mayo
Emilio Gutiérrez Caba
 
 
Année: 1970
Genre: Fantastique / Erotique / Giallo
Pays: Italie / Espagne
Editeur  
Critique:

Réalisé au tout début des années 70, DANS LES REPLIS DE LA CHAIR constitue un bel exemple de ce que les Américains dénomment « l’euro-trash ». Apparenté au giallo, ce métrage assez incompréhensible cherche manifestement à proposer un retournement de situation toutes les dix minutes pour maintenir l’intérêt. Hélas, l’excès nuit en tout et le cinéaste parvient surtout à ennuyer en dépit d’une mise en bouche des plus prometteuses.

Après une citation tirée de l’œuvre de Freud (ça coute rien et c’est toujours un bon alibi pseudo intellectuel), DANS LES REPLIS DE LA CHAIR suit un criminel en fuite nommé Pascal Gorriot, lequel tente d’échapper à la police qui le poursuit jusqu’à une villa médiévale au bord de la mer. Là le dénommé Pascal observe une jeune femme actionnant un bateau pour l’envoyer se perdre en mer. Le fugitif assiste ensuite à l’enterrement d’un corps décapité dans le jardin de la villa. Peu après les policiers à la poursuite du criminel arrivent dans la propriété et arrêtent Pascal alors que la maîtresse des lieux semble avoir beaucoup de choses à cacher.

Les années passent et, 13 ans plus tard, nous découvrons une charmante petite famille composée de la femme vue précédemment, une certaine Lucille, et de deux jeunes gens d’une vingtaine d’années : Colin, le fils de Lucille, et la jolie Falesse, ayant hérité de la maison depuis la mystérieuse disparition de son père présumé décédé, André. A ce sujet, les relations entre Colin et Falesse ne seront jamais très claires mais on soupçonne quelque chose de glauque et probablement d’incestueux. D’ailleurs ne serait ce pas André qui a été enterré par Lucille bien des années auparavant dans le parc de la propriété? Et n’aurait il pas tenté d’abuser de sa fille ? Le passé ressurgit lorsque débarque Michel, le cousin d’André, venu enquêter sur notre petite famille mais rapidement occupé à draguer effrontément Falesse. La demoiselle surprend un peu plus tard Michel en train de fouiner dans sa chambre et, en pleine transe, le poignarde après l’avoir pris pour André! La petite famille reste unie devant l’adversité et chacun aidera à se débarrasser du corps de Michel en le dissolvant dans l’acide.

Peu après, un nouveau personnage fait son apparition, un certain Alex qui ne tarde pas à séduire cette chaude Falesse qui l’emmène dans sa chambre pour tenter de le poignarder lui-aussi. Heureusement, le bonhomme est coriace et parvient à maitriser la furie. Un répit de courte durée car Colin surgit et Alex finit lui aussi assassiner avant de terminer son existence dans l’inévitable bain d’acide.

La suite de DANS LES REPLIS DE LA CHAIR ne sera pas plus simple, loin de là. On note en vrac le retour du Pascal du début s’improvisant maître chanteur, une jeune femme libérée d’un hôpital psychiatrique, la résurrection (?) de papa André revenant avec une nouvelle tête suite à une opération de chirurgie esthétique, un flash back dans un camp de concentration, une tentative de viol, quelques décapitations,…

Sergio Bergonzelli ne semble jamais pouvoir réfréner son imagination et multiplie les twists avec une bonne santé assez ahurissante. Encore modéré durant les 75 premières minutes, le cinéaste se lâche totalement durant le dernier quart d’heure et se lance en roue libre dans une succession de coups de théâtre finissant par perdre tout contact avec la réalité, ce qui, paradoxalement, confère un certain charme à l’ensemble.

En artisan besogneux, Sergio Bergonzelli (dont le film le plus connu reste sans doute l’adaptation du roman érotique JOY de Joy Laurey en 1983) tente d’injecter un maximum de perversions et d’éléments choquants (pédophilie, viol, inceste,…) au métrage sans oublier d’effectuer un détour tout à fait gratuit par un camp de concentration nazi pour une séquence flash-back. Une scène de 5 minutes, filmée en noir et blanc, qui offre une bonne dose de nudité féminine en full frontal additionné d’un soupçon de sadisme bêta annonçant les exactions italiennes dans le domaine de la « nazi exploitation ».

De manière un peu plus triste signalons que Eleonora Rossi Drago, vétéran du cinéma italien incarnant ici Lucille, se retira ensuite des écrans tandis que Piers Angeli (aka Anna Maria Pierangeli) devait décéder l’année suivante d’une overdose de médicaments sur le tournage d’OCTAMAN.

Quoique présenté comme un giallo, DANS LES REPLIS DE LA CHAIR ne propose guère de mystère mais brouille suffisamment les pistes sur les motivations des personnages (et leur identité) pour s’avérer au final quasiment incompréhensible. Le tout est d’ailleurs rapidement fatigant pour ne pas dire ennuyeux mais possède cependant un certain attrait nostalgique de part son esthétique très sixties et les excès complaisant de son script. Avec davantage de punch, le métrage aurait pu être une production érotique et horrifique de haut niveau, en l’état il s’agit surtout d’un produit daté mais encore relativement divertissant en dépit de ses innombrables invraisemblances.

A voir par curiosité pour les amateurs de cinéma bis italien d’exploitation.

Fred Pizzoferrato - Août 2009