FOLIES DANOISES (DANOISES EN CHALEUR)
Titre: I tvillingernes tegn / In the sign of the gemini / Sous les signe des gémeaux / Danoises en chaleur
Réalisateur: Werner Hedman
Interprètes: Ole Søltoft

 

Preben Mahrt
Cia Löwgren
Karl Stegger
Bent Warburg
Lise Henningsen
Louise Frevert
Année: 1975
Genre: Comédie érotique / porno
Pays:  
Editeur  
Critique:

Sorti en 1975, IN THE SIGN OF THE GEMINI est le troisième volet de la fameuse série de comédies érotiques (pornographiques) danoises dites du “Zodiaque”. Quoique les différents longs-métrages ne soient pas connectés entre eux (excepté les cinquième et sixième situés dans un cadre contemporain et parodiant les « James Bonderies »), on y retrouve, à chaque fois, un casting récurent et une semblable approche : de l’humour, pas toujours très fin mais indéniablement efficace, et de l’érotisme, guilleret et sans vulgarité en dépit des scènes hardcore d’ailleurs relativement rares et discrètes.

Dirigé par Werner Hedman, les films (excepté, on le répète, les deux derniers) se situent aux débuts du vingtième siècle et développent des intrigues astucieuses, régulièrement ponctuées de comédie burlesque et d’intermèdes sexy souvent fort bien intégrés au scénario et jamais gratuits. Difficile, aujourd’hui, d’imaginer pareilles productions, lesquelles étaient réellement conçues comme des films traditionnels ensuite « épicés » de moments pornos…et non comme une suite de saynètes hardcore vaguement relayées par une intrigue prétexte.

Les moments chauds, brefs, ne totalisent d’ailleurs qu’une infime portion du temps de projection (moins de dix minutes placés bout à bout) et la série du Zodiaque connu, dans les permissifs pays nordiques, une exploitation tout à fait traditionnelle dans les salles de cinéma « classiques ». La distribution, elle aussi, innove en faisant se côtoyer des acteurs professionnels issus de la production « mainstream » (lesquels ne participent aucunement aux scènes X) et d’enthousiastes nymphettes.

IN THE SIGN OF THE GEMINI constitue un nouvel exemple de la « manière Herdman » et s’intéresse au conflit opposant deux compagnies de disques. La première, dirigée par le tout puissant et libidineux Anthon Master (l’inévitable Ole Søltoft), tente de signer une chanteuse de cabaret nommée Dolores Rossi, laquelle intéresse également la firme concurrente, Onofon, présidée par Ulrik Ulverstein. Master, persuadé du potentiel de la belle, s’apprête à lui offrir un plantureux contrat mais les affaires de sa compagnie ne sont pas florissantes et Onofon pourrait constituer, au final, une meilleure opportunité pour la chanteuse.

Celle-ci, incapable de choisir à qui confier son avenir professionnel, décide de jouer son contrat au poker : elle défie Master et Ulverstein à la battre, le gagnant pouvant, ensuite, la signer dans sa compagnie. Peu confiant dans ses talents de joueur, Ulverstein décide de recourir à deux petits truands, Max et Walthers, lesquels kidnappent Master et le retiennent prisonnier dans leur repère secret, situé dans un train fantôme, afin bien sûr d’avorter le défi et d’amener Dolores à signer chez Onofon. Cependant, Max et Walthers, gourmands, envisagent à leur tour une petite arnaque maison : ils envoient une demande de rançon à la famille de Master en espérant toucher ainsi le gros lot…Heureusement, Anthon Master possède un frère jumeau, Benny, perdu de vue depuis 10 ans, retrouvé miraculeusement par un débrouillard serviteur. Benny, se faisant passer pour son frère, mène à sa place les négociations afin de modifier la situation et d’emporter le fameux contrat avec Dolores…

Complexe et délirant, le scénario d’IN THE SIGN OF THE GEMINI s’inscrit dans la lignée des meilleures comédies et avance à un rythme soutenu, multipliant les gags, quiproquos et autres retournements de situation. Bien aidé par l’abattage impressionnant des comédiens, le cinéaste joue la carte de l’absurde et de l’outrance, ce qui permet de digérer sans difficulté les situations parfois stupides ou les exagérations de l’intrigue.

L’humour est d’ailleurs varié, alternant le comique un peu lourdingue (proche, pour employer une comparaison facile, de Benny Hill) et des gags plus finauds et originaux, lesquels passent notamment par divers personnages secondaires bien typés. Un inventeur excentrique vient, par exemple, régulièrement proposer ses trouvailles à Ulverstein (disque vinyle long format, enregistreur à bandes, amplification stéréo,..) mais ce-dernier les dédaigne en affirmant qu’elles n’ont aucun avenir. Les grands standards du burlesque sont, bien sûr, eux-aussi de la partie, notamment dans une longue scène renouvelant habilement le traditionnel schéma de « l’homme déguisé en femme », le pauvre travesti éprouvant ici bien des difficultés à garder son impassibilité devant les galipettes effectuées par les demoiselles dénudées.

Si les interprètes cabotinent avec bonne humeur, ils livrent cependant de belles performances, sans doute guère orthodoxes dans leur manière d’en rajouter sans compter (on frise le concours de grimaces et d’expressions caricaturales) mais, en tout cas, parfaitement adaptées au propos. Les jeunes beautés danoises, pour leur part, sont naturelles et pleines d’entrain, conférant à IN THE SIGN OF THE GEMINI un parfum suranné de sexe joyeux et plaisant, loin de la mécanique routinière des pornos actuels. Une combinaison gagnante entre des comédiens peut-être un peu limité dans leur jeu mais indéniablement doués pour la comédie et des hardeuses nettement plus à l’aise dans les acrobaties physiques. En clair, chacun son métier et le spectateur, lui, en ressort gagnant et satisfait sur tous les tableaux.

Enfin, les « production values » sont élevées et classieuses : costumes, décors, reconstitution historique, figuration,…Tout est soigné, bien mis en valeur et filmé avec adresse, le film n’ayant, à ce niveau, absolument rien à envier aux productions traditionnelles.

Tout comme les autres épisodes de la « saga », IN THE SIGN OF THE GEMINI est une plaisante comédie en costume, souvent réellement drôle et au scénario toujours enlevé, rythmé et agréable. Les passages hardcore paraitraient, de leur côté, presqu’accessoires s’ils ne participaient pas, à leur manière, à l’enthousiasme et la bonne humeur générale.

Au final, ce plaisant divertissement témoigne d’une époque aujourd’hui totalement révolue qu’il importe, parfois, de se remémorer, celle d’un cinéma X de qualité pouvant rivaliser avec le « mainstream ».

A redécouvrir.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2012